‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 136 sur 153 · XX. DE LUCIEN ET DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

XX. DE LUCIEN ET DE VOLTAIRE

une religion, quelquefois plaisante dans ses scrupules, contre l'invasion du langage scientifique. Il parle de sciences en aussi bops termes que d’Alembert; mais quand il n’est que littérateur, il ne veut pas que la langue des lettres se gâte par le mélange des termes d’algèbre et de géométrie. Comme grammairien et comme arbitre du goût, Voltaire est un bien autre personnage que Lucien ; celui-ci n’a pas laissé d'école. Voltaire nous domine encore par sa raison ingénieuse et ferme. Qu’est-ce que cette courte et artificielle rénovation de la langue de Platon et de Démosthène auprès de l’autorité imposante et durable qui s’attache aux exemples de Voltaire? Personne après Lucien, pas même Libanius, ne sait faire parler à la politque, à la philosophie païenne ce langage lin et délicat que Lucien avait un moment ressuscité par un effort d'esprit studieux ; c’est dans la langue moins correcte, mais plus énergique des Pères do l’Eglise, que se traitent après lui les grandes affaires du monde. Mais nous, aujourd hui, nous chercherions vainement une plus belle langue que celle de Voltaire, quand nous voulons faire parler les grands intérêts de l’humanité.

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