XXI. EXAMEN DES FABLES
cent quarante-quatre pièces, s’était élevé, par des découvertes successives, à près de cinq cents pièces, on distinguait çà et là une rédaction plus élégante, et même des traces d'une ancienne et savante versification. Je ne parle pas des fables réduites en quatrains par le moine Ignatius Magister, au neuvième siècle, et qui paraissent avoir joui longtemps d’une véritable popularité*. Mais certains manuscrits, surtout celui de la bibliothèque Bodléienne, que Tyrhwitt a signalé, n’offraient souvent qu’une copie altérée, sous forme prosaïque, des ïambes de Babrius ou Babrias, poète déjà connu par les citations des grammairiens comme un des plus habiles rédacteurs de fables ésopiques. Avec ces secours, une critique hardie, mais peut-être légitime, nous avait restitué vingt fables complètes, en vers scazons d'une assez bonne facture, sauf les erreurs inséparables de pareils travaux ’.
C’est là qu’en étaient nos études et nos connaissances sur les fabulistes grecs, quand le monde savant apprit, en 1843, qu’un manuscrit inédit de Babrius venait d’être découvert par M. Minoïde Minas, dans le couvent de Sainte-Laure, au mont Athos. La nouvelle fut bientôt confirmée par l'envoi d’une copie de ce manuscrit, dont M. Boissonade a publié quelques mois après une double édition.
On comprend combien de questions curieuses et neuves soulève cette belle publication. Nous ne pouvons les examiner
< Voiries édilionsdes Fables ésopiqucs, parde Foria, Leipzig, 1810; par Ad. Coray, Paris, 1811 ; par G. Schneider, Breslaw, 1812; recueils auxquels il faut mainienant ajouter la Notice d’un manuscrit grec contenant une rédaction inédite des Fables d'Esope, publiée par M. E. Miller dans le tome XIV des Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque royale, en 1841 .
* Voir Rabrii fabulas et fabularum fragmenta. Accédant metricœ fabularum œsopiarum reliquiæ. Collegit et illustrant, Jo. Heur. Knocb. Haies, 1835, in-8. Les vingt fables et les cinquante-neuf fragments forment un total d'environ quatre cents vers. I.a nouvelle collection dont on va parler forme environ quatorze cent soixante^ vers.
DE BABKIUS.
toutes. Mais, avant même d’aborder les principales, remercions, au nom de tous les hommes de goût et de tous les philologues, le ministre qui eut, en 1841, l’heureuse pensée de confier à un Grec, homme savant et laborieux, une mission de recherches dans les vieilles bibliothèques de la Grèce. Après des voyageurs tels que Villoison et M. Zachariæ, si l’on pouvait espérer encore quelque découverte nouvelle dans ces dépôts tant de fois dévastés, c’était sans doute à une condition que M. Minas semblait seul remplir : il fallait, par des insinuations habiles et toujours honnêtes, arracher à des dépositaires ignorants autant que jaloux le dernier secret de leurs richesses.
L'entreprise de M. Minas a pleinement réussi. Il est revenu en France rapportant avec lui, soit les originaux, soit les copies de plusieurs ouvrages ou fragments d'ouvrages inédits, dont quelques-uns appartiennent à une antiquité fort reculée. De ces divers textes, confiés par la sagesse de M. Villemain aux savants que leurs études appelaient surtout à en préparer la publication, deux nous sont déjà livrés, la Dialectique de Galien, par M. Minas 1 ; les Fables de Babrius, par M. Boissonade.
Personne, il faut l’avouer, n’était plus digne en France de publier les textes inédits de Babrius. Depuis longtemps, M. Boissonade s’est partagé entre deux époques extrêmes de la littérature grecque. Dans ses leçons publiques, il interprète avec une prédilection bien légitime les chefs-d’œuvre du siècle de Périclès. Sauf de rares exceptions, c’est sur ces purs modèles du génie et du hon goût qu'il aime à exercer sa critique si ingénieuse et son inépuisable érudition. Comme éditeur, il choisit de préférence pour objet de ses travaux
' raXwreù âisü.«xTwn euotOstax xarà tt.v àiroaToXr.v
tou M. Mmvi, iiç" oï xat vùv icpSiTcv $top0o6tîaa xai SmtMïuuOtïaa laET i /.ai irapcxëoXüv. — In— 8°.