XVII. APERÇUS DE CRITIQUE
propres pièces ; il est vrai que l’anecdote n’est pas assez précise pour nous rassurer complètement à cét égard ; toujours est-il que le poète s’était montré sur la scène. Quoi qu'il en soit, acteurs et auteurs tendent do bonne heure à se séparer, et cette séparation coïncide naturellement avecl’institution do la chorégio. Au temps de Périclès, on distinguo d'ordinaire les acteurs de ceux qui ont fait les comédies, et les noms mêmes consacrent cette distinction : ùmxsi-xi (comédiens) , X'.ptuTai (choristes) l * 3, ce sont proprement les artistes payés par l'Etat, entretenus par les choréges, et pouvant même avoir des acteurs secondaires sous leurs ordres. On assigne au poète un nom particulier : il est le SttàmxXit * ( le maître) , parce qu'il instruit les acteurs, les dirige, et les prépare à la représentation.
Cependant, bien quo subordonnés et au public qu’ils doivent amuser et au poète dont ils reçoivent les leçons, les acteurs ne perdent rien de leur considération et de leur crédit : dès les temps les plus anciens, on en voit qui sont entourés de toutes les marques d’estime ; quelquefois même leur rôle est si rapproché de celui du poète, qu’on en fait à tort les collaborateurs de ce dernier : de là ces personnages de caractère équivoque, comme Philonide et Callistrate, acteurs et amis complaisants d’Aristophane, dont on ne sait comment qualifier la prétendue coopération aux écrits du grand poète s. .
Au reste, ce doute seul prouve quelle estime on avait pour de pareils acteurs. Nous en avons une autre preuve *, quand
i Voir un fragment d'Isier, où ces deux noms sont rapprochés. Fragmenta histor. priée., 1. 1, p. 4Î5, éd. C. Müller.
* Voir, & ce sujet, M. Patin, Tragiques grecs, vol. I, p. 10t.
3 On peut consulter sur ces deux personnages un passage de M. Bergk, in Fragm. com. gr. ed. Meineke, n, p. 939, et les sctioliastes d’Aristophane: ad Plut., y. 179; ad Vesp., v. lî84; ad Eq., v. 537.
* Démosthèoe, de l’Ambassade.
SÜR LB THÉÂTRE GREC
bous voyons Aristodème et Néoptolème envoyés comme députés chez Philippe avec Démoslhène; Satyrus aprè* euz, chargé d’une ambassade auprès du roi de Macédoine. Ils ne partaient pas toujours d’Athènes, il faut le dire, avec ce caractère, éminemment respectable et respecté, d’ambassadeurs accrédités par une nation auprès d'une autre ; mais la profession d'acteurs leur garantissait à elle seule certains privilèges, l'immunité par exemple (*£«*), à laquelle s’attachait l’inviolabilité des personnes. C'est qu’interprètes d’une pensée religieuso dans les fêtes publiques, on les regardait en quelque sorte comme des serviteurs du Dieu ; à ce titre , ils étaient respectés de tous et circulaient librement dans toutes les villes de la Grèce , et dans l’Etolie même on trouve consacrés ces privilèges du talent voué à une fonction presque religieuse *. Quelquefois aussi des acteurs étaient dépêchés avec une mission diplomatique par des princes et des rois : Alexandre le Grand envoya l’acteur Thessalus demander è un satrape de Carie la main de sa fille : c’ast Plutarque qui rapporte ce fait’. «Il est vrai, ajoute-t-il aussitôt, que Philippe, instruit de cette négociation, tenue secrète par le jeune prince, fit emprisonner l'ambassadeur. » Toutefois, ce choix d’un acteur pour une mission aussi délicate, et en général, les prérogatives dont ils jouissaient, prouvent que les artistes, à cette époque, étaient entourés d’une grande et sérieuse considération.
Le poète (et cela est bien naturel; ne tient pas moins compte d'eux que le public: même quand il s'appelle Sophocle, il condescend aux aptitudes de certains artistes pour leur composer des pièces qui fassent valoir leur talent *. Aristote était témoin
i Diodore de Sicile, xvi, 55.
* Corpus inscr. grœc., n° 304ti.
* Voir Plularquei d'Alex., chap. x.
* Ister, Fragm. 51, p. *25, éd. C. Müller i K«i t*î çù»ei; «vt«v (tüv viircxprrüv) qpttyxt tî îfduaTX (çr.acv 6 lerpoc).