XVI DE LA COMPOSITION DES MÉMOIRES
prendre sur les gabelles, sur les cinq grosses fermes, sur les entrées, sur les aides, etc., pour augmenter les gages des compagnies souveraines, pour constituer des rentes sur l'Hôtel de ville de Paris ; il ne faut plus aliéner la moitié des octrois des villes, aliéner les forêts de l'État. Les Mémoires du Roi méprisent les chiffres, qu'ils pouvaient prendre dans le Mémoire de Colbert et dans les Carnets, et pour l'ensemble des aliénations, et pour la consommation qui était déjà faite au 5 septembre 4661 de toute l'année 1661, de la plus grande 'partie de 1662, avec des dettes de toute sorte, qui faisaient un total de plus de 50 millions. Après les aliénations et les dettes, l'idée la plus importante est le projet de régler les dépenses et les recettes 4l l'avance pour chaque année. On entrevoit ce grand dessein dans les Mémoires du Roi , mais moins clairement que dans les Carnets où les chiffres parlent avec une progression remarquable d'année en année : diminution sur les tailles et môme sur les gabelles; rachat et suppression de rentes par arrêt de la Chambre de justice ; rachat d'aides aliénées , même depuis 1637 et 1640; augmentation de la ferme des aides et des entrées réunies en un seul fermage; réformation du tarif des cinq grosses fermes au profit du trésor; recette toute nouvelle sur les forêts dont le revenu avait été aliéné ou était tombé presque à rien : tels sont les détails principaux que touchent légèrement les Mémoires du Roi, mais qui sont approfondis dans les Carnets. Les Mémoires ne marquent que le gros des choses et en abrégé. Ainsi, pour l'achat de Dunkerque en 1662, pourquoi ne pas relever le chiffre exact, qui est dans les Carnets : 4,674,000 livres payées cette année même? Quand la réformation
EMPRUNTS VISIBLES POUR LES FAITS DE FINANCES. XVîI
générale des forêts est projetée, les provinces, d'où oa ne tirait plus rien en 1661, sont nommées dans le grand Mémoire de Golbert; les Carnets, signalant à mesure les progrès des recettes, montrent en pleine activité de eoupe, en 1664, les boisile Tlle de France, des généralités de Soissons, de Caen et d'Alençon, de Rouen, du comté du Perche, de la Champagne, de la Bourgogne, de la Touraine , de la Bretagne, du duché de Valois : dans les Hémoires du Roi, la question de la réformation des forêts est seulement posée, en 1662.
Sans les Mémoires de Colbert, sans les Carnets ou États de finances qui se prolongent bien au delà de Tannée 1665 où nous cessons d'en avoir besoin, on ne voit pas conoiment aurait pu prendre naissance le résumé si pauvre, si décharné, qui est pour nous la première pièce des Mémoires du RoL En le parcourant , on est frappé à la fois de l'exactitude de certains faits de finances, qui évidemment estempruntée, d'un défaut d'ordre dans l'exposition qui peut être le Hait du copiste , et d'une intention hautement manifestée de montrer le Roi à l'œuvre pour la réforme personnelle de l'État. H n'y est question que de dépenses et de recettes : c'est par une sage économie et par un noble emploi de l'argent que la France commence à se relever. La période comprise dans ce résumé est très-courte : c'est depuis l'arrestation de Fouquet jusqu'en 1665 ; encore ne donne-t-on que deux faits financiers de cette dernière année.
Non-seulement on ne sait pas au juste qui a composé ce
maigre aperçu de choses de finances; mais l'inhabile
et grossier copiste semble n'avoir pas lu ce qu'il a écrit :
on croirait qu'il transcrit à la h&te, pendant qu'on lui
XVIII PB L4 Q0ilP#3|TfOBi DBS VillOmES,
(ticte, 86 réglant plutôt d'après les sons qui lui vieuQeut à Toreille que d'après les usages les plus vulgaires de la langue. Il façonne les mots suivant la prononciation ; u Disposision, aplicasion, difigulté, auqmentatiûn^ réduesion, cinc. » Quant à l'absence des signes de ponctuation et des accents , elle n'est pas à lui reprocher : c'est un cachet du temps. U n'y avait alors que les écrivains de profession et les copistes titrés qui poussassent plus loin l'exactitude. Du reste, cette très-mauvaise main que, Pieu merci, nous ne retrouverons plus, inspire conûance à cause de ses bévues mômes,
n est évident que la pièce est ancienne, et qu'on a eu l'intention de s'en servir pour las Mémoires du Roi. Qui sait môme si cène sont pas des notes de Louis XIV, comme noiis en verrons pour les années 1666 et 4667, seulement maladroitement agencées et cousues sans ordre? Ceci n'est pas ime supposition gratuite : l'aperçu qu'on va lire pour 1662 porte, de distance en distance, des chiffres qui semblent indiquer un partage de pages ; nous croyons que c'est la reproduction de cinq petits feuillets de Louis XIV. J'inclinerais à penser que le fragment tout entier est formé de lambeaux d'illustre*origine : riep d'é* tonnant alors que les mômes idées et les mômes faits apparaissent dans ce travail, dans les Mémoires de Colbert et dans les Carnets ; il y avait un concert si intime entra les pensées du ministre et celles du Roi i La brièveté 4a chaque petite note est un témoignage de plus de l'origine royale : Louis XIV écrit peu de sa main ; et surtout pour des faits de ce genre, U jette seulement l'idée essentielle qui sera développée plus tard et par d'autres.
Cette pièce que nous pouvons, malgré la défectueuse
DANS LES U$lHf^ ).'4ÇR]^(;$ p^S flIfifilCÇS yiB9(T DU ROI. X^
copie, attribuer ^ l^ujs XIV, a «^ place (}ap8 (e^ MéinoH res du ^i. Ce u'es( pa^ seulement parpe qu'elle faif p^r^ tie d^ Yolmn^s ^[fuuiuscrits fie ces Mémoires, c'çtst parce qu'elle porte la trace d'une autre main qfii a été la plu^ active pour la rédaction et surtout pour |a corr^ctîpq f}e^ Mémoires des^n^ ftU Paupt^ia, En interligne, et en margo du texte si niai copié, pu bien sur le yerso, où le cppiste n'a pas écrf^ la n^ain intel)i(çenfe ^out^ des réflepon?, d'intention toute morale ou politique pomme en demanda un récit suivi, une rédaction dp Mémojres; elle donn^ aux ùits leur véritable portée, et les juge dans un spn^ qui ne déplaira pas au Roi. Quelques mots de ce rédac^ leur suffisent pour animer un peu le squelette que nous avons devant nous. Voici ses curieuses et trop rares réflexions. Il n'y en a que trois , et toutes trois sur l'année 4662, où nous avons distingué des feuillets de Louis XIV. A propos delà distribution de blés et de pain, il ajoute: « Décharges accordées, soins d'en faire venir des pays les plus éloignés. Père du peuple. »
Pour l'achat de Dunkerque, il ajoute : « Religion , accroissement de la monarchie. » C'est, en effet, le double avantage de cette acquisition : le protestantisme perd une grande ville, en môme temps que le territoire royal s'agrandit. Quand plus tard seront rédigés longuement les Mémoires de 1662, on insistera sur ces idées.
Conune résumé de l'année 1662, il ajoute : « Fin de l'année 1662. Modération des impôts. La principale joie, le plus doux fruit de son travail était de voir de combien il avait soulagé son peuple chaque année. »
Enfin , se servant du papier de cette copie informe coomie d'un brouillon où il peut marquer des idées nou-