DE MARS
J'ai renvoyé en la grande chambre du parlement toutes les instances qui se poursuivaient en diverses juridictions touchant la banqueroute du receveur des ccmsignations.
Dans la difficulté qui se trouvait sur certains articles des règlements faits par les grands jours desquels d'ailleurs j'étais fort satbfait, j'ai trouvé expédient pour conserver ce qui était de bon sans approuver le reste , ce qui est de faire de ma propre autorité un nouveau règlement sur la même matière, dans lequel je ne comprendrai que ce qui me semblera bon.
J'ai voulu aussi examiner le plaidoyer qui s'était fait en cette occasion ' par Talon , dans lequel le clergé s'était cru blessé \ et pour 6ter tout sujet de plainte de ' part et d'autre , j'ai ordonné que l'avocat général me dirait seulement è moi qu'il n'avait prétendu choquer les droits de l'Église et que je le dirais ensuite aux évéques sans lettres ni écrit; leur laissant seulement la liberté d'en faire telle mention qu'il leur plairait sur leurs registres particuliers , avec ordre de lever les censures par eux prononcées.
Le dimanche dix*neuvième du même mois d'avril , Sa Majesté me donna quatre articles expliqués ainsi.
Jusqu'ici j'avais pressé de ma part le mariage de mademoiselle de Nemours ^, et l'ambassadeur de Portu-
1. Louis XIV a dan» Tesprit noa let grands Joan« mais l'aflkire de Télêqae d'Aleth, où le clergé fut blewé du ton de l'avocat général (V. le Supplément aux Mémoire* de 1666, n* 19).
t. llari»*Françolse-Elisabeth de Savoie, fille de Oharles-Amédée^ duc de Nemours, et de Françoise de Vendôme.
gai avait cherché des prétextes poar éloigner. Mais la chose maintenant s'exécote , et elle m'est venue dire adieu.
[Le Roi m'a dit le 15 mai que cela avait été différé.]
Je continuais à travailler à la réformation de la justice, résolu , dès lors que j'aurais fait une partie considérable, à renvoyer dans les compagnies en attendant le surplus.
Je donnai le gouvernement du Languedoc à M. de Verneuil % non-seulement parce qu'il était mon oncle, mais parce qu'il n'était jamais sorti de la fidélité qu'il me devait, et je considérai même qu'il revenait nouvellement d'Angleterre pour mon service.
Mon frère avait eu prétention sur ce gouvernement, mais quoique j'eusse pour lui toute l'amitié possible, je ne crue pas le lui devoir donner. Je savais, pat* ma propre expérience, combien il était dangereux de mettre les gouvernements entre les mains des princes du sang, et principalement des fils de France. Je voyais que mon fils était jeune et que ce qui s était passé durant ma minorité pouvait revenir, outre qu'ayant résolu de ne plus donner les gouvernements que pour trois ans ^ il n'était
1 . Le goaTeraeinent éUft Taeant par la mort dn prince de Contl. Conti Tenait de mourir près de Péxénas, le 2t février, à son chftteau de la Grange, à trente-six ans, laissant des enfants d'une nièce de Mazarln. Set deux ÛI«, le prtnoe de Conti et le comte de Ciermont, eurent chacun du Roi 30,000 liv. de pension (Bienfaits du Roi, 2 Juillet). —Cet oncle de Louis XIV, M. de Verneuil, est un bâUrd de Henri IV.
2. Dans une fariante des Mémoires nous retrouTerdas cette phrase aYeo une réflexion additionnelle x « ayant résolu... par des considérations que TOUS avez lues. * La réflexion est une sorte de renvoi à la première partie des Mémoires qui comprend les années 1661- 1665. Or , puisque le Journal ne parle pas de considérations d^à Ities ,
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psB Â propos de les mettre entre les mains de personnes à qui Ton peut avoir répugnance de les ôter '• Cepen-^ dant mon frère et ma sœur ' qui n'entraient pasdatis ces raisonnements et qui en formaient d'autres suivant leur avantage particulier, étaient fâchés de voir que je ne leur accordasse pas cette grâce, et laissaient assez connaître leur chagrin , qui peut-Atre était entretenu par lesdiscours.de quelques esprits brouillons ' ^ mais je crus que je me devais tenir ferme, et les laisser revenir, comme ils firent quelque temps après, m'ayant tous deux demandé pardon d'avoir témoigné cette chaleur.
Quand le Roi m'aura donné les articles qu'il m'a promis touchant les finances , il ne faudra pas manquer parmi les dépenses de la guerre de mettre ce que j'avais fait touchant les choses données pour l'ajustement des soldats, et parler de l'exemple qu'elles ont donné. Force de l'exemple *.
e*Mt mi Hgoe qu'il ttl lui-mlnw antérieor à la rédaMfoii de oee aobtidé* râlions, c'est-à-dire qu'on c'a songé que tardivement à faire précéder l'année 16d6 d*une première partie, ou Introduction.
1. Je sus , par Monsieur raftme, dit Daniel de Goanae, l'éfêque de V»* leneOf alors son confident, et qui TaTait poussé à solliciter ttei établissement auprès du Roi et auprès des ministres, que le Roi lui avait déclaré qu'il ne fallait pas qu'il espérât le gouvernement, que feu M. le due d'Orléaos bo l'avait eu que pendant sa minorité {Mém, de CoinaCf 1S63 , in-8*, 1. 1, p. 303). — Ce fut en présence de Monsieur , sans lai en rien dire, que le Roi, venu du côté de Gomplègne, pour faire une grande revue , donna le gouvernement de Languedoc à M. de Venieuil : oe qui eansa à Monsieur un peu de ehagrin et l'obligea d'aller passer quelques Jonn à Villers-Cott«rets (IM., p. a09).
3. L'idée de « ma sœur » n'est venue qu'après ooup ; elle est i^atée en Interligne. l\ s'agit d'Henriette d'Angleterre.
S. C'est surtout Daniel de Cosnae, aumônier de Monsieur.
4. A la suite, on lit oeei : « Voyes sur le P. E. M. p. * 1, » ce qni veut
[Cela pourra venir à propos des cuirasses \ des épées et des pensions. Les pensions ne furent données qu*à soixante de chaque compagnie, mais Tespérance à tous les autres, ainsi que le Roi le dit hier au soir ^. Sa Majesté parla aussi publiquement de la paix de Munster et du retour de ses troupes.]
n ne faudra pas oublier, dans la suite du traité qui se négocie avec l'Angleterre , de faire mention d'un reste d'article, laissé dans les mois passés', sur la proposition faite par l'ambassadeur de Portugal que Sa Majesté ne voulut pas écouter sans les Hollandais, et de dire qu'elle ne voulait pas que le Roi d'Angleterre se pût servir de cette pratique pour le rendre suspect aux Etats de Hollande, ni que lui-même il le crût capable de quitter ses alliés, étant important de conserver l'estime de ses ennemis même quoiqu'on ne craigne pas d'attirer leur haine.
[A la oondusion du traité , se souvenir du rachat de Dunkerque, lequel eût rendu la condition des Anglais meilleure , avec la réflexion quer les peuples, par leurs mutineries, obligent quelquefois les princes à faire des choses dont ils portent eux-mêmes la peine à loisir *. ]
sans doote dire: « Voyez sur le premier exemple, Mémofret, p. * 1. » Mais l'iodicatton est bien Tague.