AVERTISSEMENT
Tous les écrivains du dix-septième siècle ont été de nos jours l'objet d'études importantes : la critique, par ses interprétations ingénieuses, a rajeuni les textes déjà connus; la curiosité inventive de quelques érudits, qui sont eux-mêmes les auteurs d'ouvrages éminents, a tiré de manuscrits oubliés ou mal lus des ouvrages entiers ou des parties d'ouvrages qui ajoutent à la richesse de ce grand siècle. L'histoire et la politique ont eu leurs découvertes conune la poésie et la philosophie morale ou religieuse. Des collections volumineuses entreprises au nom et aux frais de l'État, de nombreuses publications particulières sont le fruit de ces recherches de toute sorte. Le nom de Louis XIV, associé à ce mouvement de restauration littéraire, a grandi encore; à mesure que tous ceux qui ont vécu autour de lui s'élèvent dans Topinion publique, il est, lui aussi, porté plus haut. Mais jusqu'ici il a plutôt participé à la gloire d'autrui qu'il n'a
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retrouvé des titres qui lui fussent particuliers et personnels.
Dans notre publication, Louis XI Y parait seul et tout entier. Le Roi, Thomme et le chrétien ne peut être mieux connu et apprécié que par les Mémoires composés pour rinstruction du Dauphin. Louis XIV, comme il le dit lui-même, était dans toute la force de son âge, dans toute la vigueur de son esprit, dans tout Téclat de sa gloire loi^squ'il inspirait, dictait, se faisait relire, pour les corriger, des pages d'histoire politique et morale, qui ont bien du prix, Tenant d*un pareil auteur.
L'édition des Œuvres de Louis XIV en six vol. in- 8% que Grouvelle donna en 1806 d'après les papiers du général Grimoard, s ouvre par les Mémoires du Roi. Depuisplus de cinquante ans, chacun étudie et commente un texte très-incorrect et très-incomplet. Grouvelle cependant avait sous les yeux les manuscrits de la Ribliothèque impériale. Nous n'avons pas, comme lui, dédaigné d'en faire usage : nous croyons pouvoir dire que nous en avons fait sortir un travail tout nouveau.
L'Étude développée, placée en tête de notre premier volume, explique l'origine et la composition des Mémoires du Roi. Louis XTV tout d'abord n'a pas songé à instruire son jSls, sa première pensée a été pour lui-même. Les Mémoires devaient être un monument historique élevé à sa gloire; il racontait et jugeait en vue de la postérité
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ses propres actions. Des témoignages précis établissent quelles sont les années ou parties d'années où Louis XI Y s est liTré à cet examen curieux sur sa propre conduite. U n'a pas du tout, ainsi que le donnerait à penser Fédition de 1806, conçu un vaste plan d'ensemble, et posé comme première pierre l'année 1661, qui est en effet la première de son gouyemement personnel depuis la mort de Mazarin. Ce n'est que plus tard qu'il est revenu sur ses pas et a composé avec les années qui sont antérieures à l'année 1666 ime large introduction ou première partie, beaucoup moins importante pour nous que le corps véritable des Mémoires.
Cette œuvre, qui embrasse avec détail les années 1666, 1667 et les premiers mois de 1668 jusqu'à la paix d'Aixla-Chapelle, parcourt bien des degrés avant de trouver une f(Hrme définitive. L'initiative appartient bien réellement au Roi, puisqu'il jette de sa main sur de petites feuilles les faits et les idées qui doivent être développées. Ses Feuillets engendrent un Journal beaucoup plus étendu, dont les articles, que Louis XIY n'a pas écrits, sont certainement dictés par lui : c'est à la suite de conversations fréquentes qui se répéteniplusieurs fois dans le même mois, que des incidents et des réflexions de toute sorte se pressent au hasard sous la plume dont se sert Louis XIV. Telle est la seconde phase. Le Journal, enfin, est la base des Mémoires, vaste composi-
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lion OÙ les faits les plus importants de chaque aimée sont racontés et jugés : l'histoire du présent est Toccasion d'instructions politiques et morales adressées alors directement au Dauphin. Cette troisième phase du travail royal est elle-même fort complexe. Le texte entier desMémoires a été remanié jusqu a trois fois. Des corrections de la main de Louis XIV se montrent au moins sur la pre» mière rédaction ; il parait avoir été étranger, pour l'année 1 666,àla troisième, qui présente seule uneordonnance belle et harmonieuse. Antérieurement à la première rédaction , beaucoup d'essais partiels ont été tentés : ces brouillons sont presque tous d'un très-grand intérêt.
De quelle plume se servait Louis XIV pour composer, pour corriger? Nous pensons que Pellisson n'a été employé que fort tard, et seulement pour la révision de l'Introduction. Un écrivain jusqu'ici bien peu connu ou traité avec peu d'estime, M. de Périgny, lecteur du Roi, qui devint précepteur du Dauphin, va prendre rang à côté de Louis XIV, conune son collaborateur intime, comme Tauteur des réflexions les plus expressives : c'est l'homme de goût et de bon sens qui émonde les développements surabondants, qui trouve le mot juste, après avoir inspiré quelquefois l'idée la plus hardie. Il était du reste désigné par sa position pour cet of&ce : ou aurait pu le deviner par intuition. Après les témoignages que nous donnons, personne n'hésitera à associer désor-
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mais son nom à celui du grand Roi pour les Instruc-lions destinées au Dauphin.
Notre Étude sur la composition des Mémoires contient en outre des lettres inédites de Louis XFV à la gouvernante des enfants de France; elles appartiennent à . répoque où le Journal du Roi se transformait en Mémoires pour le Dauphin : ces billets, écrits surtout pendant la campagne de Flandre, montrent la sollicitude paternelle d'un Prince qui en même temps avait d'autres enfants de ses amours adultères. Des maximes et réflexions, écrites par le duc de Montausier pour l'éducation de son royal élève, empruntant un intérêt véritable à des documents en partie inédits, ont enrichi encore notre Étude, qui se termine par l'appréciation des Mémoires oonmie instruction politique et morale , conmie oeuvre littéraire.
Après l'Étude sur la composition des Mémoires, nous abordons, dans la suite du premier volume, les textes de l'année 1666. Presque tous sont inédits; les parties qui avaient été déjà publiées prennent dans notre travail la place qui leur est due. On lira successivement : 1* les Feuillets du Roi, précieux par leur origine, malheureusement incomplets pour le début de l'année ; 2* le Journal du Roi qui couvre soixante pages du manuscrit, dont on ne connaissait jusqu'ici que quelques fragments. Nous y avons joint des noies explicatives, mais avec dis-