DES MEMOIRES DE
Deux occasions de faire la guerre, contre TAngleterre on contre l'Espagne. Obligation de soutenir les Hollandais contre TAngleterre.
Délibération importante : fera-t-on les deux guerres en même temps?
La gnerre étant résolue contre les Anglais, utilité de rallianoe du Danemark.
Soin des frontières. Inquiétude pour Mardick ; inquiétude pour Toulon.
Déclarations du Roi, au sujet de la guerre, adressées au soutorain de l'Angleterre ; à ses propres sujets.
Cbercber des ennemis à la maison d'Autriche. — Négociations avec le Portugal. — Négociations avec les princes allemands; avec la Suède, la Hongrie, la Bavière. — Projet de partage de la monarchie espagnole, venu de princes allemands. — Intervention entre les ducs de Brunswick ; entre l'électeur de Mayence et le Palatin.— TenUtive auprès de Télecteur de Brandebourg. 11 blesse le Roi.
Réflexion : savoir se contenir.
Préparatifs pour la guerre. — L*arinée est augmentée. Soin de riofanterie : choix de Jeunes colonels. — Règlement des contestations de rang. — Traiter atec le duc de Brunswick pour ses troupes. — ATOir celles du duc de Lorraine. — Compagnies suisses. — Les levées sont surveillées. — Revue projetée: le Roi n'y va pas, à cause de l'aggravation du mal de la Reine mère.
Mort de la Reine mère. — Douleur du Roi. — Obsèques de la Reine mère. A ce sujet , contestation entre le clergé et le parlement. Réflexion. — Résistance antérieure du parlement pour la modération du prix des charges. Réflexion.
Tendresse du Roi pour son frère. Réflexion. — Conflit avec lui à l'occasion d'une chaire à dos demandée pour Madame» à l'occasion du gouvernement du Languedoc.
Effet des négociations de Saint-Romain en Portugal : entretenir d'espérances.
Eff'et des négociations engagées séparément avec le Danemark et avec la Suède qui veulent armer chacun de leur côté : chercher des voies de milieu ou de tempérament.
11 est difficile de se défendre des prétentions rivales de ses alliés. Réflexions et maximes de conduite au sujet des rivalités de toutes sortes.
Soupçons envers les Hollandais. Crédit de la France, et pensions en Hollande. — Troupes ft'ançaises à leur aide, contre Tévéqua de Munster, indirectement contre les Espagnols. — Propositions de paix de l'évéque de Munster au Roi, refusées pour être fidèle aux Hollandais. — Bonne foi envers les Hollandais à l'égard de l'Angleterre.
Avantages que le Roi eût eus à ne pas être fidèle.
Armement projeté contre les Anglais dans la Méditerranée; ils ftiient. Ils sont poursuivis dans l'Océan. — Ils paraissent , et en nombre. — Les vaisseaux fhinçais sont alors au loin, vers le Portugal. — Les Hollandais se disposent à livrer bataille aux Anglais , contre les sentiments du Roi, contre la prudence. Leur victoire.
Les vaisseaux du Roi, retenus pour le mariage de Portugal, poutalent être pris ou par les Anglais ou par les Espagnols. — Expédient i l'égard des Anglais , à l'égard des Espagnols. -^ Efforts pour empêcher la paix de Portugal. — Médiation offerte à l'Espagne^ au sujet du Portugal, acceptée à la légère par l'Espagne.
ANALTSB OB LA TROISIÈMB RÉDACTION. 99
Réflexion: sur la prudence dam les résolutioas, raisonner et prendre avis.
Imprudence dn grand tlsir, suscitant un démêlé entre le Roi et là Porte, au sujet de La Haye.
Conflit atec Gènes, auprès de la Porte : vengeance ajournée.
Succès contre les Iroqnois au Canada.
Alliances préparées avec Tunis et Alger. — Difficulté d'exécution avec Tunis.
Protection du Roi, sur la Méditerranée, ofiierte pour Tlnfante mariée avec TEmpereur. — Le nom de cette princesse couvre sept vaisseaux espagnols.
Ménagement gardé envers rAutricbe, aux fêtes de ce mariage. •^Négociation avec TEmpereur, pour le duc d'Enghien. — Elle réussit par la vénalité d*uu ministre.
Réflexion sur les serviteurs infldèles.
Soins intérieurs : contre la peste ; au sujet des querelles entre gens de considération ; sur la réformation de la justice; contre des actes de concussion ; dans Tintérêt de la noblesse, réforme de la grande écurie ; dans Tintérêt de la noblesse et du peuple, prohibition des dentelles étrangères ; manufactures de tous objets en France; travaux des ports; canal pour la jonction des deux mers.
Dépenses secrètes au dehors: en Hollande , en Irlande et en Angleterre, en Danemark, en Brandebourg et en Suède.
Réduction de dépenses superflues.
N^avoir point de regret aux autres.
Réflexion sur Tutilité de certaines dépenses.
Dépenses nouvelles , inulîlement suggérées par la Hollande, au profit du Danemark.
Effet de la guerre avec les Anglais : pour les Français, aux Antilles, affaire de Ttle Saint-Christophe; pour les Hollandais, course dans la tamise, et bataille perdue : défaite qui est une cause de division en Hollande.
La flotte de Beaufort, qui est retenue dans les eaux de Portugal par le mariage français, revient faute de vivres. — Zèle et sincé* rite du Roi pour la jonction de la flotte française avec la flotte de Hollande , jusqu'à ajouter à sa flotte des hommes d'armes de sa maiion ; au contraire, mauvaise foi des Hollandais ; ou infidélité
on lâcheté. — Danger de la flotte française : elle échappe, un Taisseau excepté.
Avantage que donne le mariage français en Portuf^l.
Affection de la reine de Pologne ^ Française aussi, pour la France. — Affaire de Pologne. Réponse surprise par un ambassadeur.
Réflexion : un prince doit porter dans sa tète la meilleure partie de son conseil, et être réservé dans toutes ses paroles.
Affaires du côté de T Italie : Savoie, Mantoue , Rome. Dispositions de la maison du Pape.
Affaires d*église. — Querelle du jansénisme. Conduite du Roi et du- Pape. ^- Pardon accordé au cardinal Ursin. — Réforme de Tordre de Ctteaux. Décision du Roi en faveur du général de Tordre. — Diminution des fêtes d*Église. — Privilège des Huguenots éludé dans le Languedoc. — Essai de conversion de Schomberg. — Réclamation pour un aumônier français en Hollande. — Don obtenu de Tassemblée du clergé.
Réflexion sur la condition et sur les biens du clergé.
Efforts pour terminer les affaires où la France est engagée comme alliée des Hollandais, avec Tévêque de Munster, avec TAngleterre. — Avec TAngleterre, négociations par l'entremise de la Reine douairière et de milord Ollis, par le comte de Saint-Alban. — Réflexions sur ces négociations : pourquoi on ne les presse pas. — Défiances des Hollandais, qu'il faut calmer : conversation avec Van-Reuningen.
La guerre maritime sert de prétexte pour faire de grands approvisionnements. -^ Bruit répandu d*un voyage du roi à Brest.
Endormir les Espagnols par une proposition de ligue. — Être patient pour les outrages qui viennent de leur part; même pour la protection qu'ils ont donnée à Salnt-Aunay. — On reconnaît leurs places des Pays-Bas.
11 est difficile de s*assurer des Suédois. Ambassade de Conigsmark : négociations avec eux ; question d*argent. — Ils s'offrent pour être médiateurs entre TAngleterre et la Hollande. — Le Roi obtient qu'ils n'inquiètent pas le Danemark. — Il leur accorde les sommes demandées. — Ils sont bien disposés pour la reine Christine ; pour une ligue avec la France. — Ils pressent Charles II d'accepter leur médiation ; s'excusent de ne pouvoir être ses alliés effectifs, comme ils le devaient, mais seulement des arbitres.
ANALTSB DE LA TR018IÉMB RÉDACTION. 101
RéflezioD sur rinterpréution que Ton fait subir aux traités, surtout dans les États qui se conduisent par les suffrages de plusieurs : l'idée de vertu soutient les princes.
Mesures k regard de TÂngleterre : projet contre Jersey^ contre les marchands anglais de Tanger ; accroissement et hivernage de la flotte ; intrigues en Angleterre et en Irlande.
Crédit du Roi en Allemagne : offre de Tévéquede Munster ; traité avec les princes voisins du Rhin ; médiation entre Télecteur de Mayence et le Palatin; propositions de la Bavière; intelligences en Hongrie ; mission de Mîlet.
Efforts du Roi pour augmenter ses propres forces. Exercices fréquents ; recrutement des officiers ; revues ; rôles des montres et inspections militaires ; désertion réprimée ; plus de contestation de rang entre les corps ; égalité de service de Tinfanterie, dans la guerre de mer ; retranchement de dépenses de plaisir ; augmentation des gardes du Roi ; zèle intempestif réprimé ; vigilance et solde pour les troupes envoyées chez des alliés; provisions pour les grandes réunions de soldats. Tout sacrifier au bien-être des soldats et à la discipline , pendant la revue de Compiègne. L'ustensile est réglée. Concussion punie : un capitaine du régiment d'Auvergne est cassé.
Réflexion contre Tesprit de libertinage : les soldats ne sont pas seuls la propriété du prince ; protéger toutes les conditions qui concourent au bonheur de la société, au maintien de la monarchie.
Nous croyons que ce programme raisonné qui suit pas à pas les développements des mémoires, en donne à l'avance une idée fort exacte. On sent une œuvre historique doot les éléments sont combinés avec art; on reconnaît Tintention d'un enseignement politique et moral reposant sur les £aits présents et devant servir de règle dans toutes les circonstances analogues et dans tous les temps.
L'ensemble de cette composition, ainsi analysée, parait déjà fort étendu. Les deux textes antérieurs A et B tenaient bien plus de place : on en Jugera par le Supplément aux Mémoi»
re$ de 166^, emprunté en grande partie à ces deux textes. Le Supplément sert à faire apprécier la sobriété relative de la troisième rédaction.
On aimerait à proclamer avec certitude l'auteur d*un travail qui est de beaucoup supérieur à tobs les textes que comprennent les Mémoires du Roi. Si cette troisième composition résulte, comme nous Tavons dit , du remaniement des deux autres qui est manifestement l'œuvre de M, de Périgny, il serait peu téméraire de la lui attribuer tout entière^ malgré certaines différences d'écriture et d'ortbograpbe. En tout cas, ce qui est bien certain, c'est que Pellisson y est absolu* ment étranger.
POUR L'iimÉB i666 ^
7R0I8IÂIIK BBPACTION» AVIG DIS VARIANTBS BT DBS ADDITIFS PROVENANT DE DBUX REDACTIONS ANTÉRIBDRBS,
La mort ^ du roi d'Espagne et la guerre des Anglais contre les Provinces-Unies, étant arrivées presque en même temps, m'offraient à la fois deux importantes occasions de faire la guerre, Tune contre TEspagne pour la poursuite des droits qui m'étaient échus, et l'autre con* ire l'Angleterre pour la défense des Hollandais '.
Ce n'est pas que le roi de la Grande-Bretagne ne me fournit un prétexte assez apparent pour me dégager de cette dernière querelle, disant^ que par le traité qui
1. Bibl. Imp., Ms., S. Fr. 2281, t. II et III. On lit en tète : 1666 R., ce qui veut dire texte refait. Noub désignons ce texte par la lettre C. I«et ▼«riantes et additions sont tirées des textes A et B (V. p. 90'05).
2. 1 ^ cahier du texte G, t. Il, (^ 188. Le préambule pompeux du texte B, Ms., t. Il, t* A, n'y est pas conservé (V. l'Étude sur la composition des Mémoires).
a. Le texte B, t. Il, f* 2, costinnalt ainsi : « ... salTant le traité que J 'avais nouvellement fait avec eux. »
4. Le texte B donne cette fin de ptirase, comme eorreotion, à la place d'une autre que voici : « Car il m'envoya une personne exprès pour me représenter que n'ayant promis deJes secourir que lorsqu'on les attar qnerait. je ne devais pas les assister en une guerre en laquelle toute l'agression venait de leur part : et quoique les Hollandais fissent aussi tout leur possible de leur côté pour me justifier le contraire, il est eertain qu'ils n'eussent jamais pu m'en convaincre, pour peu que j'eusse affecté d'en douter. •
m'engageait aux Hollandais, je ne leur avais promis mon assistance qu'en cas qu'ils fussent attaqués , et qu'ainsi je ne leur devais aucun secours en cette rencontre dans laquelle ils étaient les agresseurs.
Mais quoiqu'il m'eût été fort commode de me laisser persuader à cette raison, comme je savais au vrai que l'agression venait de la part de l'Angleterrei je voulus agir de bonne foi, suivant les termes de mon traité.
Je différai pourtant autant que je pus à me déclarer pour tâcher à les mettre d'accord, mais mes efforts étant inutiles, craignant qu'enfin les deux partis ne s'accordassent d'eux-mêmes à mon préjudice, je résolus ' de prendre celui auquel ma parole était engagée.
Mais cette question étant terminée, il m'en restait une autre plus difficile à décider, qui était de savoir si, pour conserver'ensemble mes intérêts et ceux de mes alliés, j'entrerais à la fois en guerre ^ contre l'Angleterre et contre TEspagne, ou si, n'entreprenant d'abord que la querelle des Hollandais, j'attendrais un autre temps pour vider la mienne : délibération sans doute importante ' par le nombre et par le poids des raisons qui se pouvaient alléguer des deux côtés.
1 . Le texte B porUH d'abord : « Je pensai qn*il fallait enfin se dédArer pour celle vers qui la foi des traités m'avait engagé. » Puis M. de Périgny a corrigé ainsi : « Je pris ouvertement le parti que Je devais. • Celte dernière ptirase figure au texte G, où la phrase actuelle, fort semblable à la première du texte B, est une correetion.
2. B, on lit d'abord : « en liée. • M. de Périgny y a mis : « en guerre. »
3. B, on lit d'abord: « délibération la plus importante qui depuis longtemps se soit présentée sur les affaires de cet Ëtat. » (V. le Journal, p. 13.)