DEUX OCCASIONS DE GUERRE
D*une part j'envisageais avec plaisir ^ le dessein de ces deux guerres comme un vaste champ ^ où pouvaient naître à toute heure de grandes occasions de me signaler. Tant de braves gens que je voyais animés pour mon service, semblaient à toute heure me solliciter de fournir quelque matière à leur valeur, plus avantageuse que la guerre maritime dans laquelle les plus vaillants n'ont presque jamais lieu de se distinguer des plus faibles. Mais dans mon intérêt propre' je considérais que le bien de rÉtat ne permettant pas qu'un roi s* expose aux ^ caprices de la mer, je serais obligé de commettre à mes lieutenants tout le destin de mes armes ^, sans jamais pouvoir agir de mon chef; que d'ailleurs, étant obligé à tout événement^ d'entretenir de grandes forces, il m'était
1. B, on lit d'abord: « Ifoo cœur, se portant naturellement aux grandes choses, me faisait envisager... »
2. B, le texte d'abord se continuait ainsi: «... d*où pouvaient naître tous les jours des occasions singulières et des succès glorieux. Je savais que depuis quelques années le monde s était insensiblement persuadé qu*à la mort du roi d'Espagne on verrait éclater de grands desseins. Et û vigueur que j'avais montrée en toutes mes autres actions ajant excité l'attente publique, il m'était fâcheux de n'y répondre pas pleluement dans une occasion de celte importance. » Le développement a été barré et remplacé, en interligne et en marge , par la phrase actuelle beaucoup plus modeste, enrichie de cette addition : • ....de me signaler et de répondre à l'heureuse attente que j'avais depuis quelque temps excitée dans le public. •
3. B, on lit d'abord: «j'avais pour moi-même une bien plus grande mortification quand je pensais que... »
4. B, on lit d'abord: « aux bixarres caprices... » L'épithète a été effacée, même au texte B.
&. B, la phrase est d'abord ainsi faite ; même dans B, on s'est conlenlé ensuite de : « commettre tout à mes lieutenants. » Le texte G fait reparaître : « le destin de mes armes. >
6. Nous rappelons que sous les phrases ou parties de phrases du texte G que nous soulignons, on peut lire encore sur le manuscrit les mots du texte B qui ont été l'objet d'une correction (V. p. 96).
106 JIÉMOIRBS POUR 1666.
plus expédient de les jeter dans les Pays-Bas que de les nourrir a mes dépens ^ ; qu'aussi bien toute la maison d'Autriche, persuadée de mes intentions, ne manquerait pas de me nuire indirectement en toutes choses ; qu'ayant à faire la guerre, il valait mieux en avoir une où Ton vit quelque gain apparent que de porter mes efforts contre des insulaires sur qui je ne pouvais rien conquérir qui ne me fût plus onéreux que profitant ^ que si je faisais ces deux affaires à la fois , les Hollandais m'en servi* raient mieux contre les Espagnols, ayant besoin de moi contre F Angleterre^ au lieu qu'étant tout à fait hors de danger, ils craindraient peut-être plus l'augmentation de ma puissance qu'ils ne se souviendraient de mes bienfaits; qu'enfin plusieurs de mes prédécesseurs s'étaient vus dans d'aussi grandes affaires que pouvait être cellelà ^ et que, refusant de m'exposer aux difficultés qu'ils avaient surmontées, j'étais en danger de ne pas obtenir les éloges qu'ils avaient mérités.
Mais, pour appuyer le sentiment contraire, je remar^ quaie que comme un prince acquiert de la gloire à vaincre les difficultés qu'il ne peut éviter, il se met en danger d'être accusé d'imprudence en se jetant trop aisé* ment dans celles qu'un peu d'adresse lui pouvait épargner ; que la grandeur de notre courage ne nous doit pas faire négliger le secours de notre raison, et que plus on aime chèrement la gloire, plus on doit tâcher de l'acquérir avec sûreté ' -, que sous prétexte de la guerre
). B, on lit d'abord: « lur mncuffrefl; » puU, « aux dépene de mea sujets . »
2. B, la phrase d-abord continuait ainsi : « lors même que la France n'était pas tout entière entre leurs mains. »
3. ^t un alinéa de peu de valeur, effucé sur ee texte ipâme, a été coor