‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 229 sur 302 · TENDRESSE DU ROI POUR SON FRÈRE · texte numérisé non relu

TENDRESSE DU ROI POUR SON FRÈRE

parant sans rien entreprendre fat imitée biaitôt après par les parlements les plus éloignés, et fit voir que ces sortes de corps ne sont fâcheux que pour ceux qui les redoutent ^

Entre les occupations que me produisit la mort de la Reine ma mère, je ne vous ai point parlé du partage de ses biens, parce que ni moi ni mon frère ny donnâmes pas grande application. Mais j'aurais peut-être dû vous faire le récit d'une conversation que j'eus avec lui ^ dans le plus violent accès de notre commune douleur : en laquelle, après de pressants témoignages de tendresse que nous nous donnâmes Fun à Tautre, je lui promis de faire passer la mienne jusqu^à ses enfants et de faire élever son fils auprès de vous.

Gir, quoique le temps où je lui disais ces choses et rétat où j'étais en les lui disant ne laissassent aucun lieu

1. A, fo 164 r* et 165 v*. « Un exemple si public d'obéissance et de BOumiMfon ne fut pas longtemps sans être imité dans les provinces même les plus éloignées, où la plupart des parlements vérifièrent chacun dans leur ressort cet édit concernant le prix des charges, quoiqu'il ne leur fût porté que dans la forme ordinaire par mes procureurs généraux. En quoi sans doute Je reçus un témoignage fort certain du parfait rétablisfement de l'autorité royale; puii?que ceux mêmes qui délibéraient se trouvant ensemble Juges et parties, sans une puissante impression de respect, n'eussent pas prononcé directement contre leurs intérêts, lis se erurent obligés à établir par leurs suffrages un règlement dont tout le fk*uit se répandait insensiblement sur le public, pendant qu'eux seuls en sentaient toute la perle. » Toutes ces phrases sont au texte B, f* 45 v*; mais en grande partie barrées, elles sont réduites à ceci .* « sur cet exemple, les autres parlements les plus éloignés le vérifièrent. »

2. B, t. 11, f* 65 r*, on lit d'abord : « avec ce prince. » Le mot : « (ujf » est une correction qui me paraît être de l'écriture de Louis IIV. C'est tout à fait la façon dont il signe son nom (V. le Journal, p. 14).

de douter qu'elles ne me fussent suggérées par un pur mouvement d^amitié ^ il est pourtant certain que ^, quand j'aurais médité ce discours dans une pleine liberté d'esprit, je n'eusse pu rien penser de plus délicat, que de faire à la fois à mon frère un honneur dont il m'était obligé et de prendre pour sûreté de sa conduite le plus précieux gage qu'il m'en pût donner '.

Je ^ ne sais si ce fut cette marque de ^ qui lui

donna lieu peu de jours après de me demander que sa femme eût chez la Reine une chaire a dos *. De ma part, j'aurais bien désiré denelui refuser jamais aucune chose. Mais voyant la conséquence de celle-ci, ce que je pus fut de lui faire entendre ^ que pour tout ce qui servirait

1. B, on lit cette phrase, sorte de parenthèse barrée depuis : « Dans les violentes agitations de nos cœurs, on sait que la raison ne conserve pas assez de force pour pouvoir régler nos discours et nos actions sur les principes de la politique. »

2. De même de cette phrase : « il est pourtant vrai qu'ayant à vous faire ici remarquer toutes les choses dont vous pouvez tirer quelque lumière, je puis vous dire en passant que »

3. Dans les deux textes A, t. III, f» 112-115 : B, t. II, t* 66-60, le 6* cahier se termine par des réflexions générales sur la conduite des princes que nous renvoyons au Supplément des Mémoires de 1666, n" 2.

4. Ce qui suit est dans le 7* cahier du texte A, t. 111. f* 182 et auiv., du texte B, t. 11, T 64 et suiv. (V. le Journal, p. 20 et p.43).

6. On ne peut pas supposer un autre mot que : « tendresse. » — Dans les textes antérieurs^ cette affaire vient après l'étalage des grands travaux du Roi. De là, le début: « Mon frère, qui, sans doute (par la disposition où étaient les choses alors), ne pouvait pas avoir des emplois si pressants, mais qui même, par sa propre humeur, semblait ne s'attacher à pas une des occupations, soit utiles, soit agréables, auxquelles il eût pu donner son temps, se proposa , dans son loisir, de me faire une demande... »

6. Partout on lit : « chaire, » et non chaise,comme il est imprimé dans l'édition de 1806, t. II, p. 64.

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