‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 230 sur 302 · CONFLIT DU ROI AYEG SON FRÈRE · texte numérisé non relu

CONFLIT DU ROI AYEG SON FRÈRE

i relever au-dessus de mes autres sujets ^ je le ferais toujours avec joie, mais que je ne crois pas lui pouvoir accorder ce qui semblerait rapprocher de moi, lui faisant voir par raison l'égard que je devais avoir à mon rang, la nouveauté de sa prétention, et combien il lui serait inutile d*y persister.

Mais tout ce que je lui pus dire ne satisfit aucunement son esprit ni celui de ma sœur^. [fis prétendirent même qu'en mourant la Reine ma mère m'avait fait cette demande', quoiqu'eneffeteUenem'en eût point parlé, et qu'elle ne fût pas capable de la faire, ayant assez fait voir par ses actions combien chèrement ceux de notre rang doivent en conserver la dignité.] Mais enfin mon frère prit dès lors, avec moi, une certaine conduite qui m'aurait fait craindre quelque chose de fâcheux, si d'ailleurs je n'avais eu connaissance de la trempe de son cœur et du mien *.

1. Ces derniers mots ont été one affaire; ils sont dans le texte primitif A, ^ 182 ▼*. Une oorreetion met seulement : « au-desMis des antres. • Le teite B, (» 64 ▼* reprend la première rersion ; elle a triomphé.

2. A» f* 183, à la suite est cette phrase : « Des prières, on en vint aux plaintes» on en Tint anx pleurs, on en Tint an dépit. • B, f« 66, elle est donnée tonte pareille^ mais est entièrement barrée.

3. A et B, Toici comment se traîne l'idée : « Comme s'il eût prétendu se serTlr du nom de cette princesse et du respect que Je portais à sa mé- ■lolre pour me contraindre à bdre ce qoMI désirait, ou plutét pour colorer sa prétention aux yeux de ceux qui en avaient en connaissance. Car pour moi je savais trop bien que la reine ma mère n'avait Jamais été capable ni de Caire ni d'approuver une pareille proposiUon, parce qu'elle aTait trop montré^ dans tout le cours de sa Tie, combien elle esUmail la rojranté, pour en aToir affaibli les principaux aTantages. » Le texte B Unit ainsi: • ... pour laisser croire qu'à sa mort elle en Tonlût affaiblir les principaux aTantages. »

4. Les textes A et B donnent des réflexions, omises ici, sar la prééminence du floUTerain, dont il doit se montrer digne par la vertu. V. le Supplément aux Mémoires de 1666, n"* 3.

iSO MÉMOIRES poun 1666.

Et S néanmoins, an mois après, la mort imprévue da prince de Conti lui fournit un nouveau sujet de prétention pour le gouvernementdu Languedoc, fondée principalement sur ce que mon oncle Tavait autrefois possédé.

Mais je ne crus pas encore lui devoir accorder ce point, étant persuadé qu'après les désordres que nous avons vus si souvent dans le royaume, c'était manquer de prévoyance et de raison que de mettre les grands gouvernements entre les mains des fils de France •, lesquels ', pour le bien de l'Etat, ne doivent jamais avoir d'autre retraite que la cour ni d'autre place de sûreté que dans le cœur de leur frère. L'exemple démon oncle, que mon frère alléguait, était une confirmation de ma pensée : et ce qui s'était fait durant ma minorité m'obligeait à prévoir avec plus de soin ce qui eût pu arriver

1. Le fait et la rénexion qui suivent ont leur place naturelle après tout 00 qu'on Tient do lire. Les compoéllions anlérieuret \m ont rejetés t>eaacoop plus loin : c'est an 13* cahier du texte A, t. II, f^ 279-281 ; au I l*ethicr du texie B, t. Il, P 103-106. On a même , pour celte partie, une «ompositlon plus ancienne ({ue le texte A ; désignons-la comme nous en sommes ci>nvenu (V. p. 90) par la lettre X. Le cahier porte en marge le n* <0; il est au t. 111, f^ 206-207. Ce n** 10. qui ne correspond pas« on le ifolt, aux divisions des textes A et B, ferait croire qu*il y a eu an premier travail, nn peu moins amplo, dont biem peu de fragments sobefatent, qui aurait servi de base au texte A, comme celui-ci au texte B, comme B àC. Les f* 206-207, t. fil, sont d'une belle écriture de copfe, aux fbrmes un peu arrondies et d'encre pAle : appartenant à un texte primitift il n'est pas étonnant qu'ils soient chargés de corrections. — L'idée est au Journal (V. p. S4-3S) presque dans les mêmes termes qu'aa texte C.

2. B, t. Il, f^ lOi v% on lit d'abord: « des princes du sang et principalement des ûls de France. •

3. Ce membre de phrase est ajouté en marge du texte X, t. Hl, ^ 206 T*. Il est reproduit dans les teilet A et B. Il se termhialt dmt les trois texttt X, A, B| par } «... dans te eœnr de leurs atnés. •

AUTRE PRETENTION bt? MONSIEUR. lât

durant Ia vôtre * si je vouH eusse manqué en cet état ^ Cependant mon frère et ma sœur, qui n*entraient pas dans ces raisonnements *, et qui étaient peut-être encore aigris par les discours de quelques brouillons, témoignaient de diverses manières qails étaient mécontents de mon refus. Mais de ma part^, sans faire semblant de rien apercevoir, je leur laissai tout le temps de se reconnaître. Et en effet, revenant à eux. bientôt ap^ès, ils me demandèrent tous deux pardon de la chaleur qU*itS avaient témoignée ^

t. X, t. m, (* 207 x\ on Fit à la suite : « vu le bag ftge oà voas étifft encore en ce tempa-là; » phrase eonservée d'abord, pult bâfrée M leile A, f« 280 vo.

2. Les textes anléneurs, X, A et 6 ajoutent une idée exprimée dan» le Journal (V. p. 34): t Outre qu'ayant résolu, par des considérations que vous avez lues (dans la 1*^ partie des Mémoires 1C61-1665) de ne plus d<mnef les gouvernemeotii que pour trois ans, U nesemt)lait pasqii'il tdi à propo) de les mettre entre les mains de personnes que l'on {>ùt être ilcHé d'en dépoi^éder lorsque le terme serait expiré. » Cette phrase Ht Imrrée au texte B, ^ 104 t**. A la place, on ajoute: « st j'i^tuis lis^^z malheurent pour voas abandonner eft cet état. » C'est h peu pr6s lu fdrme conservée an texte C.

3. A et ft, on lit k la suite : « qui en formaient d*autre8 en eux-mêmes suivant leur nvàntage. » Mais cette phrase est barrée âa texte B, Moi V.

4. De même pour cette phrase du texte A : « ne dontant pas de la justice et dn bon sens de mes résolutions. Je crus que j'y devais demeurer ftiébranlable, et... •

5. C'e«l au milieu de cet alinéa qu'a commencé le 3* cahfet de nof^e teite C. Il:>c. t. n« r* 304. — A la fin, sur le texte A, la main qui corrige a ajouté en marge : « Réflexion sur la conduite de Bl. (Monsieur). Prétention de M. » Cette addition explique mieux pourquoi le texte C a réuni tes différents faits se rapportant à cette même idée. — Les textes A et B expliquent à qui le rot a donné le gouvernement du Languedoc refusé à Monsieur. « J'avais dii^po?é du gouvernement en faveur du duc de Ternenfl. mon oncle (un bfltard d'Henri IV), qui ne s'était jamais éloigné de hi fidéitté qu'il me JetaK et qui revenait d'Angleterre pour mon service. Et je te fts d'suttint phis sûrement que J'avalt mfs en cette

132 MÉMOIKES POUR 1666.

Durant ce temps-là, Saint-Romain était arrivé en Portugal, où trouvant une négociation fort avancée entre cette couronne et celle dC Espagne par Tentremise de Tambassadeur d'Angleterre, il ne put la rompre, sans faire espérer aux Portugais, qu'outre le secours que je leur fournissais sous le nom de M. de Turenne, je me mettrais bientôt en état de les assister ouvertement ' . D'où il arriva que, comme ces propositions leur étaient infiniment agréables, ils ne manquèrent pas depuis d'en presser incessamment Texécution, soit par la voie de Saint-Romain même ou par celle de l'ambassadeur anglais que j'avais alors à ma cour ^. Mais ne trouvant pas les choses disposées a leur donner sitôt cette satisfaction, je travaillais de jour en jour à les entretenir d'espérances

province des iniendanU de qui les eonseils pouvaient le servir en loule reocootre à régler les affaires suivant mes desseins. Ainsi, j'avais lieu de m'assurer pleioemcnt que mes affaires y seraient toujours fort bien ad- • ministrées selon mes intentions. » (V. le Journal, p. 34.)

1. B, cahier II, 1. 11, f^ 107 v«, la phrase se continuait d'abord ainsi: « ... les assister ouvertement de toutes mes forces, et sans lui roballre plusieurs fois qu'il n*était pas temps de recevoir la paix de ses ennemis à des conditions qui lui étaient injurieuses, dans le moment que j'étais prêt de me joindre avec lui. » On a barré celte addition. (V. le Journal, p. 33, p. 25 et p. 37.)

2. B, de même de ceei : « je le connus encore par deux visites que me rendit l'ambassadeur d'Ambassadeur qui se trouvait alors à ma cour à l'occasion du mariage de son matlre. » Il s'agit de l'ambassadeur portugais résidant en Angleterre. — Dans le texte A, cahier 12*, t. 11, f« 283 V*, a été ajouté en marge tout le développement suivant, conservé d'abord, puis baiTé au texte B ; « Véritablement on ne doit pafi s'étonner que cette nation, après tant de maux soufferts pendant vingtsix ans, eût quelque avidité île profiler de la conjoncture favorable que la fortune lui présentait en ce temps-là : car il est certain qu'alors la France et l'Espagne, portées par des intérêts contraires, semblaient rechercher cette couronue avec la même chaleur. Tune sollicitant de lui donner la paix, et l'autre l'encourageant à faire ia guerre. »

NÉGOCIATIONS EN PORTUGAL ET DANS Lt NORD. 133

sans vouloir rompre avec le temps les mesures que j'avais prises.

J*avais iftie autre affaire du côté du Nord qui n*était pas plus facile à démêler.

Le roi de Danemark \ alarmé par l'appareil que faisaient contre lui les Suédois, m'avait envoyé Annibal Cbestet, son grand trésorier, pour me presser de me déclarer en sa faveur. Et les États de Hollande, qui étaient bien aise de prendre une si belle occasion pour me faire rompre avec la Suède , me faisaient de continuelles instances en faveur du roi de Danemark : pendant que, d'autre part, les Suédois me faisaient aussi remontrer par Pomponne, que voyant tous leurs voisins armés ils ne pouvaient pas être seuls sans armes, et que même ils avaient des raisons qui les obligeaient à faire la guerre au roi de Danemark, en cas qu'il attaquât celui d'Angleterre , me priant de ne pas croire qu'en cela ils eussent dessein de rien faire contre mes intérêts ^

1 . leit dans notre texte C, U 205 t*, on lit d'abord cette phrase des textes antérieurs, qu'on a barrée : « Je yous ai dit comment les Suédois m'aralent d'abord fait dire par Pomponne qa*ils ne prendraient pas parti contre moi. » C'est la phrase même du Journal. V. p. 38 où ces (hits sont indiqués. Le Journal cite plus loin Annibal Cbestet (V. p. 41).

2. Dans les textes A et B ( A, t. Il, f 283-285 ; B, t. II, fo 109)» cet alinéa est précédé de réflexions sur le» faits qn'on vient d*exposer ici : « A cette nouvelle surprenante (du projet des Suédois), considérant l'estime que la France avait toujours faite des Suédois, et de quelle conséquence il était de rompre une liaison qui durait depuis tant d'années , ou plutôt ayant lieu de douter si l'amitié des Suédois qu'il s'agissait de perdre, ne me seraltpoint, à l'avenir, plus utile et pins sûre que celle des Hollandais, pour la oonierration de laquelle se faisait cette rumeori j'eni quel*

134 MÉMOIRES PODII 1666.

La conjoqcture était assurément délicat^. Car de lais? ser aux Suédois la liberté d'attaquer le roi de Danemark, c'était me priver de tout l'avantage que je m'étais promis en traitant avec lui* Mais de me déclarer pour cela contre la Suède, c'était aussi trop légèrement rom* pre avec une nation dont j'espérais me pouvoir bientôt servir dans une rencontre plus importante. Cesi pourquoi) sans accorder alors précisément i l'une ni à l'autre des parties ce qu'elle désirait de moi, je m'appliquai ^ chercher des voies de milieu ', et y réussis de telle sorte, qu'en peu de temps je tirai assurance des Suédois qu'ils n'attaqueraient point le Danemark ^

Sur lequel propos ^ on pourrait assez raisonnablement

QUe pelno à d^onpiovr m que l'aTalt k U\r^ » — La mêai« idé« ui rendue souft ui\e autre forn^e, K, f 2^0 v° et G, ^ UO v*, où ou Ta effa^ cée : « Cooime Je n'avais pas voulu, par tes sollicitations de la Suède, rompre avec les Hollandais, je ne erus pas devoir aussi, pour plaire aux Étata de Hollaude, pa brQuUler ai légèreioeirt avte la couroone de Suède. »

1. Ces voies de milieu ou de tempérament, comme il est dit dans les textes antérieurs, sont expliquées dans ces mêmes textes A, t. Il, f 285« 280. Voici pour la Suède : « Je donnai ordre à mon ambas^^adeur (en 3uède) d'agir et de parler de telle eorta qu'il pût arrêter lea premiers mouvements de cette nation, soit en témoignant d'abord de la fermel4« Koit CQ faisant paraître un peu de çoodeacendanoe» ou même en iiropoi^t , à rexlrimité , par mauièra de tempéraoaeal , que lea Taiueaux de Danemark ne se joindraient pas à nos Qottea et ne feraient la guerre aux ABj(lais que dans la seule mer Baltique. » Voie! pour le Danemark : « Je fournis aeulement au roi de Danemark, e* un seul payemeati lea cen( mille ^us que Je uç devais lui pa^er qu'en deux termes. » Ce fait ieri^ «ignaié plua Ig^u dans notre texte C (Y. le Journal^ p. 98-3S).

:^. Celle {il^rase, qui n'eit paa au textes A, est ajoatée ca iuterliguç au \«xte B, f« ttl \\ (Y. le JoujruaU p. ^).

^ A. K' H» f^ 286, on lit» camme UitroJucUoa ^ Taliitôa une phraae çi)iiaçr\^ d>bQ^:di puU barrée au texte U, r* tM vv « Ainait (^endai^i

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