‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 56 sur 302 · RECONNAISSANCE DU ROI. LE CARROUSEL DE 1662. LXXXXIII · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE DU ROI. LE CARROUSEL DE 1662. LXXXXIII

et surtout par le scandale des amours du Roi et de mademoiselle de La Yallière, à laquelle Louis XTV fît hommage de cette fête chevaleresque. Gomment les rédacteurs des Mémoires du Roi pour 1662, en parlant des carrousels, n'oDt-ils pas été embarrassés de ce souvenir de galanterie qui n'est pas un bel exemple paternel? Louis XIV concilia de bonne heure une sorte d'affection conjugale qui lui donna plusieurs enfants légitimes , et des passions à la Henri IV qui ont grossi le nombre des bâtards de France. Bientôt pleuvent les généthliaques , les odes, les discours en latin et en français, les horoscopes de gloire militaire pour le Dauphin. Il n'y a pas un collège considérable de jésuites qui n*ait eu son panégjrrique solennel du jeune prince en 1662, si ce n'est pas dès la fin de 1661. Les orateurs ou les poètes ont de la peine à trouver du nouveau. Une des idées que plusieurs saisissent, comme un aliment pour leur imagination aux abois, comme un thème d'autant plus magnifique de flatterie que le but est placé très-haut et très-loin, c'est l'Orient, les Turcs, Byzance, au besoin Jérusalem : voilà ce que le Dauphin doit conquérir. D'après Benserade, dans le ballet d'Befcule amoureux dansé par Leurs Majestés en 1662^

Déj4, quoique de loin, sa naissance menace D'un furieux débris les côtes du Levant.

Plécbier, dans son Genethliacon , poème de trois cent dix-huit hexamètres latins facilement tournés, fait allusion, pour donner de l'émulation au nouvel Alcide, aux secours demandés par Venise et par l'Allemagne contre les Turcs. Tel est le fond historique de tous les présages

^p tqo^l^B^je. Le P. Fr. Ppmey, prçfesseur de rhé|oriqpp chez les jésuj^s de Lypi\ , dan? un discours lalin de c^ g^iprç, $'adressa|[it avec enthousia^sme à Louis X^Y, qu'il vienl df Ipu^f des efforts qu'il ne manquera pas c^e faire pour |'e}(Urp^tion fie Thérésie :

« Quelle ^oie pour ^oi, grand prince, dit-il, lorsque le Dauphin un jour, en mepant une flotte formidable, ira, favorisé par le ciel et les vçnts, délivrer les mers des dévastations

des pirates, bloquer leurs ports, détruire leurs citadelles, anéantir Alger et Tunis, prendre Péluse, recouvrer Jérusalem, tourner sa course victorieqse vers Gonstantinople, et, après avoir dompté les Turcs, remplacer dap^ cette ville le croissant par les lis, mpntrant ainsi à tout l'Orient la piété çt la force de la France pour son éternelle gloire. D

Le chevalier d'Aceilly, gentilhomme ordinaire de la chambre de Sa Majesté, adressera, çn 1667, un quatrain analogue au Dauphii^ :

Baapbin, dont k valear par le ciel fut choisie Pour abattre le trâoe et Torgueil des tyrans.

Régnez dèsTâge de quinze ans

lUis aUez r4g^el^ en Asie.

Le jésuite Pomey, dont la facpnde n'avait pas connu d'obstacles quand il s'était agi de flatter, revint un peu plus sagement à son rôle de professeur, en dédiant à monseigijieur le Dauphin, en 1664, la première éditiou de son dictionnaire français et latin : « <iiçtionnaire qui n'a de royal que le titre, remarque méchamment l'abbé Goujet; il y a entassé tout ce qu'il trouvait sans discer^ nement et ^ns choix. »

C'est |à ce qu'pn peut dire de beaucoup de pièces él^ gantes mais ridicules, qui ont été composées à Toccasion du Dauphin au berceau. Ici c'est le \i^ gaulois t souillé du sang ennemi dans tant de batailles, qui se réjouit d'avoir recouvré sa blancheur, par le P. Ëtiénqe de Carheil; là c'est un dialogue , et de mutuelles félicitations entre la Seine et l'Ëbre. Le P. Dozennius (?) prend pour texte le berceau du Dauphia; leP.Commire écrit des vers sur son sommeil. Cet enfant a vraiment trop d'esprit; voici ce que hii font dire les distiques latins d'un anonyme. On suppose que le peintre Henri Beaubrun, un des plus fameux du temps, membre et trésorier de l'Académie royale de peinture et de sculpture, s'apprête à faire le portrait du prince : l'enfant dormait, puis viennent les pleurs, puis les rires. Comment saisir ses traits? Il tira d'affiarire le peintre par ces paroles :

Forma patris genero»a mihi est, matrisqne veoustâ; fias formas» me tIs pfngere , Jange dpas.

f^t-cç ^aute^r latin qiM s'est traduit li4-mâmQ :

Joins la majesté de moo p^^r^ l^xa rares beauté» d^ ma mère , Ta feras au vr^i mon portrait ?,

Les odes françaises ne valent pas mieux que les poésies latines. L'abbé Cassagne pose-t-i\ déjà sa candidature au pr^ptpral di^ pripçe par yingt strophes» çh^cuoe de dix vers? Une antre pièce, pas moins de vingt-six strophes.

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