LA SANTÉ DU DAUPHIN EST PEÉCIEUSE. LICXXXIX
gros morceau au second; Dubois rit, ce qui ftcha un peu Monseigneur. Mais Dubois lui dit que le Roi ne priait pas Dieu comme cela. Le nom du Roi est le seul rempart à opposer aux malices d'un enfant qui Tinvoque trop souvent lui-même pour n'être pas obligé d'en tenir un peu compte.
La santé du Dauphin fut longtemps une cause de souci pour le Roi et pour la France. Son enfance maladive fit craindre qu'il n'eût le sort de ses sœurs, de ses frères, et de ses cousins les fils de Monsieur, qui ont été emportés tout jeunes. Le 18 novembre 1662 * était née une première fille du Roi, appelée au baptême Anne-Isabelle, qui mourut six semaines après : on a la lettre de Louis XIV au roi d'Espagne qui annonce cette mort le 30 décembre. Deux ans après juste, le 16 novembre, la Reine a une autre fille, Marie- Anne, qui meurt le 26 décembre. L'accouchement du 2 janvier 1667, qui donne une troisième fille, ne fut guère plus heureux. U faut attendre un an et demi pour que la France ait un second fils du Roi, un duc d'Anjou. Ce fut un événement salué avec joie. «Dimanche 8 août 1668. Nouvelles vinrent à Paris, dit d'Ormesson ', que la Reine était accouchée d'un garçon. Le lundi 9 août, je fus à Saint-Germain pour faire ma cour dans cette joie publique. Au lever du Roi, toute la ville et toute la cour
1. Gee naittanoes sont signalées aa Sappl. Franc., 570 (Bibl. Imp. lie). La lettre do 30 décembre 1663 est dans Tédition Groatelle des Œuvres de Louis XIV, t. Y, p. 104.
2. Joamal Msc., t. il. 3* partie, p. 164-165. D'après d'Ormesson, la naissance serait du 8 août. Le Suppl. Franc., 579, dit le 5. Une pièce imprimée de 1668 a pour titre : Lettre du Bot, envoyée à Varcki^'êque de Paris pour C heureux accouchement de la Beinc (5 août).
C DE LA COMPOSITION DBS MÉllOlilES.
y étaient. Jésus que la Reine était accouchée le dimanche à huit heures trois quarts du matin, et que le Roi aTait senti plus fortement la joie de la naissance de cet enfant que de M. le Dauphin. Les raisons sont faciles à trouTer. Le premier est venu au bout de Tan sans avoir été désiré, et dans un temps où le Roi n'en sentait pas encore Timportance. Celui-ci est venu après trois couches de filles et fâcheuses ; il était fort désiré. L'on avait senti dans les maladies arrivées à M. le Dauphin l'inquiétude de le perdre, et le changement que sa mort aurait apporté aux affaires. M. le Dauphin ayant un frère sera plus aisé à conduire, il ne s'en fera pas sitôt accroire. Ainsi ce second garçon est un contre-poids et un grand avantage pour le Roi. » Cet enfant, qui reçut au baptême (24 mars 1669) le nom de Philippe, sans doute parce que sa marraine était la reine d'Espagne, sera aussi fort chétif et traînera trois ans avant de mourir.
Si le sang légitime de Louis XIV était si pauvre, si peu vivace, son frère n'avait pas plus de bonheur. Henriette d'Angleterre eut d'abord, le 27 mars 1662, une fille, Marie-Louise, qui à dix-huit ans épousera, avec grand chagrin, Charles n d'Espagne. Presque du môme âge que le Dauphin, partageant ses jeux et ses danses d'enfant \ elle en fut peut-être aimée, et il eut au moins autant de douleur qu'elle de ce mariage. Monsieur eut ensuite un fils, un duc de Valois qui mourut àla findel'année 1666 ^ Cette mort laissait le Dauphin sans rival.
1. Journal ded'Ormeuon, t. II, 2* partie, p. 169. Le 24 octobre 1668.
2. Œuvres de Louis XIV, 1806, t. V, p. 399. Lettre du Roi à la reine régente d'Espagne, 12 décembre 1666, pour lui annoncer cette mort.
NAISSANCES BT MORTS DANS LA MAtSON ROYALE. Cl
Les morts, comme les naissances, sont fréquentes dans la maison royale. Le 13 juillet 1671, ont lieu à Saint- Germain les funérailles du jeune duc d'Anjou Philippe. Goj Patin, en annonçant cette nouvelle à un des ses amis dix jours après ', s'écrie: Dieu conserve son frère monseigneur le Dauphin ! Le 10 août, il ajoute : La cour est en tristesse pour M. le duc d'Ai:\iou, et de ce que M. le Dauphin ne se porte pas bien. Huit mois après, le 1*' mars, la troisième fille de Marie-Thérèse va rejoindre au tombeau les deux autres'. Gomme compensation (si Ton peut admettre que pour le cœur d'une mère un enfant soit oublié quand un autre le remplace), le 14 juin 167â naquit im second duc d'Anjou. Le Roi écrit ^ au maréchal de Turenne, du camp de Doesbourg, le 21 : « Mon cousin, je n'ai que le temps de vous dire que la Reine est accouchée d'un garçon. Je crois que cette nouvelle vous fera plaisir, sachant l'amitié que vous avez pour moi. » On ne manqua pas à féliciter le Roi en vers latins de nascente inter mctoriasfilio {iAjuin). Mais celui-là n'eut pas une existence plus longue que les autres. Le 7 juillet le Roi espérait qu'il vivrait, avec un changement de nourrice *. Le 7 novembre, il écrit de Versailles au prince de Condé * : K Mon cousin, l'unique sujet de cette lettre est la perte que nous avons faite de mon fils le duc d'Anjou. « L'en-