GVI DB LA COMPOSITION DES MÉMOIRES
ment qui avait été mystérieux et rapide comme les antres. Le temps que Madame entendit une messe à la sainte chapelle de Vincennes, c'était fait*; sous prétexte de coliques elle avait pu garder le lit le reste du jour; « elle avait veillé le soir jusqu'à près de minuit> et comme c*était un samedi, elle avait fait medianoche de la même manière que tout le reste de la compagnie, et avait eu la tête découverte comme si elle avait été au bal. » Le royal amant de cette intrépide personne voulut, au moment de partir pour la campagne de Flandre où il ne demeurerait pas éloigné de tous les périls , a assurer à l'enfant l'honneur de sa naissance (ce sont les termes des Mémoires du Roi), et donner à la mère un établissement convenable à l'affection qu'il avait pour elle depuis six ans. n La bâtardise ira désormais la tête haute. Par lettres patentes vérifiées au parlement, le 14 mai 1667, l'avant-veilie du départ de Louis XIV, la terre de Vaujours est érigée en duché en faveur de mademoiselle de La Vallière et de sa fille que le Roi avoue pour être à lui. C'est depuis lors que l'une est appelée madame la duchesse de La Valliôre, l'autre mademoiselle de Blois. La nouvelle duchesse dissimulait dans ce temps-là une dernière grossesse. Ëstrce à cause de la naissance prévue que Louis XIV avait envoyé d'abord au procureur général de Harlay des lettres qui mentionnaient les enfants qu'il avait eus d'elle, et ceux qu'elle aurait ci-après '? Harlay, dit-on, fit changer
1. Mém, de mademoiselle de Montpenster (Micb* et Poujonlat, iii* série, t. IV, p. 399).
2. BiM. imp. Mbc. Ponds Bouhier, 34. Mél. de Pkilib. de Lamare, eomm. ei 1673, art. 10S8.
ENFANTS D£ U DUCHESSE DE LA YALLIÊRB. GVII
cette clause au Roi , qui était contre l'honnêteté. En récompense de Tobservation, Louis XIV lui permit de se défaire de sa charge en faveur de son fils : la cession eut lieu tout aussitôt ^
L*audace de la duchesse, qui se croit encore passionnément aimée, éclate pendant l'absence de Louis XIV. Dès qu'elle apprend que la Reine est mandée à Avesnés où le Roi se rend en attendant que Charleroy con> quise soit réparée, elle n'a pas besoin d'ordres, cç n'est pas seulement mademoiselle de Montpensier qui le dit*, c'est le grave d'Ormesson*; elle quitte Versailles, rejoint la Reine qui est obligée de la recevoir à La Fère, et sans se soucier de ce que peuvent dire sur sa hardiesse la gouvernante des filles d'honneur, la duchesse de Montausier, les dames du palais, madame de Montespan et la princesse de Bade, dès qu'elle arrive sur une hauteur d'où elle voit l'armée, elle lance son carrosse à travers champs à toute bride pour être sous les yeux de son amant, môme avant la Reine. Le Roi, ajoute mademoiselle de Montpensier, fut un moment avec la Reine et s'en alla aussitôt chez madame de La Vallière. Le récit de Mademoiselle , tout plein de verve et de malice, montre la juste colère de Marie-Thérèse, la commisération méchante de madame de Montespan , rivale déjà désignée de madame de La Vallière, qui ose dire : a Dieu me garde d'être mal-
1. ioumal de dOrmetsm, 16 mai 1667, t. Il, V ptrUe, p. 148 r*.
2. Mém. Montpensier, Ibid. Le texte, par erreur, porte Amiens au llea d'Avetnes. Le Journal de diOrmtuon et lei Mémoires du Aot nomment cette dernière ville.