Ibid
LA GOUVERNANTE DES ENFANTS DE FRANCE. CXIff
rets de duchesses en entrant dans les maisons d'Aumont, de Ventadour et de La Ferté. La duchesse de Ventadour« celle qui, n'étant que mademoiselle de La Motte, menaça le Roi de l'étrangler lorsqu'il s'approcha d'elle tout enflammé d'amour ', fut jugée digne par ses vertus de perpétuer dans la famille les fonctions de gouvernante. La maréchale sa mère avait fourni comme une seconde carrière auprès des enfants du Dauphin : la duchesse de Ventadour a été gouvernante du dernier survivant des enfants du duc de Bourgogne, le roi Louis XV.
Le manuscrit de la Bibl. imp. (Suppl. Fr., 1957) qui contient les Lettres de Louis XIV à madame de La Motte n'a pas été beaucoup étudié jusqu'ici. Les billets y soDt dans un désordre extrême : dix-neuf sur qua^ rante ne portent pas d'indication d'année; on les a juxtaposés au hasard, quand on a formé le volume; la table , de main moderne, ajoute à la confusion par des erreurs de toute sorte. Les dates étant une fois rétablies, et les billets pouvant être lus dans l'ordre où ils ont été écrits % leur valeur est mieux comprise, ils acquièrent de l'intérêt. Ce n'est pas, sans doute, un document historique de très-grande importance; mais ils nous semblentêtrecomme un préambule naturel des Mémoires du Roi pour le Dauphin. Ils méritent de figurer en tête du long texte royal. D'ailleurs ici c'est bien Louis XTV qui écrit : il n'y a que très-peu de billets pour lesquels on ne soit pas sûr de la main. Ici Louis XIV s'occupe du
1. Bibl. imp. Fonds Boobier, 34. Mél. de Pbilib. de Lamare, eommcDcéi en 1673, art. IM).
3. NoiuaTonB donné, en iSSS, quelques pages sur ces Lettres dans VAUimneum françaii,
CXIV l>e U COMPOSITION DRS MEMOtlIBS.
Paupbin» comme enfant, dans le présent ; par les Mémoires, il a la prétention de préparer son avenir politi* que et moral, comme homme, comme futur roi.
Ces billets ne sont pas exclusivement de Tannée 1667» et de Tépoque de la campagne de Flandre. Outre ceuxlà, il y en a quelques-uns pour les années 1668, 69, 70» 71, que nous croyons tout au moins devoir analyser, parce qu'ils nous conduisent jusqu'au moment de la rédaction définitive des Mémoires de 1661, faite par Pellisson <c dans la dixième année du gouvernement personnel de Louis XIV. » Le dernier billet de 1671 , où nous nous arrêterons, marque d'autant mieux une limite que le Roi s'y inquiète de la santé de son second fils, sans le croire aussi malade qu'il est. A son retour, quelques jours après, il ne l'a pas retrouvé vivant : cette mort fait, encore une fois, du Dauphin le fils unique du Roi.
Toutes ces lettres, de 1667 à 1671, ont le même objet, la santé des en&nts, et quelquefois le caractère du Dau^ phin. Quand le Dauphin est marié, la maréchale étant gouvernante de set fils, des billets sur leur santé lui sont adressés par le Roi, en 1682, le 28 septembre et le 6 novembre ; en 1683, le 19 mars, le 5 juillet, le 25 août; en 1684, le 6 mai et le 28 septembre : il n'y est question que des petits accidents des enfants, de dents, et de nourrices. Laissons cela, et montrons plutôt, par trois billets postérieurs k 1671 , que Louis XIV n'entretient pas toujours la gouvernante des détails ingrats de ses fonctions, et qu'il la juge digne d'entendre parler des grandes choses du règne. Le second de ces billets n'est peut-être de la main du Roi que pour la signature : a Lows. n
ESTIMB DU ROI FOUA LA MARfiCHALS W LA MOTTE. CXV « An camp devaDt Dôle, le 27* de mai ]67i.
« ^9ns a?ez trop bonne opinion de moi , de me donner toute la gloire de la prise de Besançon. Mes troupes y ont eu grande part, et d^aillenrs je dois reconnaître qn^elle est principalement due à Dieo. Mais Je n*ai pas laissé de sentir raffection qui vous porte 4 TOUS expliquer comme vous faites, ce qui vient d*un tel principe ne pouvant manquer d'être agréable. »
« Ma cousine, j'aurais été surpris si vous ne m'aviez écrit sur la prise de Valenciennes. Je suis trop accoutumé à recevoir des marques de votre zèle en ces sortes d'occasions. Les preuves que vous m'en avez données en ce dernier succès ne pouvaient pas être mieux reçues; je vous en assure, et prie Dieu qu'il vous ait, ma cousine, en sa sainte et digne garde. Au camp devant Gambray, le 34 de mars 1677. »
« Au camp devant le cbftteaa de Namur, le ii« (2«] Juin 1692^
« 1t y a longtemps que je saisies sentiments que vous avez pour noi et pour ce qui me touche. La Joie que vous avez de la prise de Namur ne me ^surprend pas. Vous êtes trop bonne Francue pour ne vous pas réjouir de tous les bonheurs qui m'arrivent... L'on ne peut avoir plus d'amitié et de considération que j'en ai pour