J DE LÀ COMPOSTION DES MÉMOIRES
guiadée; on peut lui reprocher de manquer d'aménité et d'enjouement; un tour d'esprit plus Yif ne gâterait pas la morale et aiderait au succès des conseils qu'elle inspire. Les masques vivants que Louis XIV découvre et examine fournissent la matière des leçons adressées au Dauphin. Mais , pendant qu'il passe en revue , sous les yeux de son fils, tous les types de personnages qu'un prince a besoin de bien connaître, lui-même se met en scène. Sa manière de juger les hommes et les choses révèle son caractère, ses préventions, ses sympathies. Ce n'est donc pas une étude purement abstraite : par les Mémoire» on apprend à mieux discerner les intentions, les vues ambitieuses du grand Roi. Quant au père de famille qu'il n'est pas permis de négliger lorsqu'on touche un pareil sujet, quelques lettres inédites prouveront que Louis XIV a accordé à son fils dans son cœur, dans sa pensée une aussi grande place qu'à ses peuples, à Dieu et à lui-même.
PREHltHB ORieiME. V|I
Origioe de» Mémoires dq Roi. — Petite Aeidémie. — Mémoires de Colbert. — Carnets de finances. — Première pièce des Mémoire! du Roi : abréfré des flnanees, 1661-1665. — Composition, eople de cette pièce, additions qu'on y a faites.
L'amour de Lpuis XIV pour les louanges n'a eu d'égal que le zèle de ses ministres et de Messieurs de TAcadémie à les lui prodiguer, A peine commence-t-il k gouveroer par lui-môme, toutes les manifestations de J'enthou^ siasme et de la reconnaissance publique ont leur point de départ et comme leur foyer, tout près du prince^ dans la gratitude personnelle et Tadmiration du trop modeste Colhert. C'est lui qui, chargé de la surintendance des bâtiments, et prévoyant qu'il aurait à faire élever beaucoup de monuments à la gloire du Roi, à faire frapper des médailles pour consacrer la mémoire de ses grandes actions» forma uncr espèce de petit conseil de gens de lettres auquel il pût demander les plus belles inscriptions, les plus belles devises pour les arcs de triomphe, les médailles et tous les divertissements de la cour. Chapelain , « qui avait le goût le meilleur et le sens le plus droit pour ces sortes de sujets, )> l'abbé fiourséis, prodige de science et de littérature, l'abbé Jean Cassagnes que des odes et des traductions avaient mis en réputation, Charles Perrault, connu alors par quelques vers et par une pièce en prose sur l'achat récent de Ounkerque, empruntés tous les quatre
yil[ DE LA COMPOSITION DES MÉHOIBES.
dès 1662 à l'Académie française, préparèrent cette œuvre d'adulation officielle, qui s'étendit bientôt à la correction des ouvrages composés en l'honneur du Roi, et embrassa un projet d'histoire que devaient rédiger ces Messieurs de l'Académie. Charles Perrault, qui fournit lui-môme ces détails, ajoute que Charpentier qui fut le cinquième membre de la petite Académie, fut cause qu'on abandonna le projet d'histoire; « il ne voulait rien écrire, dit Perrault, sans connaître les Mémoires et le secret des affaires. » C'est là un scrupule qui, pour le temps, mérite de grands éloges.
Il fallait donc des Mémoires. Colbert donne l'exemple de bonne heure; et, qu'il ait songé à sa gloire ou à celle de son maître, les notes qu'il a recueillies rapidement à ce sujet ont été, tout le porte à le croire, la première origine, la première base de l'ouvrage qui est devenu , par la suite, un ensemble d'instructions pour le Dauphin. Nous ne voulons pas parler ici de ces Etats de finances^ conservés précieusement aux manuscrits de la Bibliothèque impériale sous le titre de Carnets de Louis XJV, qui ne contiennent que des chiffres, et n'ont pas la forme d'un récit historique : il s'agit de véritables Mémoires de la main même de Colbert, sur les affaires de finances de France pour servir à l'histoire. Le titre est significatif: le ministre prend le temps de s'occuper d'un passé qui n'est pas encore bien loin de lui, et d'écrire pour la postérité. On voudrait avoir la date précise de ces pages autographes. Elles ont été écrites au plus tôt dans le courant de l'année 4663, dont sont cités, à la fin, les mois de février, mars et avril ; mais le récit est certainement inachevé. D'après le préambule que nous allons reproduire, il semble que