‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 8 sur 302 · PETITE ACADÉMIE. MÉMOIRES DE COLBERT AU ROI. IX · texte numérisé non relu

PETITE ACADÉMIE. MÉMOIRES DE COLBERT AU ROI. IX

les yeux du minislre qui s'improvise historien étaient portés alors autant sur l'Espagne que sur la France, et qu'on avait souci du rôle de la Hollande et de la Suède ; le roi Philippe IV est nommé comme s'il avait déjà rejoint dans la tombe son père et son aïeul. Ne serait-ce pas au mo* ment où, après sa mort, on projetait la guerre des Pays- Bas, et où ces deux États protestants se trouvaient engagés dans les liens de la France, l'un à propos d'une guerre avec l'Angleterre et l'autre de différends avec le Danemark? Nous inclinons pour l'année 1666. La rédaction de ces Mémoires historiques sur les finances, de la main de Colbert, concorderait parfaitement ainsi avec celle de nos Mémoires. Nous verrons d'ailleurs quelle coïncidence remarquable certains fragments de nos manuscrits pour les années 1664-1664 offrent avec les Mémoires de Colbert, et avec les Carnets de Louis XIV qui reproduisent la partie technique, arithmétique de ces Mémoires. Voici le début de Colbert * :

c C*est Qoe maxime constante et reconnue généralement dans tons les États du monde que les finances en sont la plas importante et la plas essentielle partie. Cest une matière qui entre en

I. Bibl. imp. Mse.s.Fr. 3695, fn-f*. Ces Mémoires forment un volume de 14 r*, écrits ao r* et au v* de la main très-fine de Colbert. Ils ont été publiés presque en entier par M. Clément {Vie et administration de Colbert. Pièces Justificatives, n* t, p. 427-441), comme étant de la Collection de Gênée de Brochot. M. Chéruel en a donné de longues citations dans ton excellente Histoire de C administration monarchique en France jusqu'à la mort de Louis XIV, t. Il, p. 175-179, et p. 188-198 : n'ayant pas besoin d'en' apprécier reosemble au même point de vue que nous, il n'a pas cité ce préambule. — Nous le remercions Ici à l'avance de robligeante communication qu'il a bien voulu nous faire du Journal ■unitacrit d'Olivier d'Ormesson, que nous citerons quelquefois.

X DB LA GOMPOSmON DES HÉMOIRES.

umtes 1^ ftffairee^ soit qu'elle regarde la 8iib8i9Unce de r£tat en 3op dedans y soit qu^dle regarde son aecroissement et sa puissance an dehors.

« Il est presque certain que cbaqne État , à proportion de sa grandeur et de son étendue , est suffisamment pourvu de moyens pour subsister en son dedans, pourvu que ces moyens soient bien et fidèlement administrés; mais pour s'accroître, il n'y a que les deux États de France et d'Espagne qui aient paru jusqu'à présent en Europe avoir assez de force e^ d'abondance dans les finances pour entreprendre des guerres et des conquêtes au dehors.

I II est vrai que la Hollande, par son industrie et son application au commerce, et la Suède, par la fertilité de son terroir (?) et le courage de ses peuples et la hardiesse de ses deux derniers rois , ont suppléé au défaut de force et de finances ; mais ce sont des exemples qui sont uniques, et qui, examinés en détail et pénétrés jusque dans le fond, se trouveraient fondés bien plus sur l'assistance de la France et sur les guerres des deux principaux États de TEurope que sur leur Industrie et sur aucune bonne qualité de leurs rois et de leurs peuples.

c n est donc question d'examiner quels effets produirait dans les États ou la disette ou Tabondance dans les finances. Nous n'avons dans notre royaume qu'un seul exemple d'ai)ondance , à savoir du règne d'Henri 4*; mais nous en avons une infinité de disette et de nécessité. Au contraire, dans celui d'Espagne, nous voyons les règnes de Charles-Quint, Philippe second, troisième et même 4*, dans une si prodigieuse abondance d'argent par la découverte des Indes, que toute l'Europe a vu cette maison d'ua simple archiduc d'Autriche, sans aucune considération dans le monde» monter dans l'espace de soixante à quatre-vingts années, à la souveraineté de tous les États des maisons de Bourgogne, d'Aragon , Gastille , Portugal , Naples , Milan, joindre à leurs États la couronne d'Angleterre et d'Irlande par le mariage de Philippe second avec Marie, rendre TEmpire presque héréditaire à ses princes, cotttester la prééminence à la cooronae de nos rois, mettre

MEMOIRES DE COtBERT AU ROI. XI

par ses pratiques sourdes (?) et par ses armes notre royaume en QD péril immiDent de passer eo main étrangère, et enfin aspirer à Fempire de tonte TEurope, c'est-à-dire de tont le monde.

€ Puisque depuis la mort d'Henri À^ nous n^avons yu que des exemples de disette et de nécessité dans les finances, il sera bon d*examiner d'où peut provenir que depuis un si long temps Ton n'a pas TU, sinon Tahondance, quelque chose de moins que la disette et la nécessité, quelque égalité des dépenses aui recettes : Ton ne peut attribuer ce désordre qu'à deux vices principaux, ou à l'établissement de l'autorité qui régit cette nature d'affaires , ou aux maximes qui servent à la conduite , lesquels peuvent être vicieux en soi, et par conséquent être le principe et la principale cause de tout ce désordre. »

Il déroule alors toute l'histoire de radministratioa financière et des finances après Henri IV. £n arrivant à la mort de Mazarin, le 9 mars 1661, il montre et la douleur inimaginable du Roi pour la perte d'un si grand ministre (l'éloge est un peu fort quand il s'agit des finances), et son application tout entière aux afTaires, sa passion pour la gloire , son renoncement aux plaisirs, 0 quoique admirablement bien fait de sa personne, d'und santé forte et vigoureuse. » L'arrestation de Fouquet est un sujet intarissable pour son haineux successeur; la saisie des papiers de Pellisson, le commis du surintendant, omise d'abord dans le texte, est ajoutée en margCt Ce sont si bien des Mémoires d'histoire, que le ministre entre dans ks détails les plus intimes sur l'opposition qu'au sein môme de la Chambre de justice le premier président Guillaume de Lamoigoon, qu'il n'aimait pas, et quelques aotrea magktrats avaient faite en 1662 , à la

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