‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 82 sur 302 · LETTRES DU ROI A LA GOUVERN. DU DAUPHIN, 1667. GXXIK · texte numérisé non relu

LETTRES DU ROI A LA GOUVERN. DU DAUPHIN, 1667. GXXIK

Mémoires un passage où est caractérisé « ce tempéra* meotimpétueux)) du Dauphin : on pourrait croire, d'après Ce que le Dauphin a été depuis, qull n'y a là qu'une flatterie du rédacteur. C'était l'opinion de tous ceux qui approchaient le jeune prince : « Il est le plus bel enfant et le plus éveillé qui se puisse voir, » écrit d'Ormesson le 24 octobre 1668. Louis XIV s'est-il mal trouvé, par hasardy de n'avoir pas été, dans ses premières années, contenu et garrotté comme il veut qu'on fiasse pour son fils? L'entière indépendance dont on l'a laissé jouir avec un semblant d'éducation qui n'eut pas de prise sur lui avait ses périls sans doute ; mais de la modération et de la sagesse, à cinq ans et demi, n'est-ce pas le commencement de l'étouffement moral dont le Dauphin a ressenti les effets toute sa vie ?

Si le Roi propose déjà à la gouvernante de viser à la sagesse, que sera-ce lorsque l'enfant sera sorti des mains des femmes qui ont une tendresse ou une faiblesse indulgente , lorsqu'il aura perdu son premier précepteur qui, même dans ces austères fonctions, se souvient qu'il a été bel esprit et poète? M. de Montausier ne vient que d'apparaître, au moment où d'Ormesson donne au Dauphin le certificat d'enfant aimable et capable de bien faire, que nous avons enregistré : mais Montausier et Bossuet ont bien des années devant eux pour satisfaire au programme royal, pour rendre le Dauphin tout à fait sage et modéré. La nature sans doute l'avait créé semblable à son père ; l'éducation en a fiait le triste pendant de son aïeul. Il eût donc autant valu que Louis XIV s'occupât moins du Dauphin et le laissât se développer librement. U n'est pas sûr que , même pour la santé physique , il eût été aussi

CXXX DE tA COMPOSITION DES MÉMOIRES.

maliûgre et aussi difficile à élever si on l'avait entouré de moins de précautions et de soins.

La dernière pensée que suggèrent ces billets est toute à Tavantage du caractère de Louis XIV. Il parle sans ostentation des événements de la campagne; il n'exagère ni les difficultés ni les succès. L'idée ne lui vient pas de grossir la voix, pour que la gouvernante, qui ne manquera pas de raconter ce que le Roi lui écrit, prenne elle-même la trompette. D'autres feront grand bruit des conquêtes et peut-être par ordre : mais Louis XIV n'est pas un gazetier ou un poète. Si le siège de Lille touche à sa fin (n* 14), si ses courses que l'ennemi n'arrête pas lui permettent d'espérer un prompt retour à Saint-Germain (n"^ 15 et 16), ce sont de bonnes nouvelles, ce sont des surprises agréables pour la gouvernante; rien de plus, Louis XrV, avec elle, ne cherche pas à produire de l'effet.

Ces billets, par leur extrême simplicité, par. la reproduction de9 mêmes formules, par le ton des questions et des compliments adressés à la maréchale avec franchise et abandon, attestent leur origine royale : Louis XIV n'a pas besoin d'un secrétaire pour penser et pour écrire ainsi. Une main étrangère y mettrait plus de façon et de style. Certains de ces billets sont presque exactement les mêmes, par la pensée et par la forme : ils n'ont d'intérêt qu'au moment même , et seulement pour celui qui les écrit, pour celle qui les reçoit. N'en est-il pas ainsi de beaucoup de lettres intimes de famille, que les auteurs ne voudraient pas voir publiées parce qu'elles ne contiennent rien qui ait de la valeur aux yeux de la postérité? Rien? Le mot ne serait pas juste pour ces modestes petites feuilles qui nous révèlent naïvement, chez un per-

LETTRES OU KOI ▲ LA «OUVBIIN. Dtl OAUPUIN, 1667. CXXXI

sonnage ordinairement solennel et majestueux, des sentiments conformes à Thumaine nature, une tendresse inquiète , une familiarité aimable , à côté desquelles le Trai Louis XIV se reconnaît d^ns les conseils de direction morale qu'il juge utiles à son fils.

CXXXII DE LA COMPOSmON DES VÉIIOIRES.

Aalret lettres du Roi à U gouferoante , 1869-1671. ^ Opinion

•ur le Dtuphin en 1671*

Les autres billets sont moins importants. Il y en a moins en quatre ans que dans les quatre mois de la campagne de Flandre ; le Roi s'y montre moins inquiet, puisque le Dauphin est moins malade, et que lui-même est moins loin ; les derniers seulement, écrits de villes de Flandre qu'il visite en 1671, marquent plus de trouble d'esprit, le frère du Dauphin étant bien près de mourir ; enfin il n'y est question absolument que de la santé des enfants : pas un mot sur leur ca&ctère ou sur leur éducation.

Louis XIY , revenu de Flandre à Saint-Germain , le 7 septembre 1667, y reste jusqu'au 9 novembre, où il va habiter Saint-Germain. Le 25 décembre, il se transporte à Versailles, avec l'intention de faire un nouveau séjour d'abord à Paris, puis à Saint-Germain. Le 25 décembre était un dimanche. De là, sans doute, le billet suivant :

N^ 17. ~ « A VersaUles^ ce dimanche au soir ^

c Je n'ai rien à ajoater k ce qne vous mande Daquin par mon ordre, ai ce n*est qu*en cas qne mon fil« ne puisse venir k Saint- Germain, vous y enverrez ma ûlie. J'attends de ?os nouvelles avec

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