‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 10 sur 280 · II · texte numérisé non relu

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18 SU^LÉHfiNT ^UX VÉMOIRES Dfi 1066.

Mon soin sera de les faire élever aussi bien que tous ; mais le vôtre doit être de vous élever au-dessus d'eux, et de faire voir à toute la terre que vous méritez, eu effet, par votre vertu, ce rang qui ne semble être donné qu'à Tordre de votre naissance.

Les deQx réflexions qu'on vient de lire ont leur commentaire expressif dans les pages d*un contemporain, qui a porté atteinte, autant qu'il a pu, à la prééminence du souverain, et qui envisageait autrement que les rédacteurs des Mémoires te conduite que doivent tenir envers Louis XIV les princes de la maison royale.

Daniel de Cosnac, évéque de Valence, premier aumônier de Monsieur, au moment où le roi refusait à son frère le gouvernement du Languedoc, vacant par la mort du prince deConti (février 1666), lui traça une sorte de programme sur sa manière d'agir avec le roi, avec les ministres et avec k reste de la cour , afin de devenir un personnage important, et, s'il se pouvait même, un personnage redouté dans TÉttl. Avant toutes choses, il voulait que Monsieur effaçâtles mauvaises impressions qu'on avait eues de lui, comme d'un prince sans vues et sans ambition, éloigné de toute application, capable seulement de bagatelles, c Si nous étions dans un temps de guerre, vous avanceriez plus vos araires en un jour par quelque action de fermeté qu'en dix ans de lecture. » L'étude et la lecture des bonnes histoires était recommandée par Cosoaccomme un moyen de former et d'attacher à quelque chose de sérieux l'esprit du prince : il faut au moins , lui disait-il , vous enfermer quelques heures par jour dans votre particulier pour faire semblant de lire. Cosnac peint Rionsienr au vrai quand û nous le représente, au milieu de ces conversations si graves, si compromettantes , le quittant, en une demi^heure , dix ou douze fois pour aller donner ordre à des bagatelles. Gomment, avec la connaissance qu'il avait du prince, eut-il l'im-

CONSEILS TÉMftflAIRES D*UN SBBVmSUR DB MONSIEUR. 19

prudence de lui donner par écrit les conseils qui lui senil>lai«Bt les plus utiles? Voici la page de Cosnac (ses Mémoires^ éd.

1862, in-S, t. I, p. 805-306)

Pour Im condttile qu'il devait garder avec le Roi, je lui dis qu'il flkllaii éfiler sur toute chose son mépris, mériter son estime et son affeotiOB; qa*en Tétat où Je voyais les choses, cela ne pouvait se faire qu'avec le temps ; qu'il devait raccompagner dans toutes les revues des gens de a«erre; avoir «ne eomptattanee aveugle pour ses volonlés ; le kraer en toutes occasions; souffrir ses railleries sans s'emporter i témoigner un extrême attachement et une grande tendresse pour sa personne; ne perdre aucune occasion d'être de ses divertissements, afin de se con- •erver et d'augmenter même auprès de lui cette famitlarilé que la nature lui avait doaaée; affeeter de lui demander conseil pour sa conduite, particulièrement pour les affaires de sa maison ; parler pendant les conseils et jamais qu'à propos; soumettre toujours ses avis à ceux du Roi ; loi demander peu de choses et toujours justes; rapporter tous ses désirs et toutes Ks partons à plaire à Sa Majesté, sans pourtant jamais oublier l'honneur qu'il avait d'être ton frère, de peur de rien faire qui sentit trop la flatterie.

Pour la conduite qu'il devait tenir avec ses ministres , j'estimais que le moyen le plus avantageux et le plus infaillible de se faire aimer ou de te faire craindre, était assorément de se bien conduire avec le Roi ; qa'U fallait Ica louer en public, leur (aire en particulier beaucoup d'ami» tiés, mais sans y avoir aucune conûaooe, de peur qu'ils ne s'en servisseat pour lui nuire dans l'esprit du Roi.

Je continuai en disant qu'avec la cour et avec les courli^ans je prendrais une conduite tout opposée à celle du Roi ; qu'il paraissait fier, peu familier, peu caressant; que lui, au contraire, devait être doux, aectieillant ; que le Roi passait pour dur, difficile à accorder des grâce», louant rarement; que lui, au contraire, devait entrer dans les intérêts de chacun, affectant de se réjouir de leur joie, de compatir à leur déplaisir. J'ijoulal que, comme il n'avait aucun bienfait à donner, il fallait au moins suppléer par des paroles, et pour cela les choisir si flatteuses et si (omplaisantes qu'elles valussent, en quelque façon, des effets, louant lea belles actions, même avec excès, excusant les fautes avec bonté.

Plus tard, au début de la campagne en 1667, Cosnac conseillera à If onsienr de cherclier de même, par quelque démon* ftration glorieuse, même à force d'argent , de louanges et de

caresses à s'attacher les généraux, les officiers et les soldats. (Ibid.^ p. 339.)

If* 4. — V. t. l, page 136, note 2.

»éiicKl»a mmt Uidi^trlbnilOB des ^àcem^ sur la imwemr

k la JiMliee^ mmr le ekels de» mtetetrea (Brouillofi),

Les trois fragments qae nous rapprochons, en les donnant comme l'origine et le commentaire des idées de notre texte G, remplissent un folio isolé du Msc. (t. I, f 99, r» et v») : ils sont placés là au hasard, à la suite du Journal du Roi pour Tannée 1667; on ne savait qu'en faire. La main qui les a écrits a composé d'autres fragments fort précieux sur les conditions de la société, sur le rôle du clergé, sur les favorites des rois, sur les bénéfices d'église, etc., que nous donnerons en leur lieu. Or, cette écriture ressemble beaucoup à celle des corrections et des additions en marge de tous nos textes mss. M. de Périgny est l'écrivain à qui nous faisons honneur de ces divers travaux.

De ces trois fragments , le premier seul a un titre au ma- ^nuscrit :

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