Le fait est au Journal, n
6. Le Journal dit : 1661. Le texte A , à la On da 4* cahier» f« 331 r*, met : 1662.
CtlBRRE MARITfllE : BISPOSITIONS A LA PAIX. 235
livrant aloi*s Ttle contestée, mais que les Anglais Tayant abandonnée bientôt après S ils avaient pu, de nouveau, s'y établir, comme dans une terre sans seigneur. Mais, quoi quil en fût en effet, elle était d'une valeur fort médiocre, il ne semblait pas que ni Tune ni Tautre des parties s'y dût fortement attacher, si bien que la paix déjà semblait infaillible ^.
Aussi la maison d'Autriche, ne pouvantplus s'imaginer d'autre expédient pour la rompre^, me lit proposer la médiation de l'empereur, espérant ^ que dans le détail des articles qui restaient encore à digérer, ses agents trouveraient peut-être moyen d'exciter quelque nouvelle contestation. Mais comme le motif de cette proposition n'était pas difficile a pénétrer, je ne manquai pas de prétexte pour m^en défendre, disant que les Suédois avaient déjà été reçus pour médiateurs tant par moi que par les autres parties qui avaient intérêt dans ce traité, et qu'après que les choses avaient été portées par leur entremise au point où elles étaient alors, il n'était pas juste de leur donner un associé qui partageât avec eux la gloire du succès. A quoi le résident de l'empereur ne manqua pas de repartir ; mais je sortis de cette conversation en rejetant toujours ses offres avec toutes les honnêtetés possibles.
1. A : « n'y trourant pas des eaux à leur gré. • 3. Au Journal : « L'on dii^ait que le« états consentiraient de la rendre eoeore, ntoyennani quoi la paix eût été faite, à ci*, qu'on dinait. »
3. An Jounial, n* 37 : • L'empereur s'offrait à être notre médiateur.» Bien de plus.
4. € ...prétendant, » qu'on Ht dans l'édition de 1806 (i. II. p. 281), n'est pas clair.
Les Espagnols', pour me détourner par une autre voie de porter mes armes contre eux, me firent proposer un traité de commerce. Et depuis encore, dans le même dessein, le marquis^ de la Fuente, prenant congé de moi , me dit , de la part de la reine régente ', tout ce qu'il put de plus engageant, afin d'attirer de moi de pareilles civilités, desquelles aussitôt après il tâcha de prendre avantage, en faisant entendre dans le public que je lui avais positivement promis de ne point rompre avec les Espagnols, comme s'il eût espéré par là m'engager à ne le pas dédire *. Mais parce que, dans le fait, je ne lui avais dit que des civilités fort générales, je Os fort peu de cas ^ de tous ses discours, travaillant^ sans cesse à me tenir prêt et pour la guerre de mer et pour celle de terre, selon ce qui pouvait arriver.
1. Texte A, 6* cahier, r* 174 t « ... agiaulentde tout leur pouToir pour me détourner de U guerre, tantôt en me faiunt des propositions de eommerce, tantôt en traversant le traité de paix projeté avec rAagleterre, et tantôt en semant des paroles ou des écrits contraires à mes prétentions. •
2. A, le mot : marquis^ à la place de comte, est de la main de LouisXIV.
3. A, il y avait d'alwrd : son maître. Louis XiV a écrit : ta reine itEe" pagne,
4. Dans le Journal, on lit n*" 28 : « A l*adieu de Tamliassadenr d'Espagne, je m'empêchai de m'engager à rien, et lui dis seulement des ter^ mes civils loucliant la manière dont je vivait avec la Reine. »
5. A, r* 174 «... de ce qui s'en dit dans le public , et sans m*arrèter à CCS différentes bagatelles. Je ne laissai pas d'agir suivant mes desseins. •
6. Celte dernière phrase si ilmple, on la trouve et dans les Feuillets : « Application égale, dans l'incertitude de paix et de guerre, aux afIMres de la marine et de terre, » et dans le Journal n* 20 : « Cependant je m'appliquai également à donner ordre aux forces de terre et de mer, dans le doute où J'étais, de la part d'Angleterre, de la guerre on de la paix. » —On peut ajouter Ici ce que fournit le texte A, 5* cahier, f* 334 v», conformément uu n* 32 du Journal où on lit : « Je donnai les ordres pour assembler mes vaisseaux dans les rades de la Rochelle. » A : « Outre
EFFORTS INSIDIEUX DE L'aUTRICBE, DE L'eSPAGXE. 237
Car enfin je craignais toujours que, comme j'avais beaucoup de passion pour foire réussir la paix d'Angleterre, je me pouvais tromper plus aisément qu'un autre dans les apparences que j'y croyais voir, et je tenais pour maxime qu'en tout ce qui est douteux, le seul moyen d'agir avec assurance est de faire son compte sur le
IP n'est que trop naturel aux hommes de se pro-
qae Je tenaia mes places de mer très-bien munies, Je faisais avee beanroop de soin équiper tous mes vaiiieaux, et même Je donnai mes ordres de les rassembler aux rades de la Rochelle de la même façon que si je n'eusse eu aucune espérance d'acoommodement. • Ces demierK mots rendent raison de la place que nous attribuons au fragment. De plus, les réflexions générales qu'on va lire suivent immédiatement dans ce même 6^ cahier du texte A.
1. La réflexion développée dans cet alinéa et les suivants répond à une phrase du Journal qui accompagne le n* 21 consacré au projet de paix avec l'Angleterre : « Ne se pas endormir sur des espérances incertaines, et ne pas se laisser persuader trop légèrement ce qu'on désire. • Elle est très-étendue dans le texte A, 5* cahier, f^ 336-339. Le texte C a res* serré un peu le tout.
2. A, au lieu de ces quelques lignes, il y a un long début (f* 335 et 336 v«) qui manque de solidité et de mesure. « Car il est bon que vous BAchiet, mon fils, qu*il est naturel à tous les hommes de se persuader avee beaucoup de facilité les choses qu'ils désirent avec beaucoup d'ardeur. Les fréquents souhaits qu'ils font pour le même objet leur en forment avee le temps une Idée si forte et si présente que la moindre apparence qu'ils en voient leur pasie pour quelque chose d'effectif; bâtissant inconsidérément tous leurs projeta sur ces fausses mesures, ils les voient souvent ruinés an moment qu'ils les croient les mieux établis. Pour éviter un pareil malheur, il y a deux Importantes pi-écuutions à prendre. Dont la première est de nous défier de nos propres pensées dans toutes les choses où nous nous sentons un peu trop fortement attachés. Car enfin, dès lors que nous avons beaucoup d'inclination pour quelque chose, les premiers mouvements de notre esprit suivent presque toujours la pente de notre cceur, et le paKi qui nous flatte davantage est orUinairement celui que nous embrassons , si, par une réflexion sévère et
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mettre avec facilité ce qu'ils désirent avec ardeur, et nous ne saurions nous garantir d'un défaut si commun qu'en nous défiant de nos propres pensées dans toutes les choses où nous avons trop de penchant. ' 11 n'est rien de si important ni de plus difficile au prince que de savoir combien et jusqu'où il doit estimer sa propre opinion ^ Je vous ai dit ailleurs, et il est vrai, qu'un souverain peut avoir cette persuasion en faveur de lui-même que, comme il est d'un rang au-dessus des autres hommes , il voit aussi les choses qui se présentent d'une manière plus parfaite qu'eux, et qu'il se doit plus fier à ses propres lumières qu'aux rapports qui lui sont faits du dehors.
Mais je vous avertis ici que cette maxime ne se doit pas appliquer également à toutes nos différenles fonctions. Il en est sans doute de certaines, où tenant, pour ainsi dire, la place de Dieu, nous semblons êlre participants de sa connaissance, aussi bien que de son autorité, comme, par exemple, en ce qui regarde ^ le dis-
BcmpDleuse, nous n'examinons la solidité de nos premiers raisconemenU. Ce serait sans doute une mauvaise pratique pour ceux de notre ran^ d'imiter en tout ees philosophes douteux , qui étaient persuadû que Thomme sage ne devait jamais ho tenir assuré d'aucun de ses jugement», parce que cette irrét^olution continuelle nous rendrait incapables d'agir. Mais aussi ne devons-nous pas en tout nous confier également à notre propre raison, parce que dans les choset^qui touchent de trop près notre ■ensibilité, nous sommes toujours capables de nous tromper : le plus sur est de nous regarder plutôt comme parties que comme juges. » Ce n*est certainemeoi pas Loui^ XlVqui a peu^é aux • philosophes douteux. »
1. Au texte A, f° 3S6 v* : « Et ce que je vous dirai sur ce sujet doit être lu de vous d'autant plus attentivement qu'il n'y a que moi seul qui puisse entrer avec vous dans une discussion t^i délicate. • La phrase mi curieuse. Il semblerait que l..ouis XIV & dicté.
2. A, r* 337 T^ «... U direction du dedans de TËtat, lo soulagement
ÊTRE EN CARDE CONTRE SES DÊSiRS ; PRENDRE CONSEtL. 23d
cernement des esprits, le partage des emplois et la distribution des grftces, dans lesquelles choses nous décidons avec plus de succès par notre propre suffrage que par celui de nos conseillers , parce qu^étant postés dans une sphère supérieure, nous sommes plus éloignés qu'eux des petits intérêts qui nous pourraient porter à l'injustice. Mais il faut confesser de bonne foi qu'il se trouve aussi d'autres rencontres où quittant, ce semble, le personnage de souverains et d'indépendants , nous devenons aussi intéressés, et peut-être même dav^antage que les moindres particuliers, parce que, plus les objets où nous aspirons sont grands et relevés, plus ils sont propres à troubler la tranquillité nécessaire pour former un juste raisonnement. Le feu des plus nobles passions \ comme celui des plus obscures, produit toujours un peu de fumée, qui offusque notre raison. On admire souvent que, de plusieurs qui voient et entendent la même chose , à peine en est-il deux dont le rapport se trouve conforme l'un à l'autre, et cependant cette variété ne vient que de la différence des intérêts et des passions qui se trouvent toujours entre les hommes,
de* peuples, le partage des emplois... » Le second membre de phrase est barré ; il n'a pas été rétabli.
1. A, r> 938 V", au lieu de cette courte phrase, déjà assez ambitieuse, on en lit deux qui valent encore moins ; c*e«t en les combinant et en les réduisant qu'on a eu la phrase déÛnilive. « Car enfin, quelque éc aire que soit natorellepient un esprit, les nuages des passions offui^quent infailliblement ses idées, ou du moins les font paraître de la même couleur dont Ils se trouvent teInU eux-mêmes. Et il ne faut pa^ même douter que cette maxime ne ^t également vraie dans les pus^ionb les plus nobles et les plus louables comme duns les plus obscures et les plut» vicieuacs, parce qu'il suffit qu'elles soient pa$«ions pour causer du trouble et de • confusion dans le cœur dont elles se sont emparées. »
lesquels, même sans s'en apercevoir, accommodent tout ce qu'ils voient au dehors au mouvement qui domine dans leur âme.
Cest une des plus fortes raisons qui a obligé de tout temps ^ les princes à tenir auprès d'eux des conseillers, et qui les doit même porter à entendre plus favorablement que les autres ceux qu'ils ne rencontrent pas de leur sentiment. Tandis que nous sommes dans la puissance, nous ne manquons jamais de gens qui s'étudient à suivre nos pensées et à paraître en tout de notre avis. Mais nous devons craindre de manquer, au besoin, de gens qui sachent nous contredire ^, parce que notre inclination parait quelquefois si à découvert , que les plus hardis craignent de la choquer, et cependant il est bon qu'il y en ait qui puissent prendre cette liberté. Les
1. Au texle A, 5" cahier, f* 338 v*, le défeloppement est pins étendit et se renoue à ce qui a été dit précédemment (V. notre p. 237, note 3). « La seconde chose que vous devei observer pour n'être {«s aisément trompé sur les affaires qui vous sont les plus sensibles, c'est d*examiner même les intérêts des gens dont nous prenons les avis, et surtout d'écouter favorablement ceux que vous tronverex capables de vons*parler dans un sens contraire au vôtre, parce qu'à moins que ce soit des hommes qui naturellement soient de mauvaise humeur, vous devei d*al>ord pi-ésumer deux choses à leur avantage: l'une qu'ils sont persuadés de ce qu'ils disent ; l'autre, qu'ils sont fort affectionnés à vos intérêts, puisque pour le bien de votre service ils osent parler ouvertement contre vos désirs. •
2. A, r* 339 V". « Quand je dis au besoin, ce n'est pas dans les conseils ordinaires, où, ne témoignant aucun pencliant de côté ni d'autre, nous laissons à ceux qui s'j trouvent une pleine liberté de prendre tel des deux partis qu'il leur plaît : mais j'entends dans les choses où notre inclination se découvrant d'elle-même parait quelquefois avec tant de force que l'on appréhende de la choquer. Car enfin, en ces rencontres, il n'est point de sujet qui ne croie mal faire sa cour en allant contre les eeutiments de son prince. Et cependant il est important... •