‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 108 sur 280 · IL FAUT ÉCOUTER CEUX QUI NOUS CONTREDISENT · texte numérisé non relu

IL FAUT ÉCOUTER CEUX QUI NOUS CONTREDISENT

fausses complaisances ^ que Ton a pour nous en ces occasions nous peuvent nuire beaucoup plus que les contradictions les plus opiniâtres. Si nous nous trompons en notre avis, celui qui nous adhère achève de nous précipiter dans Terreur, au lieu que ^, lors même que nous avons raison, celui qui nous contredit ne laisse pas que de nous être utile, quand ce ne serait qu'à nous faire chercher des remèdes aux inconvénients qu'il a proposés, et à nous laisser, en agissant, la satisfaction d*avoir auparavant examiné toutes les raisons de part et d'autre.

Dans raccommodement ' que je désirais faire avec l'Angleterre, le point qui m'arrêtait le plus était que

1. Dans le texte A, au début du 6* cahier, qui est peut-èlre d'une rédaction plus ancienne que les cahiers 3, 4, 5. déjà explorés, cette fin de la réflexion est en partie du moins une addition faite à la marge (f* 17 1), tandis qu'elle prend rang dans le contexte du 6* cahier, à sa dernière page (f» 339 v«).

3. La phrase de la marge (6^ cahier, f^ 171] se continue ainsi : t An lieu que celui qui nous contredit, nous trouvant disposé à lui résister, ne nous emporte jamais dans ton parti quMl ne soit appuyé de solides raisons. • Le texte reprend : « ... et enfin quoique la contradiclion ait en sol quelque chose d'importun, elle est pourtant utile en plusieurs rencontres, quand cène serait qu'à nous faire préparer des remèdes... »

3. Au texte A, 4* cahier, f' 326 v», on lit ceci qui peut servir de préambule aux paragraphes suivantà : t J'avais appris par les vaisseaux nouvellement revenus de l'Amérique diverses particularités des événements que Je vous al déjà racontés, et l'on me mandait del^ que mes armes j prospéraient tous les jours de plus en plus. Biais ces succès heu^ reux par eux-mdmes firent d'ailleurs un mauvais effet, parce qu'ils formaient un nouvel obstacle à la conclusion du traité que je voulais faire avec les Anglais. » Voici, d'autre part, le n* 4t du Journal : « Sainl- Cbristophe et quelques autres îles ont été prises sur les Anglais. » Ce tout des faits de Tannée précédente (V. les Mémoires de 1666, t. 1, p. 180). Les Feuillets ont aussi leur mot : « Condition de saint Christofle ; » et un peu auparavant : « Paix d'Angleterre toujours dans l'esprit pour entreprendre autres choses. »

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les Anglais, encore afiOigés d'avoir perdu les lies occidentales, prétendaient surtout y être rétablis ^ : car, outre Vintérèt général que la France y pouvait avoir, j*étais particulièrement touché par la considération de la nouvelle compagnie que j'avais formée pour ce commerce.

Mais, d'autre part ^, considérant aussi la conjoncture où je me trouvais, la Flandre dépourvue d'argent et d'hommes, l'Espagne gouvernée par une princesse étrangère, l'empereur incertain dans ses résolutions, la maison d'Autriche réduite à deux tôtes , ses forces épuisées par diverses guerres, ses partisans presque tous refroidis, et mes sujets pleins de zèle pour mon service , je crus que je ne devais pas perdre une occasion si favorable d'avancer mes desseins , ni mettre en comparaison le gain de ces lies éloignées avec la conquête des Pays-Bas.

C'est pourquoi je pris en moi-même la résolution d'accorder la demande qui m'élait faite. Et néanmoins, pour ne la pas déclarer sans en tirer quelque fruit important , je fis demander au roi de la Grande-Bretagne si, moyennant la parole secrète que je lui donnerais de passer cet article dans le traité, il voudrait aussi de sa

1. Au Journal le n*> 10, plus développé que de coutume, rend eompte de tout ceci. « Le comte de Saint-Alban me ût dire par la Reine que le roi de la Grande-Bretagne accepterait les conditions que j'avais autrefois proposées pour la paix, pourvu que je voulusse remettre les choses en Tétat qu'elles étaient avant la guerre dans les tles de l'Amérique... »

2. Le germe de cette phrase e.^t dans le Journal, n« 10 : « Mais balançant cela contre Timportance de faire bientôt la guerre à l'Espagne, dépourvue maintenant de toutes choses, et qui se croyait elle-même perdue si j'eusse pu l'attaquer avec toutes mes forces. Je crus qu'il n*y avait pas de proportion, et me résolus de céder ce que l'on prétendait.. •

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