NE PAS SE LAISSER GOUVERNER
Ton parvient insensiblement à gouverner la plupart des princes.
Car enfin *, ce qu'on appelle être gouverné, ce n'est pas toujours d'avoir un premier ministre en titre, à qui l'on renvoie ouvertement la décision de toutes choses ; chez les esprits éclairés, c'est assez pour cela d'avoir une
1. A, !()• cahier, l. i, r* 130. « Ce qu'on appelle se laisser gouverner n'est pas toujours d*avoir un premier ministre en titrei à qui... ; chez les esprits délicate, c'est assez d'avoir une personne, quelle qu'elle soit, dont tous les sentiments soient approuxés , par la \oie de qui toutes les affaires réussissent, contre la volonté de qui Ton ne fasse rien, et enOn qui puisse, sans que nous j fassions réflexion, nous rendre agréables tous ceux qu'elle favorise et nous donner du d« guûl de tous ceux qui ne sont pas de ses amis. » — Au texte A^ le développement continue ainsi {t* 130 V* et P I3i r*} : «^Ce désordre ne peut durer longtemps sans altérer la réputation du sou>erain, sans apporter iin grand dommage à ses affaires, parce que tous ceux qui le servent avec quelque honneur , ne pliant pas si fat!ilement que les autres, sont tôt ou tard opprimés, et ceux dont on remplit leurs placessont gens auFUjellis aveuglément à toutes les volontés de leur patron. » Celte idée nouvelle n'est pas sans importance, et méritait d'être conservée. Quant à la phrase de conclusion, elle est barrée, même sur le texte A (P l3l); la voici : «Ainsi le seulmojren de eonserver dans notre rang notre réputation et notre puissance , c'est de faire voir que ceux qui nous approchent sont conduits par nous et no nous conduit>ent pas, de les mettre dans une telle indépendance entre eux que pas un d'eux ne soit en état d'abattre ou d'élever son compagnon, et de les maintt^nir dans une si grande dé|)endance de nous qu'il n'y ait pas un d'eux qui ne reconnaisse que nous pourrions faire par plusieurs autres ce que nous leur faisons l'honneur de leur confier. » Un voit que le rédacteur a perdu de vue la question posée au début de ce cahier : • S'il faut que le prince parle à beaucoup ou à peu de gens. » Il ne s'agit que de ministres à conlenir ; c'est bien la pensée que les rois « ne doivent pas laisser ti*op agrandir leurs créatures, » comme Churles U a fait du comte de Clarendon (V. p. 2G0). C'est à cette occai^ion qu'est venue la réflexion. Quant à • la forme de vivre de Sa Majesté, à l'armée, parlant à tous, » comme le Hoi l'a pratiquée dans la campagne de Pranclie-Comté eu lt>68 aussi bien que dans la campagne de Flandre, la réflexion que cette idée suggère peut aussi bien avoir été réservée pour les Mémoiret de 1608, où nous la donnerons à lire.
ou plusieurs personnes, de quelque qualité qu'elles soient, qui, séparées ou jointes ensemble, puissent nous mettre dans Tesprit ce qu'elles veulent , qui sachent , selon leurs intérêts , avancer ou reculer les affaires , et qui puissent, sans que nous y fassions réflexion, approcher de nous les personnes qu'elles favorisent, ou nous dégoûter de celles qu'elles n'aiment pas.
Après avoir * entretenu mon armée de mer jusqu'au mois d'octobre, je l'avais licenciée, à la réserve d'une escadre, à qui je fis passer le détroit pour incommoder les côtes d'Espagne.
A regard de celle de terre ^, j'en avais laissé le commandement à M. de Turenne, lequel, bientôt après mon départ, marcha vers Alost, où les ennemis avaient remis des troupes, prit la place et la démantela ^. Après quoi, voyant qu'il n'y avait plus rien à faire autre chose, il prit ^, suivant mes ordres , les quartiers d'hiver les plus étendus qu'il put pour resserrer d'autant plus les ennemis, et, revenant auprès de moi, laissa les troupes partagées entre quatre lieutenants généraux, qui, tous, ayant leur département séparé , avaient pourtant ordre
1. H y a un article correspondant dans le Journal (donné le 28 et le 29 décembre] n» 8 ter (V. p. 198199|. Le texte B, &• cahier, f* 263, donne cette phrase en marge. Elle a d'abord été essayée , jusqu'à deux reprises, un peu plus loin, et successivement effacée, P 264 v<» et 26S r«. —Au Journal, on ajoute : « Deux armées navales pour la campagne prochaine. >