UN SOUVERAIN DOIT RÉSGLER SES MOEURS
mêmes les plus sévèrement jugés et les plus curieusement observés. Items le grand nombre de gens qui les environnent, ce qui échappe aux yeux de l'un est presque toujours découvert par un autre. Le moindre soupçon que Von conçoit d^eux passe aussitôt d*oreille en oreille , comme une nouvelle agréable à débiter : celui qui parle, faisant toujours vanité de savoir plus que les autres, augmente lesxhoses au lieu de les affaiblir ^ et celui qui entend, prenant un plaisir malin à voir abaisser ce qu'il croit trop au-dessus de lui, apporte toute la facilité possible à se persuader de ce qu'on lui dit.
Plus ^ le prince dont on s'entretient a d'ailleurs de mérite et de vertu, plus l'envie prend à tâche d'en obscurcir l'éclat : en sorte que, bien loin de dissimuler ses fautes, on lui en suppose même quelquefois dont il est absolument innocent^. D*où vous devez conclure, mon fik, qu'un souverain ne saurait mener une vie trop sage et trop innocente ; que , pour régner heureusement et glorieusement, ce n'est pas assez de donner ordre aux affaires générales , si nous ne réglons aussi D0& propres mœurs ' ^ et que le seul moyen d'être vrai-
1. Cette phrase : « Plus celai dont on s'entretient..., » est i^outée en marge du C 273 r*.
3. F« 275 t», suit une phrase qu*on pourrait garder t « La corruption de leurs mœurs, si elle est accompagnée de mollesse, attire infailliblement le mépris ; si elle e^t soutenue avec fierté, produit la terreur et la haine; et de quelque manière que ce puisse être, a toujours de tristes succès. »
3. Nous retrouvons donc là une phrase qui s'est montrée d^à deux fois (V. la note 3 de la p. 285, et la note 5 de la p. 287), et par laquelle le rédacteur avait bien rintention déterminer Tensemble de la réflexion. Cest seulement au bas de la page du f* 273 r* qu'on a allongé la conclusion : «... et que le seul moyen d*être y rainent indépendant du reste des
lu 19
Mtt :
SOO MÉMOIRES POUft 1667.
ment indépencUnt et au-dessus du reste des hommes est de ne rien faire ni en publie , ni en secret , qu'ils puissent légitimement censurer.
Nous donnons, dans le Supplément aux Mémoires (Y. n<v7), la réflexion sur les favorites des rois, qui semble avoir été conçue à Foecasion de la leçon de morale domestique que fournit la chute du roi de Portugal , Alphonse VI , renversé par ses sujets et par sa femme. Ce morceau ne figure ni dans le second, ni dans le troisième texte; c'est un fragment isolé que Féditeur de 1 806 a placé avant le début de la campagne de Flandre, Finsérant arbitrairement au milieu du texte définitif. C'est sans doute à cause de la date de Férection du duché de Yaujours en faveur de mademoiselle de La Yallière, quelques jours avant le départ du Roi pour cette campagne, que le morceau a été intercalé là plutôt qu'ailleurs. Sa place serait plus logiquement à la suite de la réflexion par laquelle se termine la rédaction définitive des Mémoires : le lien moral qui rapproche un sujet de Fautre est visible ; nous indiquerons les affinités littéraires des deux compositions.
hommes est de ne rien faire ni en public, ni en secret (ces derniers mots sont i^outés sur la ligne), qu'ils puissent légiUmement censurer. » On atail d'abord mis^ et on a raturé ceci : « ... est de mener une vie exempte de tous les défauts dont ils sont ordinairement... » La phrase est restée ina chevée; n'était-ce pas le commencement d'une insolence à l'adresse du reste des hommes? On le doit croire, puisque le texte définitif porte : « et que le seul moyen d'être vraiment indépendant et au-dessus du reste des hommes, c'est... » Les mois : « au-dessus, » résument la phrase qui n'est pas écrite tout entière. L'expression définitive est assez discrète ; mais le voile soulevé, nous avons vu le fond de la pensée. Celle conclusion dernière est conforme à l'esprit général des Mémoires.
SUPPLÉMENT
A Cl
Noos avons soin de garder, autant que possible, les titres de snjets qae nous fournit le manuscrit, soit dans les Feuillets da Roi, soit dans le Journal. Les titres empruntés textnelleraent sont distingués par des guillemets.
ANALYSE DE CES TEXTES
K** f . « Ne pas perdre roccasion de faire à propos choses éclatantes^ parce qu'elle ne se trouve pas toujours, t