DEVOIRS DES SUJETS. DEVOIRS DES ROIS
Mais il n'est pas juste que les souverains qui font profession de celle " sainte doctrine se fondent sur Tinnocence qu'elle inspire à leurs peuples pour vivre de leur part avec plus de dérèglement. Il faut ^ qu'ils soutiennent par leurs propres exemples la religion dont ils veulent être appuyés , et qu'ils considèrent que ^ leurs sujets, les voyant plongés dans le vice et le sang, ne peuvent presque rendre à leur personne le respect dû à leur dignité, ni les reconnaître pour les vivantes images de celui qui est tout ^ saint aussi bien que lout-puissant.
Je sais bien ^ que ceux qui sont nés comme nous avec
1 . L'épi thèle n*a été ajoutée qu'en marge de la seconde retouche, f« 373.
2. F** 276 r" : « Si nous voulons en êlre appuyés (de cette sainte doctrine), il faut la soutenir par notre exemple aussi bien que par no» édita; el ceux dont les brutales actions démentent la religion qu'ils professent ne doivent pas être étonnés qu'on ait répugnance à leur rendre tous les respects qui leur sont dus, et qu'on ail peine à les reconnaître... »
3. F" 271, 1*' brouillon : «... et qu'ils considèrent que lordqu'its font brutalement périr ceux qu'ils sont obligés de protéger et qui se plongent dans... (la phrase n'a pas été complétée), ils démentent leur créance .et déshonorent leur caractère. » Au f« 272 v«,on lit... : «et qu'ils considèrent que leurs peuples, les voyant sans cesse plongés dans l'ordure et le sang, ne peuvent pas aisément rendre à leur personne toute la révérence due à leur dignité. >
4. F* 27 1 et r> 272 v* : « tout bon, et tout saint... » Le : « tout bon » ne paraît pas au f* 276 r*.
5. Au premier brouillon, f* 271, on lit : «Je sais bien que cette réflexion est un peu sérieuse pour les gens de votre âge, mais elle est nécessaire absolument, el vous ne sauriez savoir de trop bonne heure que pour régner heureusement et sûrement... » Ici s'arrêtait le déveioppemenl nou- .veau, avec la phrase que nous avons d^'jà empruntée au f* 27 1 (V. notre p. 285, note 3). Oite phrase finale e»t le germe d'un autre développement, sur lesecond brouillon, P 272 v* et D' 27 3 r*: «Je sais bien que ceux qui sont nés comme vous avec des inclinations vertueuses s'emportent rarement à ces fâcheuses evli émîtes; mais dans le haut rang que nous tenons, les moindres fautes ont toujours... » On ^'econnaît ces deux phrases, l'une du premier, l'autre du second brouillon, dans eelie-ci (f" 276 !-*):« Je
des inclinations vertueuses ne s'emportent jamais à ces scandaleuses extrémités qui blessent ouvertement la vue des peuples ; mais il est bon pourtant que vous sachiez que dans le haut rang que nous tenons, les moindres fautes * ont toujours de fâcheuses suites. Celui qui les fait a ce malheur qu'il n'en connaît jamais la conséquence que quand il n'est plus temps d'y remédier. L'habitude qu'il prend au mal le lui fait voir de jour en jour plus excusable et moins connu, tandis qu'il parait aux yeux du public plus honteux et plus manifeste; car c'est une des plus grandes erreurs où puisse tomber un prince de penser que ses défauts demeurent cachés, ni qu'on se porte à les excuser.
Les rois ^, qui sont les arbitres souverains de la for* tune et de la conduite des hommes, sont toujours eux-
▼ois bien« mon file, que ceUe réflexion peat paraître un peu sérieuse aux gens de votre âge. mais elle leur est nécessaire absolument, et ne doit pas même être désagréable à ceux qui, comme vous, ont les inclinations portées à la vertu. » Au r* 276 v*, cette dernière phrase est indiquée comme de- Tant clore la réflexion tout entière : nous la voyons cependant poursuivre son cours.
1. L'idée : • que les moindres fautes ont toujours de f&cheuses suites, » est remaniée deux ou trois fois (f 274 v*, f* 276 v», 270 v*) : « Le dérèglement des passions a pres^que toujoursune triste i^sue.» « Le fruit qu'ils* en doivent tirer (de ces reflexions) pour leur perfection est que, comme les grands crimes attirent les grands malheurs, il n'est pas de petit défaut qui ne reçoive infailliblement sa peine. » — Une autre idée, qui a distparu depuis, se montre au !'« 27G v^ : « ils doivent craindre que leurs inférieurB) enclins à les imiter en tout, ne deviennent méeliantsà leur exemple. •
2. F** 272 v\ « Les rois qui sont les juges de la fortune des iiommcs... » Sur cette page même, « juges » est remplacé par : « arbitres. » Au f^ 276 v* : • Les rois, qui sont les arbitres des autres hommes, sont toujours eux* mêmes les premiers et les plus sévèrement jugés: il n'est rien qu'on leur veuille pardonner, ni rien qu'ils puissent tenir caché. Dans le grand nombre de gens qui les observent... »