ARTICLES DU JOURNAL
QUI N£ SONT PAS PASSÉS DANS LES MSlfOIRES DE 1667.
Bien peu d'articles du Journal ont été ou négligés ou omis à dessein. Il est facile de les relever. Le premier article du 29 mars a disparu. Ces mots :
J*ai fait retrancher beaucoup de fêtes,
rappellent un article du Journal de 1666, et un développement correspondant des Mémoires de cette année. On pourrait croire oublié le n® 25 du même Jour :
V. p. 162. — C'est pourquoi Je travaillais continuellement à mVxereer moi-même et à me rendre capable de bien faire ce métier (de la guerre) qui m'était nouveau.
On le retrouve cependant au début d'une phrase que nous avons citée (V. p. 182, note 1) : « L'application que j*ai eue durant cette campagne à m'acquitter d'un emploi qui était nouveau... » L'idée dans le Journal est signalée avant la campagne de Flandre; dans les Mémoires, c'est à la suite du « Voyage » du Roi après le siège de Douai. Il est vrai que le Journal annonce, après l'article, une réflexion qui n'a pas été développée :
Il ne faut présumer de soi ni croire qu'on puisse savoir les choses sans les apprendre.
Parmi les articles donnés le 28 et le 29 décembre, certain détail secondaire de la campagne a été négligé :
V. p. 191. — ... avec ordre d*étendre les contributions aussi avant qu*U se pût, Ju8qu*à faire contribuer les faubourgs de Bruxelles.
Pour l'histoire intérieure, le même Journal des 28 et 29 dé* cerabre jette entre deux articles qui ont trait à la guerre
une remarque qui se rapporte à un fait signalé tout à fait dès le début :
V. p. 199. — [En même temps que je traYailItis à me faire faire justiee par les Espagnols, je la voulais aussi faire rendre à mes sujets.] J'ai fait observer avec exacUtude au dedans de mon État les nouvelles ordonnances que j'avais publiées.
La première phrase, qu'on voit mise entre crochets, n'est pas à regretter: c'est une misérable antithèse. L*idée en ellemême n'a pu trouver place, puisqu'il n*est question dans les dernières pages des Mémoires que de guerre, de négociations^ d'affaires étrangères.
De tout le Journal , il n'y a qu'un article , le dernier du 19 Juillet, qui soit d'une certaine valeur, et qui aurait pu être traité :
V. p. 181. — Le voyage que je fus obligé de faire à Saint-Cloud me donna plus de peine qu'une affaire importante, par les contradictions que j*y trouvai dans la cour. Et ce n'est pas une petite afiiaire à un princa de savoir bien sortir des démêlés de sa propre maison.
Il s'agissait, nous l'avons dit (V. p. 181, note 3), des velléités d'ambition inspirées à Monsieur par Daniel de Cosnac, du côté de l'Italie. Bientôt allaient commencer d'autres intrigues, où ont été mêlés, à propos de Monsieur et de Madame, le chevalier de Lorraine, les filles d'honneur, madame de Saint- Ghaumont, et cet évéque de Valence, de Cosnac, qui en parie longuement dans ses Mémoires (fin du 1" volume) ; mais les Mémoires du Roi ne sont pas habitués à entrer dans les détails, comme l'atteste même le long morceau sur les maltresses des rois. Une fois seulement, des réflexions presque vives et insolentes ont été suggérées par la conduite de Monsieur» en 1666, après la mort d'Anne d'Autriche.
FODIt l'insthdction dd daopbin.
POUR l'année 1668.
Les rédacteurs des Mémoires poursuivent le récit de la guerre entreprise pour les droits de la Reine; ils s'arrêteront au moment où, d'une part, est décidée la paix d'Aix-la-Chapelle, œuvre officielle et publique de diplomatie; où, de l'autre , s'achève la négociation secrète d'un projet de partage éventuel de la succession d'Espagne entre la France et l'Autriche.
Le texte manuscrit, qui a été reproduit dans l'édition de 1 80^ (t. II, p. 844-372), provient évidemment de la même source de composition qui a donné les Mémoires de 1666 et de 1667. C'est l'écriture large et courue des textes A et B , conservés pour chacune de ces années. Les corrections sont d'une main plus serrée, de celle qui a paru partout sur ces divers textes, chargée du même office, modifiant les mots, transposant, abrégeant des phrases : nommons encore M. de Périgny.
Nous sommes beaucoup moins riche pour l'année 1668 que pour les années précédentes : celles-ci avaient chacune trois textes différents, et même pour 1666 nous avons surpris des fragments de composition qui ont dû précéder le plus ancien des trois textes; ici le manuscrit (S. Fr. 2281 , t. III) présente un texte unique. Ce texte est divisé, comme toujours, en cahiers. Il y en a trois; le f cahier commence au h 377 ; le 2% au f^ 385; le 3«, au f» 893. Les deux premiers, comme divers cahiers des années précédentes, ont donc 8 f^; le 3* s'arrête avec le f« 399; il n'a pas l'air achevé. Quelques corrections seront relevées , mais en assez petit nombre. Le seul morceau où on trouvera une variante étendue faisait partie primitivement de l'un des textes de l'année 1667.
Nous n'avons, pour souteoir le récit, pour donner autorité aux idées et aux faits, ni Journal ni Feuillets du Boi.
ANALYSE DSS lliMOIRES DE L'âNNÉE 1668.
Nouveau délai accordé à l'Espagne pour les négociations, mais point de suspension d'armes.
Projet d'attaque sur la Franche-Comté, en hiver. — Le difficile est d'en conserver le secret. — On occupe les Francs-Comtois par une négociation de neutralité. — Déclaration du Roi à l'Europe avant son départ.
Campagne de Franche-Comté. — Marche inopinée du prince de Condé, le 4 février. — Besançon et Salins, attaqués en même temps, capitulent. — Difficulté du siège de Dôle entrepris par le Roi en personne; trois attaques; capitulation. — Reddition d'autres places sans combat. Le gouverneur de la province se livre au Roi. — Avec son aide, capitulation de Gray. Le Roi y entre, 19 février. — Fin d'une campagne de quinze jours. Retour du Roi à Saint-Germain.
Manière de vivre du Roi à l'armée. Il s'y entretient avec beaucoup de gens. Réflexion : s'il est à propos que le prince se commu* nique à tout le monde.
État politique de l'Europe. — Traité auquel les Hollandais entraînent l'Angleterre et même la Suède pour hâter la paix entre la France et l'Espagne. — Dispositions des autres puissances. — Projets de l'Espagne : pour la guerre, pour la paix. Le Roi se prépare à aller en Flandre.
Nouvelle demande de suspension d'armes par plusieurs puissances de l'Europe.
Délibération difficile pour le Roi. On est partagé, autour de lui, entre la paix et la guerre. — Raisons générales pour la guerre. — Raisons pour la paix. — Motifs particuliers au Roi pour la paix : se faire, en vue de l'avenir, une réputation de modération et de probité.
Le Roi déclare sa résolution favorable à la paix. En même temps, un traité avec l'empereur pour le partage éventuel de l'Espagne.
POUR l'année 1668.
Les médiateurs voyant finir, au commencement de cette année, les trois mois que je leur avais accordés pour faire déterminer la reine d'Espagne à Tune des deux propositions de paix auxquelles je m'étais fixé, me demandèrent encore les trois mois suivants ; et malgré toute ma répugnance, je ne pus m'empécher de les donner, principalement aux instances du pape.
L*on me pressait fort d'accorder une suspension d'armes pour le même temps : mais dans la résistance que j'y faisais, je fus heureusement secondé par la fausse bravoure de Castel-Rodrigo, qui, recevant avec froideur cette proposition , me donna prétexte de la refuser. Ainsi , continuant à faire observer de tous côlés ce qui se pouvait exécuter avec diligence, je faisais mon compte que ce que je prendrais servirait toujours, ou à rendire ma condition meilleure si la guerre durait, ou à faire éclater davantage ma bonne foi si je le rendais par la paix.
L'on me proposait quelques entreprises sur Ypres^ sur Namur, et sur quelques autres places. Mais je ne trouvai rien de si faisable, ni de si avantageux que ce
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que j*avais moi-même pensé touchant le comté de Boui^ gogne, principalement depuis que le prince de Condé, l'ayant observé de plus près, m'eut rendu compte de rétat où il était. Car je considérais que c'était une province grande , fertile et importante , qui , par sa situation, par sa langue, et par des droits aussi justes qu'anciens , devait faire partie de ce royaume , et par qui , m'ouvrant un nouveau passage en Allemagne , je le fermais en même temps à mes ennemis.
Je voyais, de plus, que moi l'attaquant en cette saison, elle pouvait malaisément être secourue 5 que le gouverneur général des Pays-Bas avait peu de forces, et en était fort éloigné ^ que le marquis dTenne, qui en avait le gouvernement particulier, était homme de médiocre intelligence et de plus médiocre crédit^ que toutes les forces du pays consistaient en certaines milices, dont il ne fallait pas craindre grand effet, et que toute l'autorité se trouvait alors entre les mains du seul parlement, qui, comme une assemblée de simples bourgeois, serait facile et à tromper et à intimider. La plus grande difficulté de l'entreprise était d'en conserver le secret, parmi tous les préparatifs qu'il fallait faire : car ' M. le Prince ne demandait pas moins de quatorze mille hommes pour l'exécuter, avec de Tartillerie et toutes les autres choses nécessaires pour les campements et pour l'attaque des places.
Mais après y avoir pensé, je trouvai moyen de faire assembler dix-huit mtlle hommes , sans qu'eux-mêmes se pussent apercevoir de mon dessein : car les uns