‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 149 sur 280 · DEUX PRÉCAUTIONS OU CONSIDÉRATIONS IMPORTANTES · texte numérisé non relu

DEUX PRÉCAUTIONS OU CONSIDÉRATIONS IMPORTANTES

moÎDS, étant cru fait par raison d'État. Secret ma gardé*, peu en sont capables. Faiblesse naturelle se communique. Intrigues secrètes. Murmure public contre ce qui se fait par cette voie.

Voici le développement :

La tendresse que nous avons pour elles, nous faisant goûter leurs plus mauvaises raisons, nous fait tomber insensiblement du côté où elles penchent ; et la faiblesse qu'elles ont naturellement, leur faisant souvent préférer des intérêts de bagatelles aux plus solides considérations, leur fait presque toujours prendre le mauvais parti.

Elles sont éloquentes dans leurs expressions , pressantes dans leurs prières , opiniâtres dans leurs sentiments, et tout cela n'est souvent fondé que sur une aversion qu'elles auront pour quelqu'un, sur le dessein d'en avancer un autre , ou sur une promesse qu'elles auront faite légèrement.

Le secret ne peut être chez elles dans aucune sûreté : car si elles manquent de lumières , elles peuvent par simplicité découvrir ce qu'il fallait le plus cacher; et si elles ont de l'esprit, elles ne manquent jamais d'intrigues et de liaisons secrètes. Elles ont toujours quelque conseil particulier pour leur élévation ou pour leur conservation, et elles ne manquent point d'y étaler tout ce qu'elles savent , autant de fois qu'elles en croient tirer quelques raisonnements pour leurs intérêts.

Cest en ces conseils qu'elles concertent en chaque

ne ponvftDt pai déchifirer les moto do texte. Du reste l'idée indiquée dans cette phrase n*a pas uue place parUcolière dans le développement.

ai&ire qoel parti elles doivent prendre , de quels artifices elles doivent se servir pour faire réussir ce qu'elles ont entrepris, comment elles se déferont de ceux qui leur nuisent , comment elles établiront leurs amis , par quelles adresses elles nous pourront engager davantage et nous retenir plus longtemps. Enfin, tôt ou tard, sans nous apercevoir ^ que nous perdons ou dégoûtons nos meilleurs serviteurs , que nous ruinons notre réputation, elles font réussir toutes choses, sans que nous nous en puissions garantir que par un seul moyen, qui est de ne leur donner la liberté de parler d'aucune chose que de celles qui sont purement de plaisir, et de nous préparer avec étude à ne les croire en rien de ce qui peut concerner nos affaires ou les personnes de ceux qui nous servent.

On voit que l'ensemble de ce développement vient aboutir exactement à la « seconde considération » (Y. p. 815), et dans les mêmes termes :

••• Que la beauté qui fait nos plaisirs n'ait jamais la liberté de nous parler de nos affaires, ni des gens qui nous y servent.

Cette phrase est le thème sur lequel on a brodé. A l'origine, renonciation brève et simple de l'idée suffisait; c'était là que s'arrêtait la réflexion. Alors une ou deux pensées se sont jetées à la traverse : d'abord, la comparaison entre la faveur des ministres et celle des maîtresses, qui pouvait tout

1. L*6ditear de 1806 ne donne pas tonte cette phrase incidente : sur Mse., elle est ajontée après coup. Elle s*kgenoe mal avec le reste de la période, et en rend U physionomie générale gaache et incorrecte.

FAIRE PARAITRE NOTRE TBRTU. YIVRS EN CHRÉTIBlf. 319

anssi bien fournir matière à nn noaveau âéveloppement, on I*a négligée ; pois, comme corollaire de cette première pensée, l'appréciation des moyens d'infliiaice dont une femme sait se servir : « On attaque le cœar d*un prince..., etc. > Cette dernière pensée est devenue la transition assez naturelle du passage qu'on vient de lire.

Reste à conclure dignement, comme toujours, avec un mot de leçon pour le Dauphin , en parlant de « notre yertu. > Ce qui suit est dans la page de brouillon, f" 876 v<

Je vous avouerai bien qu'un prince dont le cœur est fortement touché par l'amour, étant aussi toujours prévenu d'une forte estime pour ce qu'il aime, a peine de goûter toutes ces précautions. Mais c'est dans les choses difficiles que nous faisons paraître notre vertu. Et, d'ailleurs, il est certain que c'est faute de les avoir observées , que nous voyons dans l'histoire tant de funestes exemples de maisons éteintes, de trônes renversés, de provinces ruinées, d'empires détruits.

L'éditeur de 1800 a gardé cette phrase qui, pour lui, couronne tout le morceau. 11 semble que ce soit bien là la dernière conclusion possible; elle satisfera les gens qui ne sont pas trop difficiles sur le chapitre des mœurs privées, soit des princes, soit des simples mortels. Remarquons que les deux « précautions » ou « considérations • ont pour objet seulement de diminuer les conséquences fâcheuses de ces sortes d'égarements. Le rédacteur a bien dit en commençant (V. p. 314) ;

Il serait bon que le prince se garantit des faiblesses communes au reste des hommes.

C'est être bien court et bien sec sur une idée aussi impor-

320 SUPPLÉMENT AUX MÉHOtRBS DE 1667.

tante, quand on sait trouver tant de phrases pour les « précautions » à prendre , une fois le mal fait. Rendons-lui justice. Il n'a pas eu l'intention de nous laisser sur les « précautions. » Sa pensée s'est repliée honnêtement vers le point de départ : il ne trouve pas que ce soit assez de déguiser le mai ou d'en prévenir les effets politiques ; il condamne d'une manière absolue ces sortes d'attachements. On a plaisir à transcrire ses dernières lignes, que l'éditeur de 1806 n'a pas pris la peine de lire. Elles sont biffées, il est vrai, sur le manuscrit; l'auteur aura-t-il été effrayé de sa hardiesse en présence des nouvelles amours royales, madame de Montespan remplaçant déjà mademoiselle de La Yallière? Certes, Louis XIV pouvait voir là un reproche, ou tout au moins une leçon.

Ces précautions satisferont en quelque façon à ce que TOUS devez à votre état comme prince ; mais pour rendre à Dieu ce que vous lui devez comme chrétien, il est bon de s'abstenir de tous ces commerces illicites qui ne sont presque jamais innocents. Et , dans ce dernier moment où nous arriverons peut-être plus tôt que nous ne pensons, Dieu ne nous demandera pas si nous avons vécu en honnête homme, mais si nous avons gardé ses commandements.

On sait que « l'honnête homme » du dix-septième siècle n'est pas précisément l'homme honnête; il n'en a que les apparences. C'est des apparences tout au plus que Louis XIV s'est contenté. Nous ne pouvons clore néanmoins d'une façon plus décente les Mémoires de l'année 1667.

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