‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 152 sur 280 · L*édiUoD de 1806 met : « se rendre · texte numérisé non relu

L*édiUoD de 1806 met : « se rendre

préparatifs. Mais pour en tirer à la fois tout le fruit qui s'en pouvait raisonnablement espérer, je la fis passer des mains de Mouillée, mon résident en Suisse, par qui elle avait été commencée, dans celles du prince de Condé qui, par ce moyen, pouvait sans soupçon envoyer et renvoyer dans le pays, autant de fois qu'il en serait besoin, pour prendre toutes nos mesures. Ce qui fut si bien ménagé par lui que les Francs-Comtois venant le trouver, et lui renvoyant à son tour chez eux, il apprit et régla tout ce qui était nécessaire, les entretenant toujours en tel état qu'il semblait ne tenir plus qu'à eux que la neutralité ne se conclût. D*où il arriva que non-seulement ils ne prirent aucune sorte d'alarme, mais qu'entendant môme la vérité, par ces bruits incertains qu'on ne peut empêcher de courir dans les choses les plus secrètes , ils les prirent pour un artîGce étudié à dessein de leur faire augmenter leurs offres. Leur sécurité fut si grande , que les Suisses qui avaient déjà conçu quelque soupçon des démarches qui se faisaient , se rassurèrent, par la tranquillité de ceux qui avaient le premier intérêt dans l'affaire.

Cas tel-Rodrigo même, auquel ils donnaient part de ce qu'ils négociaient, en fut longtemps abusé comme eux, et avec lui tous mes autres voisins, quoique, par les ministres qu'ils avaient à ma cour, ils observassent de plus près ma conduite. Car, encore qu'il ne fût pas possible d'empêcher que quelqu'un ne s'imaginât ce qui était, je faisais voir tant d'apparences au contraire, que ceux même qui l'avaient cru les premiers cessaient quelquefois de le penser, et ceux auxquels on l'avait dit n'y pouvaient ajouter foi.

PRÉPARATIFS SECRETS. DÉCLARATION A l'EUROPE. 331

Hais enfin, étant près de partir, je voulus donner moi-même avis à tous les États de l'Europe d'une chose que je ne pouvais plus leur cacher; et, de peur que les plus mal intentionnés ne tirassent avantage de cette entreprise pour attirer les autres dans leurs sentiments, je déclarai que , quel qu'en pût être le succès , il ne m'empécberait pas de garder les paroles que j'avais données.

Je partis accompagné de tout ce qu'il y avait de noblesse à ma cour, excepté * mon frère , à qui je refusai la permission , parce qu'alors j'avais le dessein qu'il se préparât pour aller commander en Catalogne.

Et alors les Francs-Comtois furent tirés de leur assoupissement, soit par le bruit de mon voyage, soit par les avis de Castel-Rodrigo, ou même par la déclaration du prince de Condé qui, prenant occasion de quelque difficulté qu'ils faisaient, rompit brusquement avec eux. Aussitôt ils demandèrent du secours en Flandre , envoyèrent ofifrir de grandes sommes aux Suisses pour en tirer des troupes, et convoquèrent leurs propres milices pour le huitième de février. Mais tout cela était trop tard, car j'avais donné mes ordres au prince de Condé pour entrer dès le quatrième du même mois dans le pays, et pour se saisir de certains postes qui empêchaient à la fois et la jonction des milices et la communication des principales villes.

J'avais même résolu que l'on attaquerait en même temps Besançon et Salins, afin que l'une et l'autre fussent prises avant qu'il leur pût venir aucun secours, et

Page 1