UN ROI DOIT DES INSTRUCTIONS A SON FILS
en eux-mêmes toutes les affections et toutes les tendresses paternelles, fussent dispensés de roceupalion commune et naturelle aux pères, qui est d'instruire leurs enfants par l'exemple et par le conseil. Au contraire, il m'a semblé qu'en ce haut rang où nous sommes vous et moi, un devoir public se joignait au devoir * particulier, et qu'enfin tous les respects qu'on nous rend , toute l'abondance et tout l'éclat qui nous environnent , n'étant que des récompenses attachées par le ciel même au soin qu'il nous confie des peuples et des États, ce soin n'était pas assez grand s'il ne passait au delà de nous, en nous faisant communiquer toutes nos lumières à celui qui doit régner après nous K
J'ai même espéré que dans ce dessein je pourrais vous être aussi utile , et par conséquent à mes sujets, que le saurait être personne du monde. Car ceux qui auront plus de talents et plus d'expérience que moi n'auront pas régné et régné en France , et je ne crains pas de vous dire que plus la place est élevée, plus elle a d'objets qu'on ne peut ni voir ni connaître qu'en l'occupant.
J'ai considéré d'ailleurs ce que j'ai si souvent éprouvé moi-même, la foule de ceux qui s'empresseront autour de vous chacun avec son propre dessein , la peine que vous aurez à y trouver des avis sincères , l'entière assurance que vous pourrez prendre en ceux d'un père qui n'aura eu d'intérêt que le vôtre, ni de passion que celle
1. Au Msc, p. 4, la phrase eit d'abord un peu différente : «... ce soin ne serait pas assez grand s'il ne s'étendait autant qu'il lui est possible, en tâchant toujours à faire un autre nous-même de celui qui doit uu Jour les gouf erner après nous. »
(le votre grandeur. Je me sens aussi quelquefois flatté (le cette pensée, que si les occupations, les plaisirs et le commerce du monde , comme il n'arrive que trop souvent , vous dérobaient quelque jour à celui des livres et des histoires, le seul cependant où les jeunes princes trouvent mille vérités sans [nul mélange de flatterie, la lecture de ces Mémoires pourrait suppléer en quelque sorte à toutes les autres lectures, conservant toujours son goût et sa distinction pour vous, par Tamitié et par le respect que vous conserveriez pour moi K
J'ai fait enfin quelque réflexion à la condition en cela dure et rigoureuse des rois^ qui doivent, pour ainsi dire , un compte public de toutes leurs actions à tout Tunivers et à tous les siècles, et ne peuvent néanmoins le rendre à qui que ce soit dans le temps même , sans découvrir le secret de leur conduite et manquer à leurs plus grands intérêts.
Et ne doutant pas que les choses assez grandes et assez considérables où^ j'ai eu part, soit au dedans, soit au dehors de mon royaume, n'exercent un jour diversement le génie et la passion des écrivains, je ne serai pas fâché que vous ayez ici de quoi redresser Thistoire si elle vient à s'écarter et à se méprendre , faute d'avoir bien pénétré mes projets et leurs motifs. Je vous les expliquerai sans déguisement, aux endroits mêmes où mes bonnes intentions n'auront pas été heureuses, persuadé qu'il est d'un petit esprit et qui se trompe ordinairement, de vouloir ne s'être jamais trompé, et