‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 174 sur 280 · SENTIMENTS DU ROI AYANT LA MORT DE MAZARIN · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DU ROI AYANT LA MORT DE MAZARIN

que ceux qui ont assez de mérite pour réussir ie plus souvent trouvent quelque magnanimité à reconnaître leurs fautes.

Je ne sais si je dois mettre au nombre des miennes de n'avoir pas pris d'abord moi-même la conduite de mon État. J'ai taché, si c'en est une, de la bien réparer par les suites, et je puis hardiment vous assurer que ce ne fut jamais un effet ni de négligence, ni de mollesse.

Dès Tenfance même, le seul nom de rois fainéants et de maires du palais me faisait' peine quand on le prononçait en ma présence.

•Mais il faut se représenter l'état des choses : des agifaiions terribles par tout le royaume avant et après ma majorité: une guerre étrangère où ces troubles domestiques avaient fait perdre à la France mille avantages; un prince de mon sang et un très-grand nom à la tête des ennemis; beaucoup de cabales dans TËtat; les par-

1. Mac, p. 17« on lit d'abord : « ... me faisait honte et dépit. » —L'éditeur de 1806 donne, ponr oette plirase, nnc note ainsi conçue (p. 6) : « Je l'ai oui dire à M. de Paris, Hardouin de Péréfixe, précepteur de Louis XIV, et depuis archevêque de Paris (cette note est de M. Pellisson). » Il semblerait, d'après l'affirmation de Téditeur, que cette note de Pellisson se lit sur son Msc. de 1661. Le Msc. ne donne pas autre chose que la variante que nous avoni citée. C'est dans son Histoire de Louis XIV jusqu'à la paix de Nimègue, publiée en 1749, que Pellisson, copiant à peu prèi la phrase des Mémoires, au moment de la mort de Mazarin, jette ce ouY-dire entre parenthèses, et explique en note ce qu'était M. de Paris. Voici la phrase (éd. 1749, 1. 1, p. 13) : « Ceux qui connaissaient à fond le jeune Roi, parlant peu, pensant beaucoup, et qui l'avaient vu dès l'enfanee ne rapporter qu'avec peine le seul nom des maires du palais, et des rois fainéants (je l'ai oui dire à M. de Paris*], s'attendaient à quelque révolution... » En empruntant aux Mémoires. Pellissson ne faisait sans doute, pour cet endroit, que reprendre son bien.

* Hardouin de Péréfixe* archeTèque de Paris, et auparavant précepteur du Soi.

lements encore en possession et en goût d'une autorité usurpée-, dans ma cour, très-peu de fidélité sans intérêt, et par là mes sujets en apparence les plus soumis, autant à charge et i redouter pour moi que les plus rebelles; un ministre rétabli malgré tant de factions, très-habile, très-adroit, qui m^aimait et que j'aimais, qui m'avait rendu de grands services, mais dont les pensées et les manières étaient naturellement très-différentes des miennes, que je ne pouvais toutefois contredire ni discréditer sans exciter peut-être de nouveau contre lui, par cette image quoique fausse de disgrâce, les mêmes orages qu'on avait eu tant de peine à calmer^ moi-même, assez jeune encore, majeur à la vérité de la majorité des rois, que les lois de TÉtat ont avancée pour éviter de plus grands maux , mais non pas de celle où les simples particuliers commencent à gouverner librement leurs affaires ^ qui ne connaissais entièrement que la grandeur du fardeau sans avoir pu jusqu'alors connaître mes propres forces; préférant sans doute dans mon cœur, à toutes choses et à la vie même, une haute réputation si je pouvais Tacquérir; mais comprenant en même temps que mes premières démarches ou en jetteraient les fondements, ou m'en feraient perdre pour jamais jusqu'à Tespérance , et qui me trouvais de cette sorte pressé et retardé presque également dans mon dessein par un seul et même désir de gloire.

Je ne laissais pas cependant de m'éprouver en secret et sans confident, raisonnant seul et en moi-même sur tous les événements qui se présentaient , plein d'espérance et de joie quand je découvrais quelquefois que mes premières pensées étaient les mêmes où s'arrê-

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