ÉTAT DES PUISSANCES DE L'EUBOPE
elle de se maintenir dans ses conquêtes durant Tenfance de son nouveau roi. Le Danemark affaibli par une guerre précédente avec elle , où il avait été près de succomber, ne pensait plus qu*à la paix et au repos.
L'Angleterre respirait à peine de ses maux passés, et ne cherchait qu'à affermir le gouvernement sous un roi nouvellement rétabli, porté d'ailleurs d'inclination pour la France.
Toute la politique des Hollandais et de ceux qui les gouvernaient n'avait alors pour but que deux choses' : entretenir leur commerce et abaisser la maison d'Orange^ la moindre guerre leur nuisait à l'un et à l'autre, et leur principal support était en mon amitié.
Le pape seul en Italie, par un reste de son ancienne inimitié avec le cardinal Mazarin , conservait assez de mauvaise volonté pour les Français, mais elle n'allait qu'à me rendre difficile ce qui dépendrait de lui, et^ qui m'était au fond peu considérable. Ses^ voisins n'auraient pas suivi ses desseins s'il en eût formé ^ contre moi. La Savoie, gouvernée par ma tante, m'était trèsfavorable. Venise, engagée dans une guerre contre les Turcs, entretenait avec soin mon alliance, et espérait plus de mon secours que de celui des autres princes
1. a, on lit : « Ceux qui gouvernaient en Hollande n'avaient pour but que deux choses en ce temps-là... »
2. Ce dernier membre de phrase, qui n'est pas au brouillon a, est i^outé à l'autre texte de Pellieson, p. 62.
3. Le brouillon donne : « Les Ëtats ses voisins; • l'autre texte supprime les deux premiers mots.
4. ■ ... formé contre moi. » C'est ce qu'on lit d'abord sur le brouillon a. « Contre moi, » ensuite est e£Eiacé, et on lit : « ... ses desseins s'il en avait formé de plus grands; » Sur l'autre texte, p. 62, sont rétablis et gardés uniquement les moti: ((Tac^s : « contre moi. •
chrétiens. Le grând-duc s'alliait de nouveau avec ' moi par le mariage de son fils avec une princesse de mon sang. Ces potentats enfin et tous les autres d'Italie, dont une partie m'étaient amis et alliés, comme Parme, Modène et Mantoue, étaient trop faibles séparément pour me faire peine , et ni crainte ni espérance ne les obligeait à se lier contre moi ^. Je pouvais même profiter de ce qui semblait un désavantage : on ne me connaissait point encore dans le monde; mais aussi on me portait moins d'envie qu'on n'a fait depuis, on observait moins ma conduite, et on pensait moins à traverser mes desseins.
C'eût été sans doute mal jouir d'une si parfaite tranquillité , que l'on rencontrerait quelquefois à peine en plusieurs siècles, que de ne la pas employer au seul usage qui me la pouvait faire estimer, pendant que mon âge et le plaisir d'être à la tête de mes armées m'auraient fait souhaiter un peu plus d'affaires au dehors.
Mais comme la principale espérance de ces réformations était en ma propre volonté , leur premier fondement était de rendre ma volonté bien absolue, par une conduite qui imprimât' la soumission et le respect, ren-
1. Les mots : < avec moi » sont sur le brouillon a, où ensuite on les efface pour mettre : « avec la France. » L'autre texte, p. 63, donne seulement les mots effacés :^« avec moi. •
2. Cette plirase n*eat pas sur le brouillon a, mais sur le texte définitif de Pellisson, p. 64-65. Je ne sais pourquoi l'éditeur de 1806 la met seulement en note (t. 1, p. 17). — Elle est empruntée presque littéralement an texte B antérieur, qui la place après les phrases sur le Danemark et la Suède, et en fait, nous l'avons vu (V. p. 370), la conclusion de Tétat du royaume au dedans et au dehors. Pellisson trouve d'autres considérations «j^ ajouter.