LE ROI SB PAIT RENDRE COMPTE DE TOUT AVANT D*AGIR
Car encore que depuis quelque temps je me fusse appliqué à considérer avec attention tout ce qui se passait dans mon royaume , je ne voulus pourtant pas me fier aux observations que j'avais faites, jusqu'au point de me persuader que je n'eusse plus rien à découvrir.
Les résolutions ^ que j'avais dans l'esprit me semblaient fort dignes d'être exécutées ; mon activité naturelle, la chaleur de mon âge et le désir violent que j'avais d'augmenter ma réputation me donnaient une forte impatience d'agir; mais j'éprouvai dans ce moment que l'amour de la gloire a les mêmes délicatesses, et si j'ose dire les mêmes timidités que les plus tendres passions : car autant que j'avais d'ardeur de me signaler, autant avais-je d'appréhension de faillir et, regardant comme un grand malheur la honte qui suit les moindres fautes, je voulais, prendre dans ma conduite les dernières précautions.
De toutes * les choses que j'observai dans cette revue
poa?ait avoir pour l'avenir, et persuadé que mes lumières, quand même elles auraient été plus grandes, pouvaient être fort aidées et fort augmentées par les leurs, o — Les idées comprises dans cette note et la précédente apparaissent sous une autre forme dans l'alinéa suivant du telle B.
1. Tout cet alinéa, sur l'amour de la gloire, sur la réputation, fait double emploi avec un développement de la fin du 2* cahier (Y. p. 395- 396), que Pellisson avait cru déjà devoir resserrer (Y. note 3 de la p. 395] ; l'amour de la gloire est encore comparé aux « plus tendres passions. » Pellisson, avec raison, supprime l'alinéa. — 11 intercale ici d'autres réflexions sur l'utilité de prendre conseil, mais aussi de décider par soi-même. Y. le Supplément aux Mémoires de 1661, n"* 2.
2. Pellisson : « Apr^ m'être ainsi pleinement instruit par des entretiens particuliers avec eux, j'entrai plus hardiment en matière. Rien ne me sembla presser davantage que de soulager mes peuples. » 11 ajoute en
particulière, il n'y en eut point qui me touchât si puissamment Tesprit et le cœur que la connaissance de Tépuisement où étaient alors mes peuples, après les charges immenses qu'ils avaient portées.
Ainsi, quoique les principaux desseins que j'avais formés pour guérir à fond ce grand mal ne pussent pas sitôt s'exécuter, vu le terrible engagement et Textrème disette de toutes choses où je me trouvais moimême S je ne laissai pas de diminuer incontinent trois millions sur les tailles de Tannée suivante ^^ me ^ persuadant que je ne pouvais mieux commencer à m*enrichir qu'en empêchant mes sujets de tomber dans la ruine dont ils étaient menacés de si près.
Mais * afin que les nobles mêmes et les habitants des grandes villes qui ne profitaient en rien du rabaissement
marge (livre II, section i'*, p. 34) : « de quoi la misère dea proTinees et la compassion que j'en avais me sollicitaient incessamment. »
1. PellisMn retourne cette idée ; « L'état de mes flnances, tel que je vous l'ai représenté, semblait e*'y opposer et conseillait en tout cas de différer. B 11 en ajoute une autre : « ... Mais il faut toujours se hâter de faire le bien. Los reformations que j'entreprenais, quoiqu'utiles au public, devaient être fâcheuses à un grand nombre de particuliers. Il était à propos de commencer par quelque chose qui ne fût qu'agréable, et il n'y avait pas moyen enfin de soutenir le nom même de la paix, du moins plus longtemps, sans qu'il fût suivi d'aucune douceur de cette nature qui pût donner de meilleures espérances pour l'avenir. Je passai donc pardessus toute autre considération, et remis d'abord trois millions... >
2. Pellisson : « ... déjà réglées et dont on allait faire l'imposition. >