‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 199 sur 280 · te · texte numérisé non relu

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40i MÉMOIRES POUR 1661.

Et comme ce qui les avait rendus les plus absolus dans leurs places était la disposition qu-on leur avait laissée du fonds des contributions ', et la liberté de composer leurs garnisons des troupes qui dépendaient d'eux , je résolus de leur ôter insensiblement Tun et Tautre, et fis de jour en jour entrer dans toutes les villes impor-^ tantes des troupes d'armée qui ne dépendaient que de moi seul. En quoi je suis persuadé d'avoir fait une chose très- importante pour le repos de mon état» et d'avoir reçu en même temps une preuve très-manifeste de Tautorité royale. Car ce que j'exécutai dès ce tempslà sans peine et sans bruit ^, n'eût pas pu seulement être ' proposé sans danger quelques années auparavant^.

Je faisais cependant continuer les fortifications du château ^ de Bordeaux et de la citadelle de Marseille, tant ^ pour contenir ces villes^la même dans le devoir que pour donner exemple aux autres ^. Je réprimais

1 . PelUsson : « ... durant la guerre, sous prétexte de pourroir à la sûreté «le leofi places et de les tenir en bon état, -mais qui allant à des sommes Unmenses pour des particuliers, les rendaieot trop puissants et trop absolus. » — PeUissoB forme un alinéa des contributions , un autre de» garnisons.

2. Au manuscrit du texte B, f' 168 r", on avait mis d'abord : « sans danger ; » mais le root a trouvé place à la ligne suivante.

d. Pellisson : « pensé ni proposé. »

4. Pellisson ajoute : « ... chacun attendant de moi et recevant, en effet, des récompenses plus légitimes en faisant son devoir. » i, Pellisson : « du château Trompette à Bordeaux. »

6. Pellisson : « non pas tant pour rien craindre alors de ces deux villes que... »

7. PelUsson : « Il n'y avait aucun mouvement dans le royaume» mais tont ce qui approchait tant soit peu de la désobéissance... était d'abord réprimé et châtié sans le dissimuler : de quoi la paix et les troupes que J*iTais résolu d'entretenir en bon nombre me donnaient assez de moyen» •

UN SOUTEHAIN DOtT SE PAIRE OBÉIR. 40^

avec vigueur tous les mouvements qui semblaient approcher de la désobéissance, comme à Montauban, k Dieppe, en Provence et à la Rochelle, où je fis exécuter mes commandements dans toute la sévérité nécessaire, ayant même donné ordre qu*ils fussent appuyés par des troupes en nombre suffisant pour vaincre la résistance qui aurait pu y être faite.

Car * quoiqu'il faille tenir pour maxime qu'en toutes choses un prince est obligé d'employer les voies de la douceur les premières, et qu'il lui est plus avantageux de persuader ses sujets que de les contraindre, il est pourtant certain que dès lors qu'il trouve ou de l'obstacle ou de la rébellion, il est de l'intérêt de sa gloire et de celui même de ses peuples qu'il se fasse obéir indispensablement.

Car * on doit demeurer d'accord qu'il n'est rien qui

1. Les réflexions développées dans les buit alinéa sulraots sent rée dnites i quatre phrases courtes dans le texte de Pellisson. Mais on peut troire qu'elles lui ont fourni la matière des développemenls sur la nécessité de maintenir Taulorité souveraine contre les prétentions des compagnies de judicature, développements qu*il a placés plus hant à l'occasion de faits concernant ces compai^nies, et dont nous avons formé le n» 3 du Supplément aux Mémoires. Le texte B, on va le voir, ne souffre pas que des parties de Tautorlté souveraine soient détachées entre les mains des partieuliers ou dans celles de « quelque compagnie; » mais il ne poursuH pas les compagnies, comme fait Pellisson, du ressentiment royal. — L'éditeur de 1801$ cite en note (p. 69-90) ce morceau du texte B, qu'il trouva 4rop délayé.

2. L'idée du texte B paraît dans cette phrase, la première, de Pellisson : « Je crus, mon fils, qu'en l'état des choses un pea de sûreté était la pins grande douceur que Je pouvais avoir pour mes peuples, une dispo* sition contraire devant leur produire par elle-même el par sessuitas une infloité de maux. »

établisse avec tant de sûreté le bonheur et le repos des provinces que la parfaite réunion de toute Tautorité dans la seule personne du souverain.

Le seul partage qui s'en fait produit toujours de très* grands malheurs, et soit que les parties qui en sont détachées se trouvent entre les mains des particuliers ou dans celles de quelque compagnie, elles n'y peuvent jamais demeurer que dans un état violent.

Le prince qui les doit conserver unies en soi-môme n'en saurait permettre le démembrement sans se rendre coupable * de tous les désordres qui en arrivent , dont le nombre est presque inQni.

Car sans compter les révoltes et les guerres intestines que l'ambition des plus grands produit infailliblement lorsqu'elle p'est pas réprimée, mille autres maux naissent encore du seul relâchement du souverain \ Ceux qui l'approchent de plus près ^, voyant les premiers sa faiblesse, sont aussi les premiers qui en veulent profiter : chacun d'eux ayant nécessairement des gens qui servent de ministres à leur avidité, leur donne en même temps la licence de l'imiter. Ainsi, de degré en degré, la corruption se communique partout, et devient égaie en toutes les professions.

1. Au manascrit du texte B, r» 160 r*, la phrue était d'abord tournée aiuai : • Le prince permet le plus grand mal dont il loit capable quand Il en permet le démembrement, et la seule négligence qu'il a sur ce point le rend coupable... »

2. Pellisson : « Aussitôt qu'un jeune roi se rel&che sur ce qu'il a eom^ mandé, l'autorité fuit et le repos a?ec elle. »

3. Pellisson : « Ceux qui voient le prince de plus près , connaissant les premiers sa fisiblesse, sont aussi les premiers à en abuser ; après eux ceux du second rang, et ainsi dans le^ autres de suite tout ceux qui ont en main quelque sorte de pouvoir. »

LE PEINCB LÉGITIME A SEUL POUR GuIdE U RAISON. 405

Il ' n*est point de gouverneur qui ne s'attribue des droits injustes, point de troupes qui ne vivent avec dissolution, point de gentilhomme qui ne tyrannise les paysans, point de receveur, point d'élu, point de sergent qui n'exerce dans son détroit une insolence d'au-* tant plus criminelle, qu'elle se sert de l'autorité des rois pour appuyer son injustice.

Il ^ semble que, dans ce désordre général , il soit impossible au plus juste de ne pas se corrompre. Car le moyen qu'il aille seul contre le courant de tous les autres, et qu'il se retienne sur un penchant où le pousse naturellement son propre intérêt, pendant que ceux qui devraient l'empêcher d'y tomber s'y précipitent eux-mêmes par leur exemple !

Cependant ^, de tous ces crimes divers, le public seul est la victime ; ce n'est qu'aux dépens des faibles et des misérables que tant de gens prétendent élever leurs monstrueuses fortunes. Au lieu d'un seul roi que les peuples devraient avoir, ils ont à la fois mille tyrans, avec cette diflérence pourtant que les ordres du prince légitime ne sont jamais que doux et modérés parce qu'ils sont fondés sur la raison, tandis que ceux de ces faux souverains n'étant inspirés que par leurs passions déréglées sont toujours injustes et violents.

Parmi les diverses occupations dont je vous ai parlé,

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