FACILITÉS ET DOUCEURS DANS LES SOINS DE LA ROYAUTÉ
incessamment les nouvelles de toutes les provinces et de toutes les nations, le secret de toutes les cours, Thumeur et le faible de tous les princes et de tous les ministres étrangers, être informé d'un nombre infini de choses qu'on croit que nous ignorons, voir autour de nous-mêmes ce qu'on nous cache avec le plus de soin, découvrir les vues les plus éloignées de nos propres courtisans, leurs intérêts les plus obscurs qui viennent à nous par des intérêts contraires, et je ne sais enfin quel autre plaisir nous ne quitterions pas pour celui-là^ si la seule curiosité nous le donnait.
Je me suis arrêté sur cet endroit important au delà de ce que j'avais résolu, et beaucoup plus pour vous que pour moi ; car en même temps que je vous montre ces facilités et ces douceurs aux soins les plus grands de la royauté, je n'ignore pas que je diminue d'autant l'unique, ou presque l'unique mérite que je puis espérer au monde. Mais votre honneur, mon fils, m'est en cela plus cher que le mien ; et s'il arrive que Dieu vous appelle à gouverner avant que vous ayez pris encore cet esprit d'application et d'affaires dont je vous parle, la moindre déférence que vous puissiez rendre aux avis d'un père à qui j'ose dire que vous devez beaucoup en toutes sortes, est de faire d'abord et durant quelque temps, même avec contrainte, même avec dégoût, pour Tamour de moi qui vous en conjure, ce que vous ferez toute votre vie pour l'amour de vous-même, si vous avez une fois commencé.
Je commandai aux quatre secrétaires d'État de ne plus rien signer du tout sans m'en parler, au surintendant de mêmoy et qu'il ne se fit rien aux finances sans être en-
4âO SUPPLÉMENT AlX IIÉMÛIRES DE 1661.
registre dans un livre qui devait me demeurer, avec un extrait très-abrégé, où je pusse voir à tout moment, d*uû coup d'œil, rétat des fonds et des dépenses faites ou à faire.
Le chancelier eut un pareil ordre, c'est-à-dire de n6 rien sceller que par mon commandement, hors les seules lettres de justice, qu'on nomme ainsi parce que ce serait une injustice que de les refuser, étani nécessaires pour la forme plutôt que pour le fonds des choses; et je laissai alors dans ce nombre les offices et les rémissions aux cas manifestement graciables, quoique j'aie depuis changé d'avis sur ce sujet, comme je vous le dirai en son Heu.
Je lis connaître qu'en quelque nature d'affaires que ce fût, il fallait me demander directement ce qui n'était que grâce, et je donnai à tous mes sujets sans distinction la hberté de s'adresser à moi à toute heure, de vive voix et par placets.
Les placets furent d'abord en un très-grand nombre \.. On m'en donnait une grande quantité sur des procès que je ne devais ni ne pouvais tirer à tous moments des juridictions «rdinaires, pour les faire juger devant moi. Mais dans ces choses mêmes qui paraissaient si inutiles, je découvrais de grandes utilités. Je m'instruisais par là en détail de l'état de mes peuples, ils voyaient que je pensais à eux, et rien ne me gagnait tant leur coeur. L'oppression pouvait m'étre représentée de telle sorte aux juridictions ordinaires, que je trouvais à propos de m'en faire informer davantage, pour y pour*
I. iepaite quelques li^oes données en Tariante (V, note 6 de )• p. 38T)c