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sait peine, surtout quand il fallait parler un peu longtemps et en public, se dissipa en moins de rien. U me sembla alors que j*étais roi et né pour Tètre. J'éprouvai enfin une douceur difficile à exprimer, et que vous ne connaîtrez point vous-même qu'en la goûtant comme moi.
Car il ne faut pas vous imaginer, mon fils, que les affaires d'État soient comme ces endroits épineux et obscurs des sciences qui vous auront peut-être fatigué, où Fesprit tâche de s'élever avec effort au-dessus de luimême, le plus souvent pour ne rien faire, et dont l'inutilitéy du moins apparente, nous rebute autant que la difficulté. La fonction des rois consiste principalement à laisser agir le bon sens, qui agit toujours naturellement sans peine. Ce qui nous occupe est quelquefois moins difficile que ce qui nous amuserait seulement. L'utilité suit toujours MJn roi, quelque éclairés et habiles que soient ses ministres, ne porte point lui-même la main à l'ouvrage sans qu'il y paraisse. Le succès qui plait en toutes les choses du monde, jusqu'aux moindres, charme en celle-ci comme en la plus grande de toutes, et nulle satisfaction n'égale celle de remarquer chaque jour quelque progrès a des entreprises glorieuses et hautes, et à la félicité des peuples dont on a soi-même formé le plan et le dessin. Tout ce qui est le plus nécessaire à ce travail est en même temps agréable : carc^est, en un mot, mon fils, avoir les yeux ouverts sur toute la terre, apprendre
1. Dans l'édition do 1806, la phrase est ponctuée d*une façon inintelligible : t L*utilité suit loujours un roi... » La phrase : « L*utilité suit toujours » se comprend très-bien: elle répond aune des phrases précédeates sur « l'inutilité du moins apparente » de Tétude des seiences.