Id commence le M
4. Nous gardons ici le temps du présent dont s'est serrl Louis XIV : ee n'est qu'en oorrigeant qu'on a mis dans cette plirase le passé ou l'im* parfiiit partout où U y avait d'abord le présent.
k. Début du v««
522 DERfllÉaES TRACES DBS ttÉlOmfô.
(Ures. U ne s'aginait plus leiiImMnt d'an fUre, coomie anh dit autrefois Louis XIV, par le trairall solitaire , un homiâts homme; ii fallait le préparer, par la participation au gouver* nement, à ce difficile métier de roi. Les Mémoiresde Louis XIV, outre qu'ils ne nous fournissent plus, au delà des dernières pages qu'on vient de lire, de réflexions appropriées à Fédacation d'un prince, ne seraient pas pour le Dauphin un enseignement phis efficace que les ouvrages admirables de son précepteur, s'il n'éprouvait pas par lui-même ce que valent les hommes et les choses. L'action est une maltresse de la vie bien autrement puissante que l'histoire, quelque grand que soit le génie, quelque généreuses et dévouées que soient les intentions de l'écrivain. C'est précisément ce genre d'enseignement qui a manqué au Dauphin : un tempérament, qol semblait dans les années de la Jeunesse plein de feu, s'est amorti avant d'arriver à Tâge mûr, sous l'influence absor« bante d'une tutelle paternelle qui n'était pas passagère comme l'autorité un peu rude de Montausier et de Bossuet : elle s'est appesantie sur toute l'étendue de sa carrière qui fut stérile pour luf-méme et pour la France.
Noos aTODs dit (Y. p. 464 , à la suite do Snpplémeot aux Mémoires de 1661) quelles laeanes il y avait dans les textes des Mémoires de 1661 , antérieurs à la révision de Peliisson. Cette révision a pour nous uoe valeur relative. Elle sert à combler des vides. Nous lui avons emprunté le début des Hémoires de cette année, qui manque dans les textes antérieurs ; le manuscrit de Fauteur étant sous nos yeux, nous avions pleine confiance, nous avons même pu faire sortir de ce texte quelques observations intéressantes. Pour la fin de cette année 1661, on est encore réduit à Peliisson. Mais moins lieureux , nous n*avons pas de manuscrit, nous n'avons qu'une copie dont la provenance, attestée seulement par Gronvelle, l'éditeur, en 1806 , des OEuvre$ de Louis XIV (Y. Vaver^ iùtement de son l*' vol.) n'a pas un caractère aussi bien déterminé. Ne pouvant pas remonter de la copie aux manuscrits nous la livrons telle que l'éditeur de 1 806 l'a donnée t. n, p. 101-143), en conservant même les notes qu'il dit être de Peliisson sans que nous ayons aucun moyen de contrôler ses assertions. Nous avons utilisé ailleurs (Y. t. I, p. GLXxYii), nous ne reproduirons pas la plus longue de ces notes qui termine le morceau.
D'après la division imaginée par Peliisson pour l'ensemble des Mémoires du Roi, les pages que nous dtona ferment la seconde sectioQ dn livre ii«
Elles contiennent peu dMdées nouYelles et Importantes ([oi n'aient pas déjà trouvé lear place dans les Hémoires (Y. la p. 464).
Ce tôt alors que je cnis devoir mettre sérieasement la mtio n rétablissement des finances , et la première chose que je jugeai nécessaire, fat de déposer de leurs emplois les principaux officiers par qui le désordre avait été introduit. Car depuis le temps que je prenais soin de mes affaires , j*aTais de jour en jour découvert de nouvelles marques de leurs dissipations, et principalement du surintendant. La vue des vastes établissements que cet homme aTsIt projetés , et les insolentes acquisitions qu*il avait faites , ne pouvaient qu*elles ne convainquissent mon esprit du dérèglement de son ambition; et la calamité générale de tous mes peuples sollicitait sans cesse ma justice contre lui. Mais ce qui le rendait plus coupable envers moi, était que bien loin de profiter de la bonté que je hii avais témoignée en le retenant dans mes conseils, il en avait pris une nouvelle espérance de me tromper, et bien loin d>o devenir plus sage, t&cbait seulement d*en être plus adroit. Mais quelque artifice quUl pût pratiquer, je ne fus pas longtemps sans reconnaître sa mauvaise foi. Car il ne pouvait s'empêcber de continuer ses dépenses excessives, de fortifier des places, d*omer des palais, de former des cabales, et de mettre sous le nom de ses amis des charges importantes qu*ll leur achetait à mes dépens , dans l'espoir de se rendre bientôt Tarbltre souverain de l'État. Quoique ce procédé fût assurément fort criminel ^ je ne m'étais d'abord proposé que de l'éloigner des affaires ; mais ayant depuis considéré que de l'humeur inquiète dont il était, il ne supporterait point ce changement de fortune sans tenter quelque chose de nouveau, je pensai qu'il était plus sûr de l'arrêter. Je différai néanmoios Texécution de ce dessein , et ce dessein me donna une peine incroyable. Car, non-seulement je voyais que pendant ce temps-là il pratiquait de nouvelles subtilités pour me voler; mais ce qui m'incommodait davantage était que, pour augmenter la réputation , de son crédit, il affectait de me demander des audiences particulières, et que pour ne lui pas donner de défiance, j'étais contrahit de les lai accorder, et de souffHr qu'il m'enireUat de discosrt
COPIE D'oN PRAGMBNT D£ PELLlSSON. 525
iontiles, pendant que je eonnaissais à fond tonte son Infidélité. Vous poa\ez juger qu'à Tâge où j*étais, il fallait que ma raison fit beaucoup d*eifort sur mes ressentiments , pour agir avec tant de retenue. Mais, d'une part, je voyais que la déposition du surintendant avait une liaison nécessaire avec le changement des fermes; et , d*autre côté , je savais que Tété où nous étions alors , était celle des saisons de i*année où ces innovations se faisaient avec le plus de désavantage, outre que je voulais avant toutes choses avoir un fonds en mes mains de quatre millions , pour les besoins qui pourraient survenir* Ainsi je me résolus d*altendre Tautomne pour exécuter ce projet. Mais étant allé vers la fin du mois d*août à Nantes, où les états de Bretagne étaient assemblés, et, de là, voyant de plus près qu'auparavant les ambitieux projets de ce mi-nistre, je ne pus m'empécber de le faire arrêter en ce lieu même, lu 5 septembre ^ Toute la France, persuadée aussi bien que moi de la mauvaise conduite du surintendant, applaudit à cette action, et loua particulièrement le secret dans lequel j*avais tenu, durant trois ou quatre mois , une résolution de cette nature , principalement à regard d*un homme qui avait des entrées si parliculièrcs auprès de mol, qui entretenait commerce avec tous ceux qui m'approchaient, qui recevait des avis du dedans et du dehors de TÉtat, et qui de soi-même devait tout appréhender par le seul témoignage de sa conscience.
Mais ce que je crus avoir fait en cette occasion de plus digne d'être observé et de plus avantageux pour mes peuples, c'est d'avoir supprimé la charge de surlnteudant, ou plutôt de m'en être chargé moi-même. Peut-être qu'en considérant la difliculté fe cette entreprise, vous serez un jour étonné, comme Ta été toute la France, de ce que je me suis engagé à cette fatigue dans un fige où l'on n'aime ordinairement que le plaisir. Mais je vous dirai naïvement que j'eus 4 ce travail, quoique fficheux, moins de répugnance qu*un autre, parce que j'ai toujours considéré comme le plus doux plaisir du monde la satisfaction qu'on trouve à Caire sou
I. Il y a de fort bonnes chotet dans eette réflexion ) mais le Roi en a mit une fort ample sur la même matière dans les eahien pféeédenli , avant que j'enase vu eeei {Nou de PêUi$»on)»
586 APPBNMCB. 1 1661.
def oir. i'ii même sottral «dmlré oonnneot il te pCNiTiH Mre (pu Tanoar du tntail éUoI une qualité si nécessaire aux sooTcnins fùl pourtant une de celles qn*on tronve plus rarement en enx. La plupart des princes , parce qu'ils ont un grand nombre de serfiteurs et de sujets, croient n*étre obligés à se donner aucune peine, et ne considèrent pas que s*ils ont «ne inûnité de gens qui travaillent sous leurs ordres, ils en ont infiniment davantage qui se reposent sur leur conduite , et qu'il faut beaucoup veiller et beaucoup travailler pour empêcher seulement que ceux qui agissent ne fiissent rien que ce qu'ils doivent faire , et que ceux qui se reposent ne souffrent rien que ce qu'ils doivent souffrir. Toutes ces di^ féreotes conditions dont le monde est composé , ne sont unies les unes aux autres que par un commerce de devoirs réciproques. Ces obéissances et ces respects que nous recevons de nos sujets, oe sont pas un don gratuit qu'ils nous font, mais un échange avec la justice et la protection qu*lls prétendent recevoir de nous. Comme ils nous doivent honorer, nous les devons conserver et défendre; et ces dettes dont nous sommes chargés envers eux , sont mèine d'une obligation plus indispensable que celles dont ils sont tenus envers nous : car enfin si l'un d'eux manque d'adresse ou de vo^ Ion té pour exécuter ce que nous lui commandons , mille autres se présentent en foule pour remplir sa place, au lieu que l'emploi de souverain ne peut être bien rempli que par le souverain même. Mais pour descendre plus particulièrement à la matière dont nous parlons, il faut ajouter à ceci que de toutes les fonctions souveraines, celle doot un prince doit être le plus jaloux, est le maniement des finances. C'est la plus délicate de tout^, parce que c'est celle de toutes qui est la plus capable de séduire celui qui l'exerce, et qui lui donne plus de facilité à corrompre que les autres. Il n'y a que le prince seul qui doive en avoir la souveraine direction, parce qu'il n'y a que lui seul qui n'ait point de fortune à établir que celle de l'Ëtat, point d'acquisition à faire que pour l'accroissement de la montrchie, point d'autorité 4 élever que celle des lois, point de dettes à payer que les charges publiques, point d'amis à enrichir que ses peuples. Et, en effet, que peut-il y avoir de plus ruineux pour les provinces ou de plus honteux pour le«r roi, que d'élever un homme qui a ses desseins et ses^ affaires parlicutièfes
CBtTB DE rOOQUBT. «LOS DE SURINTENDANT. COIBERT. 527
dans une plâoe, qui prétend compter entre ses dreHs celui de dieposer de tout sans rendre compte de rien^ et de remplir incessamment ses coffres et ceux de ses créatures des plus clairs deniers du public? Un prince ^ peut-il faire de plus grande folie que d'établir des particuliers qui se servent de son autorité pour s'enrichir à ses propres dépens, et de qui la dissipation, quoiqu'elle ne lui produise aucun plaisir, ruine k la fois ses affaires et sa réputation? Et pour parler encore plus chrétiennement, peut-il s'empêcher de considérer que ces grandes sommes, dont un petit nombre de financiers composent leurs richesses excessives et monstrueuses, proviennent toujours des sueurs, des larmes et du sang des misérables, dont la défense est commise 4 ses soins?
Ces maximes * que je vous apprends aujourd'hui, mon fils, ne m'ont été enseignées par personne, parce que mes devanciers ne s'en étaient pas avisés ; mais sachez que l'avantage que vous avez d'en être instruit de si bonne heure tournera quelque jour à TOtre confusion, si tous n'en savez profiter.
Outre les conseils de finances et les directions qui s'étaient tenus de tous temps, je voulus, pour m'acquitter avec plus de précaution de k surintendance, établir un conseil nouveau, que j'appelai conseil royal. Je le composai du maréchal de Viileroi, de deux conseillers d'État, d'Aligre et de Sève, et d'uu intendant des finances, qui fut Golbert; et c'est dans ce conseil que j'ai travaillé continuellement depuis ' à démêler la terrible confusion qu'on avait mise dans mes affaires. Ce n'était pas assurément une entreprise légère, et ceux qui ont vu les choses au point où elles étaient^ et qui les regardent maintenant dans la netteté od je les ai réduites, s'étonnent avec raison que j'aie pu pénétrer en si peu de temps une obscurité que tant d'habiles surintendants n'avaient encore jamais éclaircle. Mais ce qui doit faire cesser cette surprise , est la différence qui se trouve naturellement entre l'intérêt du prince et celui de ses surintendants. Car ces particuliers
1. Toute cette tirade pourrait èireôtée comme tn^ commune et moins bonne qae^ce qui a précédé {Note de Pelliston).
2. Le Roi a mis qoelqae chose de fort semblable dans les cahiers pr^ eédenti, avant que j'eusse vu ceox-cl : il faudra dane une dernière révision changer Tun ou l'autre endroit {fhte de Pellieem)»
D*iyant point de plus grand sohi dans )«nr emploi que de se cooserver la liberté de disposer de tout à leur fantaisie, mettent bien pins souvent leur adresse à rendre cette matière obscure qQ*à Tédaireir : au lieu qu*un roi qui en est le seigneur légitime » met autant quMI peut Tordre et la netteté en toutes choses, parce quil ne peut trouver que de la perte dans la confusion ; outre qu'en mon particulier je fus souvent soulagé dans ce travail par Colbert f que je chargeais de Texamen des choses qui demandaient trop de discussion, et dans lesquelles je n'eusse pas en le loisir de deseendre. La manière en laquelle s'était faite la recette et la dépense, était une chose incroyable. Mes revenus n'étaient plus ma* niés par mes trésoriers, mais par les commis du surintendant qui lui en comptaient confusément avec ses dépenses particulières; el rargent se déboursait en tel temps, en telle forme, et pour telle cause qu'il leur plaisait ; et l'on cherchait après à loisir de fausses dépenses , des ordonnances de comptant , et des billets réformés pour consommer ^toutes ces sommes. Le continuel épuisement qui se faisait du trésor public , et l'avidité qu'on avait toujours de nouvel argent, faisait qu'on donnait sans peine des remises exorbitantes à ceux qui offraient d'en avancer. L'humeur déréglée de Fouquet lui avait toujours fait préférer les dépenses inutiles aux nécessaires^ d'où il arrivait que les fonds les plus liquides étant consommés en gratifications distribuées à ses amis, en b&timents faits pour son plaisir, ou en autres choses de pareille nature, on était contraint, au moindre besoin de l'État, d'avoir recours à des aliénations qu'on ne faisait jamais qu'à vil prix, à caoae de l'extréme nécessité où on était. Par ces voies l'État s'était tellement appauvri, que, nonobstant les tailles immenses qui se levaient, il ne restait plus de net à l'épargne que vingt et un millions par an , lesquels môme étaient dépensés pour deux années par avance, sans compter soixante et dix millions dont on m'avait rendu redevable par billets faits au profit de divers particuliers.
La chose que j'eus le plus d'impatience de corriger dans cet abus général, fut l'usage des ordonnances de comptant , parce qu'elles avaient assurément plus servi qu'aucune autre à la dis»pation de mes deniers, car en cette forme on donnait sans cesse et saus mesure 4 telle personne qu'on voulait , et on faisait sans