‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 28 sur 280 · Oû lit d'abord : « valeur · texte numérisé non relu

Oû lit d'abord : « valeur

3. Cette dernière phrase est écrite en plus peUts caractères. Il semble qu'elle ait été d'abord composée sur une autre page, et reportée au bas

du ^ 141 V.

N« 15. — V. t. l, page 198, note 1.

Béatotor a«x ûéÊirm et aux proToeattea* %iil pawMent «a

prliiee à parler.

Le texte C a conservé une réflexion générale , assez longue déjà, sur la réserve nécessaire au prince lorsqu'on cherche à le faire parler, à surprendre ses pensées intimes. Il n'était question d'al)ord que des conférences du souverain avec des ambassadeurs étrangers; l'idée a été appliquée ensuite même aux conversations ordinaires, aux discours familiers; le prioce ne peut pas prononcer un seul mot qui soit vraiment indifférent, dont il n'y ait à recueillir, pour celui qui en est l'objet, ou*du profit ou du chagrin. Le voilà donc obligé de c se précautionner dans toutes ses paroles. »

Le rédacteur cherche quelle est, dans ce cas, la meilleure conduite à tenir, puisque chaque homme peut être tenté de parler, et qu'un prince est provoqué à parler plus que personne. Le texte A (t. III, b 30-40, 27e cahier) donne à ce sujet quelques idées plus expressives, reproduites dans l'édi- Uon de 1806 (Œuvres de Louis XIY, t. II, p. 213*215).

L'un des meilleurs expédients que Fon peut prati* quer pour cela, c'est d'écouter plus souvent que de parler, parce qu'il est très-malaisé de parler beaucoup sans dire quelque chose de trop. Le plaisir qu'on prend à discourir des choses mêmes qui semblent sans conséquence engage quelquefois insensiblement dans celles que Ton voulait le plus cacher; et la démangeaison de parler, à ceux qui en sont malades, ne s'arrête presque jamais où ils avaient résolu.

SE RETENIR DE TROP PARLER. 6ô

n y a fort peu d'occasions dans lesquelles, |]«our «foir dit moins qu'il ne fallait, on ait souffert un dommage considérable, parce qu'on peut, presque toujours, redire dans une seconde conversation ce qu'on avait omis à la première ; mais il s'est trouvé mille fois que, pour avoir trop dit, on est tombé dans des malheurs sans remède, parce que les choses qui sont une fois déclarées, ne peuvent plus redevenir secrètes comme elles étaient.

Enfin , l'on ne peut pas douter que l'une des plus dangereuses habitudes que puissent former les princes, ne soit celle de beaucoup parler^ puisqu'il est constant que le succès de leurs plus grands desseins dépend ordinairement du secret, et que cependant tous ceux qui les environnent font de continuels efforts pour pénétrer leurs résolutions , comme celles de qui dépendent également et le sort des particuliers et la fortune publique.

Car, quoique le respect empêche qu'on ne leur fasse directement des questions, il n'est point de manière adroite dont on ne se serve pour les engager à découvrir ce qu'ils pensent, et il est impossible qu'ils se puissent toujours garantir de ce piège, que par une très-grande retenue à parler^

Hais cette retenue ne vous sera pas difiicile à acquérir, â vous considérez combien elle nous conserve le respect, et combien la trop grande liberté nous met en danger de le diminuer ^ . Car enfin il est sans difficulté,

1. A, f* 40 r®. Cette phrase et la suivante sont d'abord fondues en une seule : « Mais cette retenue ne nous sera pas si difficile à acquérir, fi TOUS oonsidérei combien de badineries disent sans cesse les grandi parienn. Voos en Terrez tous les Jours, lesquels, s'ils ne parlaient point, powTsieot 6tre pris... »

vu 5

que les grands parieurs disent souvent de grandes badineries et que beaucoup de gens qui pourraient, s'ils ne parlaient point, être pris pour des gens de bon sens, se détruisent eux-mêmes par les impertinences qu'ils disent, inconvénient sans doute bien plus fâcheux en un prince qu'en un particulier. Le souverain doit, par toute voie, conserver ou même accroître Testime que l'on a pour lui.

N* 16. ->T. t. I, page 199, note 5.

mifféreBee entre le« pmrrenum et les mdB prlnees.

[Brouillon,)

Il est peu flatteur pour les neveux du Pape Alexandre Vil d'avoirfourDÎ lamatièrede cette réflexion générale. Louis XIV ne peut pas supporter la fierté chez des parvenus. Le rédacteur a donc songé à leur propos à faire la leçon à tous ceux qui ne sout pas nés daus la grandeur, et à mettre en regard de leur conduite celle que doivent tenir des priuces de sang illustre. Il avait déjà glissé la réflexion dans le Joui:naldu Roi (V. 1. 1, au haut de la p. 66) à la suite des relations engagées entre les Chigi et Fambassadeur de France, le duo de Ghaulnes : même là, la réflexion avait pris la forme d'un enseignement direct adressé au Dauphin. La rédaction du texte A, dont Tédition de 1806 a reproduit une copie (t. II, p. 244-245), présente sur le Msc. (t. III, f«» 75-78, 31*' cabier) quelques variantes ou additions assez curieuses. Nous avons en outre, pour les dernières pensées de la réflexion, un fragment isolé (Msc, 1. 1, f»» 150 r et v>) qui s'y rattache étroitement. Il a beaucoup de conformité avec Tesquissedela réflexion qu'on lit daiis le Journal du Roi (à l'endroit cité). Tout cela est

DIFPÉRBNGB BNTRR LES PARVENUS ET LES VRAIS PRtNCES. 67

d*im ton bien insolent : on verra que, suivant la pente irréristible des idées do rédacteur inspiré sans doute par le Roi, It glorification du roi est le eouronoement de la leçon. Quand on a lu ces pages, on est un peu porté, par réaction, à se mettre du côté des parvenus; ils ne seront jamais aussi insupportables par leur orgueil que Louis XIV : il abuse de son droit de naissance. Pourquoi dans le texte C, a-t-on fait disparaître cette réflexion ? Ce n'est pas que nous la goûtions en soi, mais elle répondait assez au caractère général des Mémoires pour qu'on la conservât. On l'aura sacrifiée à la bienséance : on n'aura pas voulu laisser subsister cette trace de mauvaise humeur contre les neveux d'un pape.

Voici les pages au net du texte A; les variantes seront en note:

C'est un défaut assez ordinaire à ceux qui ne sont pas nés dans la grandeur, d'en être éblouis lorsqu'ils y parviennent, et * de ne savoir soutenir ni l'éclat dont elle est ornée, ni les orages qui la peuvent menacer. Comme c'est une nouveauté pour eux d'être grands, ils ne connaissent pas à quel point ils le doivent paraître. Voulant relever le défaut de leur naissance par une trop grande fierté, ils font toutes choses de si mauvaise grâce, qu'ils désobligent ceux-là mômes qu'ils avaient dessein de se rendre amis, et ne ^ pouvant se mesurer ni selon leur fortune présente, ni selon celle dont ils sont venus ^, ils

1. Âu M«c. A (t. lU, !• 76 v<»), la un de la phrase est ajoutée en marge.

2. A, r» 76. Celle réflexion incidente éUil d'abord placée plus haut, à la suite de la première plirase du morceau.

8. A, l'idée est ainsi complétée : • ... et où ils peuvent sans cesse redescendre. •

ne panrienDent ordinairemeat qu'à S6 faire mépriser de ceux dont ils voudraient gagner Tamitié ^ . Manquant, dans toutes leurs démarches, de naturel et d'instruction, ils s'avancent ou se reculent toujours hors de propos. Ils ne font jamais que trop ou trop peu ^ : et dans l'inégalité de leur conduite, ce qu'il y a de plus uniforme et de plus constant, c'est qu'ils ^ s'enorgueillissent toujours avec excès dans la bonne fortune, et tombent dans le dernier abattement, aussitôt qu'elle leur redevient contraire.

Mais les princes doivent assurément être fort éloignés de ce défaut, parce que, tenant toujours de leur mérite ou de leur naissance la principale cause de leur grandeur, tout ce que la fortune leur ôte ou leur donne semble n'être pas suffisant pour les faire changer, ni ^de contenance ni de sentiments. Quand ils sont dans la prospérité, ils se doivent prévaloir des avantages qu'elle leur offre, non pas pour s'enfler en eux-mêmes d'une folle vanité, mais pour se rendre plus utiles à ceux qui leur sont assujettis, et quand ils sont en disgrâce, ils sont obligés à se servir de la grandeur de leur propre courage pour se soutenir sans abattement, et pour ne rien faire ni rien souffrir qui soit indigne de leur caractère. Et

Page 1