‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 48 sur 280 · CONCLUSION DE LÀ BÉFLEXION · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE LÀ BÉFLEXION

Il y a, pour le reste, peu de différence entre les deux textes A et B. Tout ce qui suit est creux et vide.

Car il est certain que Tud des remèdes les plus sûrs contre ces changements, c'est de savoir changer avec elle, et tous ne devez pas croire, mon fils ^ , que la constance dont je vous ai parlé quelquefois ailleurs s'oppose à la maxime que je vous établis en cet endroit.

Cette vertu ne consiste pas à faire toujours les mêmes choses, mais à faire toujours les choses qui tendent à la même fin. Et quoique cette fin, qui n'est autre que notre gloire et la grandeur de noire Etat, soit effectivement la même en tout temps, les moyens que nous pouvons prendre pour y parvenir ne sont pourtant pas toujours les mêmes. 11 arrive souvent que ceux qui pouvaient être utiles en une saison sont , après, nuisibles dans une autre. La face du monde où nous vivons est sujette à des révolutions si différentes, qu'il n'est pas en notre pouvoir d'y garder longtemps les mêmes mesures. Il faut qu'un sage pilote ^ sache se servir de tous les vents pour s'avancer, de quelque façon que ce soit, vers le port où il s'achemine*, et l'expérience a fait voir, une infinité de fois, deux manières d'agir, absolumentopposées, s'accorder néanmoins entre elles par la seule différence des temps, et toutes deux enfin , dans la suite, produire heureusement le même effet.

1. Cette appel iatton direele eat ^oatée en ioterUgne da texte A,

2. B : « ...que lliabile moiurqae, rasai bien que le sage pilote... » exprMiion plus faible que eelle dn texte A.

110 SOPPLÉMBIIT 4tni MÉtomfis bE 1666.

K* 24.— Y. t I^page 237, note 3.

!!• ratante d«ex«reer Im tmlét^ {Brouillon).

Notre texte C n'a qu'une seule Ugoe sur les ezerciees fréquents que le Boi fait faire aux troupes de sa maison. Le texte A, à la fin du 24*" et dernier caliier (t. III, ^ 100), avait donné, d'après le Journal (V. 1. 1, p. 52), une phrase ou deux pour montrer l'opportunité de ces exercices : rien de mieux. Mais bientôt vient un développement étendu surles exercices en général : ce sont des phrases, ce n'est pas delà science militaire. Tout au plus était-<» la place de quelques paroles ooortes et vives qui auraient fait ressortir Timportanee du bon ordre dans la marche, Teffet d'une contenance martiale résultant de la connaissance et de la pratique des armes. On a voulu une réflexion dans le genre de beaucoup d'autres que nous avons lues : le rédacteur n'y épargne pas les mots et les périodes.*'

Outre le texte A dont nous relèverons des variantes, un flragment isolé (lise., t.I,^ 144*146) Bousfisit assister à l'en- CBuitement des pensées dont se compose la réflexion. Noos Juxtaposerons sur certains points les deux textes. L'éditeur de 1806 (t. II, p. 268-265) ne connaît que le texte A ; c'est avec cette réflexion que pour lui, comme pour le rédacteur qu'il copie, se ferment les Mémoires de 1666.

(Texte X.) Car enfin, depuis sept anà'fle paix, h plupart des vieux soldats sf étant établis en d^autres professions, j'avais été obligé d^en prendre beaucoup de nouveaux dans toutes mes troupes, et principalement dans celles de ma maison que j'avais mises sur un pied bien plus fort qu elles n*étaientauparavant. Etsans doute ce$ nouveaux hommes se fussent trouvés bien étonnés dans

ME L^OTILnt B*BXERCB1I tBS BOLbAtS. 111

\m occasions si Je ne m'étais soigneusement appliqué à leur faire faire devant moi ^ toutes les fonctions de la guerre.

{Texte A.) Il est certain qu'en ce temps-là cette précaution étnt d'autant plus nécessaire que , depuis sept ans de pnx dont la France jouissait, les plus vieux soldats de aies troupes avaient presque oublié leur métier. Mais c'était un travail encore bien plus important pour les coDApagnies nouvellement levées^, lesquelles n'ayant jamais vu de guerre se fussent assurément trouvées fort surprises dènst'occasion si, par des exercices continuels, je n'avais t&ché de leur faire voir par avance quelque image des combats effectifs où ils se devaient un jour trouver.

Au lente X, en marge de ces phrases, «ne note Indique ^'11 fliiit les faire suivre d'autres phrases qui sont écrites piosloin(M45):

Ces fréquents essais, qui se font d'abord par divertis^ sèment, accoutument peu à peu l'esprit aussi bien que le corps à ce qui se doit faire après sérieusement. II parait en toutes choses que l'habitude ôte la difficulté , et lea objets qui nous étonnaient davantage a leur première vue, BOUS deviennent «vec le temps si familiers que MUS las voyons presque saM véà^sim.

U On lit d*it)ord : « en ma préBenee. »

2. A, on Ut en nuu^ d« cette phraie : « et pottr moi, » p«nsée jetée tnr le cfaeminf mate qo'on n'a pas songé à relever, à étendre. C*est en ilM important pour le Boi ; mais eela est ai éfident qa*il est inutile d'm hkrt nae oliserf ation particulière.

112 SUPPLÉMfiNT AUX MÉMOIRES DE 1666.

Le rédacteur est déjàsor la pente de la généralité, de Tabstraction. Le texte A s'empare de ce thème et le développe :

Car enfin ces essais fréquents qui se font en temps de paix par forme de plaisir, accoutument peu à peu l'esprit et le corps à ce qui se doit faire à la guerre. Quelque vertu dont les hommes soient pourvus , il est malaisé qu'ils répondent absolument des premiers mouvements de leur imagination dans les choses qui leur sont nouvelles. Les plus hardis peuvent être étonnés par les objets qui leur sont inconnus, au lieu que les plus timides ne s'alarment presque plus des choses les plus terribles, quand ils sont accoutumés à les voir. L'habitude est la plus sûre et la plus commode maîtresse que nous puissions avoir pour nous rendre toutes choses faciles. Les travaux les plus rudes en eux-mêmes deviennent presque insensibles à ceux qui s'y sont assujettis depuis longtemps, et les périls qui d'abord étonnent le plus font si peu d'effet sur ceux qui s'y sont accoutumés , que souvent ils y demeurent sans aucune réQexion.

Voici comment continae le texte primitif, le brouillon; le texte A n'y changera que quelques mots.

C'est une maxime que les plus expérimentés capitaines de ce temps tiennent pour certaine, que beaucoup plus de batailles se gagnent par le bon ordre de marche et par la bonne contenance que par les coups d'épée et de mousquet. Ce bon ordre fait paraître l'assurance \ et il semble que ce soit assez de paraître

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