Mémoires de Louvet
Quand, après dix années d'études et de voyages dans l'Amérique septentrionale, M. Henry- Emile Chevalier quitta le Nouveau-Monde, le Courrier des États-Unis, le plus important des journaux français de ce continent, annonça ainsi son départ :
« Parmi les passagers qui partent aujourd'hui
pour Liverpool à bord du vapeur Grlascow, se trouve M. Henry-Emile Chevalier, que des affaires de famille rappellent en France. Nous avons dit, l'automne dernier, que pendant les huit années qu'il vient de passer au Canada, tour à tour écrivain politique, traducteur, romancier, historien, géographe et géologue, ce journaliste laborieux, ce touriste infatigable, avait ruiné sa santé au point de se trouver obligé d'interrompre ses travaux. Mais les amis qu'il laisse en Amérique espèrent qu'un repos de quelques mois
lui suffira pour réparer ses forces, et qu'il re-
prendra bientôt sa plume pour raconter dans la presse parisienne tout ce qu'il a vu pendant son long séjour aux Etats-Unis et dans les provinces britanniques. «
Cet article porte la date du 17 mars 1860.
A cette date M. Chevalier jouissait, comme homme et comme écrivain, d'une grande réputation dans toute l'Amérique, où, indépendamment de nombreux articles dans les journaux, il avait
fait imprimer plus de vingt volumes. En même temps rédacteur au Courrier des Etats-Unis de New-York, correspondant de l'Orléanais de la Nouvelle-Orléans, où il fît insérer divers romans, puis rédacteur en chef du Moniteur canadien, de h Ruche littéraire, du Pays de Montréal, attaché à la commission géologique du Canada, il a été un des plus fermes et des plus constants avocats de la langue française dans l'autre hémisphère. Parmi ses travaux les plus remarquables, on cite : la Vie à Nen-York, 6 volumes ; Tempérance et Intempérance, 1. volume ; les Souterrains du château de Maulnes , 2 volumes; les Mystères de Montréal, 6 volumes ; la Jolie fille àu faubourg Québec, 1 volume; la Traite des pelleteries, 1 volume ; le Labrador, 1 volume ; les Trappeurs de la baie d'Hudson, 2 volumes ; l'Ile de sable, 1 volume ; VHlroine de Châteauguay, 1 volume; le Chasseur noir, 2 volumes; les Déserts de l'Amérique septentrionale, 2 volumes; le Foyer canadien, 1 volume ; trois volumes sur la géologie américaine, etc.
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Cet ensemble d'œuvres, imprimé à travers les vicissitudes d'une vie aventureuse, mêlée de voyages lointains, de politique et de travaux scientifiques, a obtenu un grand succès. Aussi ne sommes -nous pas surpris de l'attention qu'ont attirée les premiers ouvrages publiés par M. Chevalier à son retour en France. Les Pieds- Noirs en sont à leur troisième édition. La Hxironne y scènes de la vie canadienne (préface par M. Ch. Dubois de Gennes), a peine sortie des presses, a été enlevée avec rapidité. Nous en préparons actuellement la seconde édition, et aujourd'hui nous publions le troisième volume des Drameb de l'Amérique du Nord. Il est intitulé la Tête-Plate. La presse parisienne entière : VOpinion nationale, la Patrie, le Constitutionnel, le Pays, la Gazette de France, le Courrier du Dimanche, l'Illustration, le Journal du Commerce, ont, du reste, fait des appréciations élogieuses et méritées des deux romans publiés par M. Chevalier depuis son retour en France. Indépendamment des qualités littéraires
et dramatiques qui les distinguent, ils ont un caractère de moralité qui leur assure l'accueil des familles. Voioi ce que disait dernièrement, de la Ifuronne, M. Jules Lecomte, dans le Monde illustré :
« Vous avez, je pense, lu les Pieds-Noirs, un curieux livre de mœurs américaines, naguère à bon droit recommandé, et dont l'auteur est M. H. -Emile Chevalier. Le même écrivain revient avec une nouvelle histoire de ces contrées qui attirent aujourd'hui plus que jamais l'attention du public : la Ifuronne, scènes de la vie
canadienne (Poulet-Malassis). On peut aisément
prédire à la Huronne le vif succès des Pieds- Noirs, car l'intérêt n'en est pas moindre, et la curiosité y est peut-être plus vivement excitée encore. Nous ajouterons que le mérite littéraire y est supérieur à celui du premier de ces Drames de l'Amérique du Nord, dont M. Emile Chevalier se fait le très-habile et très-expérimenté narrateur. Le livre est dédié à une femme véritable-
ment distinguée, d'un grand esprit et d'un charme extrême, madame Marie de Grandfort, Fauteur d'Octave. Ceux de nosJecteurs qui veulent s'amuser en s instruisant liront la Huronne, qui est une des publications originales de ce temps-ci. »
Recommandée à tous par le très-spirituel chroniqueur du Monde illustré et par tant d'autres excellents critiques, la Huronne a été l'objet d'une mention toute spéciale de la part des journaux de sport et de vénerie. Un des
hoiqmes les plus compétents en matière de chasse et d'ouvrages de ce genre, M. Bénédict Revoil, s'exprime ainsi dans les Tablettes de saint Hubert du 8 janvier dernier :
« La Huronne de M. Emile Chevalier est une
œuvre à la Cooper, initiant le lecteur à la vie
canadienne et aux mœurs cynégétiques du grand
désert américain. Il y a dans ces pages, écrites
paf un touriste consciencieux, une description des chasses de « la compagnie des fourrures de
la baie d'Hudson » qui vaut à elle seule un long * poëme. Le drame est bien conçu, parfaitement conduit, et il arrive à un dénotaient très-pathétique. Déjà, dans son premier roman des Pieds-
Noirs, M. Emile Chevalier nous avait donné la preuve de son talent ; ce second travail lui assigne une place parmi les meilleurs écrivains. »
Il ne nous reste qu'un mot à dire, c'est que M. Chevalier non-seulement connaît intimement le grand désert américain et les races sauvages qui l'habitent, mais qu'il a des connaissances étendues en géologie, topographie, hydrographie, et que l'on peut avoir confiance en ses descriptions géographiques ou ethnographiques des pays et des peuplades dont il parle et parmi lesquels il a vécu.
POULET-MALASSIS, éditeur.
P. S. — M. Chevalier prépare en ce moment, en collaboration avec M. Th. Labourieu, un grand ouvrage intitulé les Trois Baby loues,
186. — PARIS. — IMPRIMERIE DE POUPART-DAWL ET COMP., RtE OU RAC, 30.
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