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moral, cela va sans dire; nous serions surtout choqués de ce mélange de sentimentalité et de sensualité, de cette prétention à tirer quelque moralité d'une suite de tableaux si peu édifiants. Quant au point de vue littéraire, nous serions certainement fatigués par les répétitions de scènes, au fond presque toujours les mêmes, et quoique le style en soit rapide, vif, alerte, nous y trouverions un peu trop de mauvais goût et de déclamations. L'épisode relatif à la Pologne ne serait guère supportable pour nous, nous n'y verrions qu'un mélodrame, quoique l'auteur ait voulu faire un essai de roman historique (1), et enfin le dénouement si tragique d'une œuvre si légère nous paraîtrait manquer à la fois de vraisemblance et de décence.
Quoi qu'il en soit, il n'en est pas moins vrai que Faublas plaça Louvet au rang des littérateurs les plus distingués. Il le publia de 1785 à 1789 avec un grand succès; il est exact qu'il était alors retiré à la campagne, non pas comme le dit Grimm, avec une épouse légitime, mais avec une amie , d'enfance, qu'on avait mariée malgré elle, et qui, maintenant séparée de son mari, s'était réunie à sa première affection. Il y a mAme dans cette passion quelque chose de singulier; on se demande comment Louvet pouvait concilier l'amour sérieux, profond qu'il avait pour sa maîtresse, avec la manière dont il se complaisait à représenter l'amour dans son roman. Il semble qu'il y avait dans ce contraste une profanation; cependant ils furent fidèles l'un à l'autre toute leur vie, et se donnèrent les marques du plus grand dévouement, ainsi que le prouvent les Mémoires de Louvet, tant il est vrai que la nature humaine est féconde en contradictions et en illogismes!
Ce ne fut qu'en 89 que Louvet quitta la campagne, la cabane, comme il disait, où il vivait dans la retraite. Le
(1) La couleur locale, comme on dit, y est singulièrement méconnue. Un chef tartare a un juron favori, c'est celui-ci : « Nom d'un sabre ! »
bruit de la révolution le rappelait à Paris; il se lia naturellement avec les piincipaux révolutionnaires et notamment avec Brissot et les hommes qui devaient former plus tard le parti des girondins; toutefois on ne saisit pas tout d'abord son entrée dans la politique active; ainsi il ne paraît pas qu'il ait coopéré activement à aucun journal pendant la Constituante, ce à quoi cependant son talent semblait l'appeler. Il publiait, au milieu du tumulte des événements, Je dénouement de Faublas, et insérait dans les rééditions des premières parties des allusions politiques. C'est ainsi qu'il faisait prédire à un Polonais, mourant au service de l'Amérique, les brillantes destinées de Lafayette. a Approche, ajouta « Pulkruski, regarde à quelques pas de nous, au milieu du « carnage, parmi tant de guerriers fameux, un guerrier « célèbre entre tous par son mâle courage, ses vertus vrai- « ment républicaines et ses talents prématurés: c'est le jeune « Lafayette , déjà l'honneur de la France et l'effroi des « tyrans, etc. » Louvet appelle Lafayette, par la bouche de son héros, un Washington; bientôt il l'appellera lui* môme un Cromwell; en révolution, les temps changent vite!
Louvet ne bornait pas son activité à la réimpression de Faublas , il cherchait à servir la révolution au moyen de comédies politiques. Malheureusement il ne put en faire jouer qu'une : La Revue des armées blanche et noire, dirigée contre la noblesse et le clergé, et qui eut quelque succès. Peu de temps après il publia dans le même but un nouveau roman qui ne ressemble en rien, ni par le style ni par les mœurs, à l'immoral mais spirituel Faublas. Emilie de Farmont est un roman ou la décence n'a rien à revoir ; la morale y triomphe, le vice y est puni, la vertu y est récompensée ; il a pour but de prouver deux choses, la nécessité du divorce et du mariage des prêtres. Malheureusement le roman ne s'élève pas littérairement à la hauteur des bonnes intentions de l'auteur. Nous y trouvons des aventures impossibles, des incidents invraisemblables et des caractères sans réalité. Cela n'empêche pas qu'on y remarque le signe d'un homme
de talent; mais on sait que l'imagination de cet homme d esprit est ailleurs, qu'il est préoccupé par des intérêts plus sérieux, des idées plus absorbantes.
Il avait fait paraître, en effet, dans les premiers mois de 90, une brochure intitulée Paris justifié, en réponse au pamphlet qu'avait publié le célèbre Mounier après son émigration et les événements des 5 et 6 octobre. Cette brochure, qui n'était pas la justification , mais l'apothéose de Paris, lui valut une popularité parmi les diverses nuances du parti révolutionnaire qui n'était pas encore divisé. Il y prend la défense de Mirabeau, de Lafayette, et ne s'y sépare en rien des constituants royalistes, quoiqu'on y saisisse souvent des raisonnements, ou plutôt des sentiments républicains. Aussi fut-il récompensé de sa brochure par son admission aux Jacobins, qui n'était pas alors un club purement démocratique, mais qui s'honorait de compter dans ses rangs les membres les plus illustres de l'Assemblée constituante, les Lameth, les Duport, les Barnave, etc. Louvet, en devenant membre de l'Assemblée, qui était déjà la révolution, dut se préoccuper d'avantage de son titre de jacobin que de son titre de romancier. L'homme de lettres céda le pas à l'homme politique, et désormais on ne verra plus en lui qu'un orateur et un journaliste. Ses amis et ses ennemis ne lui demanderont aucun compte de Faublas; c'est à peine si le titre en sera prononcé.
Nous ne Bavons pas quel rôle joua Louvet aux Jacobins jusqu'à 1793 ; son nom n'est pas mêlé aux débats du club, ni cité dans les comptes rendus des journaux. Lors do la discussion sur la paix et la guerre, qui divisa, comme ou sait, les Jacobins, et qui fut le premier signe de la séparation des révolutionnaires en montagnards et girondins, il parla deux fois, et Brissot, dans le Patriote français , se crut obligé de rappeler au public que M. Louvet était l'auteur * du joli roman de Faublas. » Évidemment, si Louvet eût été une notoriété du club des Jacobins, Brissot se fût borné à l'appeler simplement par son nom, qui en aurait alors assez dit à son public. D'un autre côté, si Louvet n'avait pas eu un certain renom dans le club, il est probable que les frères et amis, qui n'étaient pas très-tolérants et qui ne manquaient pas d'orateurs connus, n'eussent pas consenti à écouter deux fois sur une question si importante un membre obscur, d'autant plus que ces deux discours s'adressaient à Robespierre lui-même.
Ils eurent beaucoup de succès dans le parti de la guerre, et Brissot ne leur marchanda pas l'éloge : « M. Lou\et a pro- « noncé un discours dans lequel on a admiré une rare « sûreté de style, une grande forcede sentiment, unelogi- « que vigoureuse et un usage sobre et bien placé des orne- « ments et des traits d'éloquence. » L'éloge de Brissot n'est
pas sans fondement , les deux discours de Louvet sont en effet bien supérieurs à ceux du rédacteur en chef du Patriote français, sous le rapport de la vivacité du style, du relief des tableaux, de la chaleur des expressions. Louvet n'y donne pas encore , à son style , cet appareil trop oratoire dans lequel il se complaira plus tard ; il va plus droit à son but. Le sujet était d'ailleurs favorable à son talent, à la fois véhément et amer ; il est éloquent quand il s'agit de la guerre et de l'indépendance des peuples ; il est amer, sans être cependant provocant, lorsqu'il s'agit, ou de la cour qui veut la guerre malgré elle, ou de Robespierre ou de ses amis qui n'en veulent pas ; somme toute, ses discours sont rapides, sans trace de sensibilfté, sans trop de déclamation pathétique, si ce n'est lors de la péroraison du second, ou il interpelle Robespierre à la manièrç antique; péroraison d'ailleurs bien lancée, d'un jet littéraire bien venu, et que nous reproduisons parce qu'elle nous montre à quels ménagements se croyait encore forcé, envers Robespierre, celui qui avant un an devait l'attaquer avec tant de passion. « Robespierre, vous tenez maintenant l'opinion publique en a suspens (nous n'en sommes pas encore au tu républicain); « partager cet excès d'honneur vous était réservé sans « doute; vos discours appartiennent à la postérité; la pos- « térité viendra entre vous et moi ; mais enfin vous attirez « sur vous la plus grande responsabilité, car la postérité dira : « Un homme a paru dans l'Assemblée nationale consti- « tuante , inaccessible à toutes les passions, un des plus « fidèles tribuns du peuple. 11 fallait chérir et estimer ses « vertus, admirer son courage; il était aimé du peuple qu'il ■ avait constammentservi, et de plusil en était digne. Unpré- « eipice s'ouvrit : disirait pur trop de soins, il crut aper- « cevoir le péril où il n'était pas, et ne le vit pas là où il « était. Un homme obscur était là, uniquement occupé du « moment présent. Éclairé par d'autres citoyens, il décou- « Yrit le danger, ne put se résigner à garder lo silence ; i « fut à Robespierre, il voulut le lui faire toucher du doigt ;
« Robespierre détourne les yeux, retire la main; l'inconnu « persiste et sauve son pays. » Nous n'en sommes pas encore au fameux : Robespierre, je t'accuse ! elc.
Après ces discours , nous sommes quelque temps sans trouver trace de Louvet dans les débats des Jacobins; il n'apparaît sur la scène de manière à attirer l'attention que sous le ministère de Roland. Celui-ci étant nommé ministre de l'intérieur, le choisit pour publiciste officieux, car il n'en coûte rien de le réconnaîlre , ces pu bl ici s tes ont toujours existé; seulement il y en a d'honorables et d'autres qui ne le sont pas. Louvet n'était pas un publiciste vendu au ministère, comme l'en ont accusé plus tard ses ennemis les montagnards; la Sentinelle n'était pas un journal ordinaire, elle n'avait point d'abonnés, ne se vendait pas au numéro; c'était un simple placard qu'on affichait gratuitement sur les murs de Paris, et qui pouvait être lu par tous les passants; Louvet n'en retirait aucun profit; seulement le ministre de l'intérieur en faisait les frais que n'aurait pu couvrir l'humble fortune du journaliste.
Les premiers placards de la Sentinelle sont dirigés contre les feuillants, contre les prétendus modérés qui veulent diviser les patriotes et faire peur aux honnêtes gens des excès de la démocratie. 11 les accuse de vouloir créer une aristocratie nouvelle, une chambre haute composée de nobles et de riches ; il défend contre eux l'illustre société des Amis de la constitution, c'est-à-dire les jacobins et les sociétés patriotiques; il ne s'en prend qu'à eux des divisions de la bourgeoisie et du peuple qui chaque jour grandissent. « D'abord ils vous ont séparés, ils vous ont divisés ensuite, « et maintenant ils s'efforcent d'obtenir que vous vous égor- « giez mutuellement. Ils vous ont séparés quand ils ont dit « que celui-là seul était garde national qui avait une arme a de telle espèce et un habit de telle couleur. Il vous ont « divisés quand ils ont dit ce qu'ils répètent sans relâche « que la garde nationale n'est pas le peuple, que le peuple « n'est pas la garde nationale; que celle-ci est armée contre
« celui-là, que celui-là déteste celle-ci. Sans cesse ils se sont « efforcés que vous vous égorgiez; une fois, hélas! ils y sont « parvenus. Mais c'est surtout après la journée du 20 juin « qu'ils vous poussent aux horreurs de la guerre civile. » Mais Louvet ne s'en prend pas longtemps aux feuillants ; il savait hien que les divisions des patriotes avaient leur raison d'être en elles-mêmes dans les idées, dans les passions, dans le caractère des partis; les feuillants ne servirent qu'à masquer la haine réciproque, jusqu'au jour où, après le 10 août, il fallut bien se regarder face à face. Aussi, quelques jours après la chute de la royauté , Louvet s'adresse cette fois directement aux républicains; il les invite à la modération, à la douceur, à la tolérance, et leur dit que les républiques ne se fondent que sur les vertus douces , fraternelles et conseillères d'humanité. « Laissez tomber dans leur néant « et se renfoncer dans l'opprobre ces hommes sombres nés « avec le besoin du crime, dont l' imagination homicide voit « tous les objets avec un crêpe sanglant. Dites-leur : Celui-là « est un tyran qui substitue sa volonté particulière à celle a de tous , et si l'insurrection contre le despotisme est « sainte, l'insurrection contre la république est impie. Le « dénouement de ces tragédies est la terreur ou le déses- « poir; la terreur avilit le caractère national, le désespoir « l'égaré. »
Les placards de Louvet s'animèrent de plus en plus; bientôt ils s'adressèrent directement aux personnes, à Marat, à Robespierre, aux principaux des jacobins; mais cependant, quoique ces placards soient écrits avec verve et chaleur, il est permis de croire qu'ils n'étaient pas de nature à faire grande impression sur le public. Ils s'adressaient à deux publics : d'abord à ceux qu'on appelle dans les révolutions les honnêtes gens, c'est-à-dire aux gens timides; ceux-là, fl les exhortait au courage, à l'énergie, à l'action, exhortalions excellentes dans tous les temps, mais ordinairement inutiles; ensuite aux patriotes : à ceux-ci il prêchait la défiance contre leurs héros, il les invitait à la raison, au
bon sens, à chasser de leur esprit les passions et les chimères, à ne plus se laisser guider par ceux qui aspiraient à les dominer par la flatterie; conseils excellents aussi, mais qui sont trop tardifs, par le fait môme qu'ils ont besoin d'être donnés. En dehors de ces causes morales et politiques qui s'opposaient à l'efficacité des efforts de Louvet, son style est trop littéraire, trop cadencé; il y a tel article de soir journal qui pourrait être lu sans bizarrerie dans une académie; il est élégant, mais il n'est pas pittoresque, il n'a pas le mot propre, le mot populaire; il n'appelle pas les choses par leur nom comme Marat, il ne peut s'empêcher d'être littéraire même en parlant à la populace : ainsi ayan t à s'élever contre ceux qui affectent de prendre le titre de sans-culotte et qui avec le titre en prennent les manières, il commence par les peindre énergiquement. « Lorsque a dans les discussions les plus importantes ils affectent la « grossièreté de langage, quand les termes des mauvaises « mœurs se mêlent à l'élévation de la discussion; lorsque, « oubliant le respect qu'ils vous doivent, ils viennent discua ter sur votre destinée, la tête échauffée par la vapeur du « vin... » Bientôt ce style de pamphlet lui paraît bas, et il termine son placard par une argumentation littéraire. « Qui a donna dans l'Europe cette prépondérance à la langue « française pour forcer tous les peuples à vous entendre et « à vous admirer, sinon les sages éloquents, que le charme «du langage entourait de la persuasion, dont la pureté de « la langue prêtait des ailes à l'élévation de la pensée? » Certes la phrase est harmonieuse, mais elle ne devait pas faire bon effet sur le sectateur de Marat qui la lisait au coin d'un carrefour.
Mais Louvet, tout en rédigeant la Sentinelle, était le directeur et le principal rédacteur d'un journal où il fit preuve d'un vrai talent de pamphlétaire, nous voulons parler du Journal des débals du club des jacobins. Louvet lui imprima un ton léger, ironique, qui donne aux comptes rendus des discussions orageuses du fameux club un caractère très-
plaisant. Nous l'avons dit ailleurs (1), cette feuille courageuse, qui sut lutter contre le terrible club avec bonne humeur, rappelle par moment l'atlicismc ironique du journal qui s'est rendu célèbre à peu près sous le même liire. U sut irriter le club par son esprit au point que les frères et amis prirent des mesures sévères contre le* journalistes ctles chassèrent ignominieusement de leur sein. Le Journal des Débats n'est point déclamatoire, il s'en faut. Sa polémique consiste à mettre en relief et à tourner en ridicule les séances des Jacobins. Il ne conclut pas, il raconte; il analyse sans réflexion, mais, il faut bien l'avouer, en arrangeant un peu les choses. Il s'agit d'une conspiration : Robespierre demande solennellement la parole sur les moyens de wuver la patrie, les citoyens des tribunes et l'assemblée entière applaudissent frénétiquement; mais tout à coup un citoyen se précipite à la tribune pour révéler un fait d'une extrême importance et qui va jeter une lumière éclatante sur la conspiration, il a rencontré un de ses amis qui lui a raconté le trait suivant : « Écoulez attentivement. Je suis, • lui dit son ami, dans l'usage d'aller dîner chez Verma; « chez ce restaurateur il y a deux salles; j'aperçus dans t une la table bien servie, c'est ce qui me décida à y entrer. » On se met à table, et je me trouve avec quatre-vingts t députés! » Le citoyen continue dans ce ton son compte rendu et dit que ces quatre-vingts députés ont dit beaucoup de mal des jacobins, et que son ami a juré de ne plus se trouver en pareille compagnie. 11 pense qu'il y a là une conspiration. Le club est de son avis et applaudit énergiquement. Alors Robespierre reprend la parole : « Plus les dangers de t la patrie sont imminents, plus nous devons travailler à « son salut. » Il continue son discours avec gravité et solennité, il annonce toute sorte de complots et termine en pro-
(1) Voir V Histoire littéraire de la Convention, où nous analvsous plusieurs séances des Jacobins d'après le journal de Louvet.
posant aux députés de la Convention de se faire tuer à la tribune plutôt que d'abandonner la parole. Cette proposition excite l'enthousiasme, les députés présents à la séance s'écrient qu'ils sont décidés à mourir avec Robespierre à la tribune, si on lui retire la parole. Alors le boucher Legendre demande « que, pour se conformer aux vues patriotiques a de Robespierre, les députés du côté gauche soient invités « à se lever plus matin; car il est à remarquer, dit-il, que « les députés du côté droit sont à leur poste pour intriguer, « tandis que les patriotes sont encore absents. »
Tous les comptes rendus sont écrits dans le même esprit, en vue de ridiculiser le club, et particulièrement les principaux personnages, entre autres Robespierre et Marat; celui-ci est surtout l'objet de plaisanteries toujours renaissantes, ayant toutes pour objet de faire ressortir l'admiration des jacobins pour sa personne. Le journaliste a aussi grand soin de noter la haine du club contre madame Roland; si le nom de Marat n'est accueilli que par des applaudissements, celui de madame Roland a le privilège de soulever les vociférations de l'auditoire entier; quand il s'agit d'elle, les citoyens des tribunes mêlent leur voix à celle des jacobins. «Madame Roland, dit un premier, fait tous les ouvrages « de son mari, tout Paris le sait bien. Cet ouvrage, dit un o autre, sort du boudoir de Pénélope-Roland. — Ce sont, dit « un troisième, les brissotins, les buzotins et les buzotistes a qui ont écrit cet ouvrage sous la dictée de madame Ro- « land. — Oui! oui! rien n'est plus vrai! s'écrient les « citoyennes des tribunes, voilà l'ouvrage de la femme Ro- « land. » C'est un chœur à la manière des tragédies antiques. Le journal, d'ailleurs., affectionne cette forme dramatique; il s'en sert plusieurs fois à propos de la suppression des journalistes. « Que les journalistes disparaissent! le « nombre des journalistes est trop grand ! qu'avons-nous à a faire que le public sache ce qui se passe ici? un seul jour- « nal suffit. C'est le journal de Milcent Créole I C'est là un « journal excellent, admirable ! Que Milcent soit seul con-
« servé! que tous les journalistes soient chassés. » Louvet, lui, n'avait plus à êlre chassé, il avait été rayé de la liste des Jacobins lors de ses premières attaques contre Robespierre et contre les journées de septembre.
Grâce à son courage, à sa témérité, à l'ardeur avec laquelle il s'élançait dans la lutte, grâce aussi à la nature de son talent, Louvet, comme tous les hommes passionnés, s'était vu bien vite entouré d'antipathies et de sympathies également vives. Les montagnards lui rendirent attaque pour attaque, et son nom fut, avec ceux de Buzot et de Brissot, celui qui retentit le plus souvent dans leurs clubs et dans leurs journaux; quanta son parti, il parait qu'il en fut accepté pleinement. 11 dit dans ses Mémoires qu'après le 20 juin on avait pensé à lui pour le ministère de la justice, et nous le croyons, quoique nous n'ayons que son témoignage; il est sincère et naïf plus que vaniteux quand il parle de lui;" et d'ailleurs, quand il fit cet aveu, il se croyait assez célèbre pour ne pas éprouver le besoin de se 4 grandir; il le fit dans le but de montrer que, s'il eût été nommé ministre à la place de Duranton, il n'eût pas été destitué au 10 août comme royaliste; que Danton n'eût pas été ministre de la justice, et que lui, Louvet, ou eût empêché les massacres de septembre, ce que n'a point fait Danton, ou du moins eût poursuivi les égorgeurs, ce que n'a point fait Garât.
Si Louvet n'eut pas à subir la responsabilité ministé- • rielle, qui était alors une réalité, il accepta un mandat qui ne devait pas l'exposer à moins de danger. Le parti girondin le fit nommer député du département du Loiret, et il entra dans cette Convention qui a dévoré tant d'hommes I Il ne chercha pas à y jouer le rôle de la prudence et à s'y glisser, comme tant d'autres, entre les partis. Dès le début il se plaça parmi les plus impatients et les plus hardis des girondins ; il prit part aux discussions si ardentes que soulevèrent les massacres de septembre, l'omnipotence de la Commune de Paris; il appuya énergiquement la proposition
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des girondins tendant à la création d'une garde départementale chargée de défendre la convention nationale contre les clubs. Cependant il n'avait pas pris le premier rang dans ces discussions, il se réservait, et peut-être son parti le réservait pour une plus grande attaque , pour l'attaque qui devait faire entrer son nom dans l'histoire ; il se préparait à accuser solennellement l'homme le plus populaire de Paris, Robespierre.
Cette accusation est célèbre ; toutes les histoires de la révolution s'y arrêtent et la discutent, toutes elles donnent de longs fragments du discours de Louvet; c'est qu'en effet ce discours résume les griefs de la Gironde contre Robespierre et les présente sous une forme éloquente et de nature à se graver dans les esprits. Il y a là une composition oratoire vraiment distinguée et une des meilleures qu'aieut prononcées les girondins, et certainement la meilleure dans le genre philippique. Guadet et Buzot, qui avaient quelques rapports comme orateurs avec Louvet, et qui, eux aussi, savaient allier avec beaucoup d'art la véhémence et l'ironie, l'éloquence noble et l'invective personnelle, ne nous ont laissé que de courtes harangues, la plupart improvisées et comme brisées par les interruptions. La harangue de Louvet est artistement conçue, elle est complète et elle est courte, elle est amère et noble , et à part un ou deux eudroits, elle n'est pas déclamatoire; elle a un mérite qui fait vivre les œuvres d'art, les discours aussi bien que les hommes, elle a la proportion; tout y est disposé comme dans une œuvre littéraire bien faite; quand on l'a lue, on s'en souvient sans fatigue.
Toutefois, nous n'allons pas jusqu'à la mettre au niveau des chefs-d'œuvre de Cicéron, ainsi que fait madame Roland dans le portrait si favorable qu'elle trace de Louvet dans ses Mémoires. Elle pèche aujourd'hui pour nous sous le rapport de la réalité, elle se tient trop dans le raisonnement moral , elle ne serre pas les faits d'assez près et s'en rapporte trop à l'imagination de son auditoire éclairé
d'avance. Il en résulte que le slyle en est plus élégant et moins vivant , le langage plus noble et moins pittoresque. Noua serions bien plus disposés à reconnaître le caractère d'une catilinaire dans la réponse qu'il fit à la réplique de Robespierre, et que la Convention ne lui permit pas de prononcer. Ici, il pénètre plus profondément dans l'analyse, il aborde directement les caractères : « Tu parlais, dit-il à «Robespierre, de quoi? contre qui? quelquefois contre c la cour, assez souvent contre Lafayette, mais sans aucun « relâche et sans aucune mesure contre laphilosophie et les c philosophes, contre le côté gauche de l'Assemblée, cont tre tous les républicains recommandables par leurs vertus t et leurs talents; ton peuple, que tu avais tellement accou- « tumé aux dénonciations violentes , que quand on ne
* déchirait personne il n'écoutait plus, à moins qu'on ne « fasse ton apothéose , ton peuple applaudissait avec
« transport. Mais lorsque tu arrivais à l'intéressant cha- ■ t pitre, celui que tu n'oublias jamais, l'étemel chapitre de
* tes mérites, de tes perfections, de tes vertus, alors ce « n'étaient plus des applaudissements, c'étaient des trépi- « gnements convulsifs, c'était un enthousiasme religieux, « c'était une sainte fureur... et malheur à quiconque, en i ce cas , n'appartenant pas à ta faction , obtenait par « hasard la parole. S'il était un député connu, s'il avait « quelque réputation, s'il devenait impossible qu'on refusât
* de l'entendre , les tiens commençaient par de sourds « murmures; on se passait à l'oreille d'astucieuses confi- « dences contre lui, on n'oubliait aucune insinuation per- « fide pour décrier ses opinions, on décriait sa personne. « Et dès qu'on croyait les esprits suffisamment préparés,
■ on murmurait tout haut, on interrompait à chaque « phrase, s'il le fallait, on essayait des huées, et force « était qu'il n'achevât pas son opinion. Si, par hasard, il « avait dit : « Ayons donc un ordre du jour, abordons les « choses, laissons les personnes, » c'était un feuillant. S'il
■ avait entrepris de défendre le côté gauche de l'Assemblée,
« c'était un intrigant. S'il n'avait pas craintde repousser les « calomnies contre les vrais intrigants, c'était un traître. « S'il avait osé dire : « N'idolâtrons pas un homme, » « c'était un ennemi public, l'ennemi de Robespierre, Ten- « nemi du peuple, et les pelotons de compères montraient « les poings, les bâtons à sabreî Et les dévoles des deux a bouts paraissaient prêtes à se précipiter du haut des « tribunes sur l'impie. »
Certainement le fanatisme des jacobins, le despotisme de Robespierre sur son auditoire de fidèles ne saurait être plus brièvement et plus pittoresquement peint. Mais il revient à Robespierre lui-même :
« Toi cependant, Robespierre, dans les moments de a relâche où ta langue reposait, ton corps en travail fai- « sait représentation. Lors même que tu n'étais ni prési- « dent, ni secrétaire, tu restais en évidence assis au bureau, « tn restais complaisamment exposé à la contemplation de « (on peuple. De là tu te livrais à mille et mille mouve- « ments, que, dans le franc parler des républicains, on doit « dénommer contorsions et grimaces, qu'un freluquet eût « qualifiés de mines, et que tes idolâtres appelaient sûre- « ment tes grâces! De là les yeux, toujours mobiles, par- « couraient toute 1 étendue de la salle ; de là tu encoura- « geais les tiens d'un regard bénévole, tu réprimais les « nôtres d'un regard de fureur ; de là tu sollicitais l'attena tion, les secours, les hommages des tribunes ; de là tu « récompensais d'un coup d'œil les dévots et les adora- « trices d'un coup de lorgnette; de là tu faisais passer tes « ordres par tes aides de camp, qu'on voyait constamment « voltiger du centre sur les ailes ; de là tu ne craignais pas « d'indiquer du geste ceux que tu ne craignais pas de « laisser parler, ceux dont il fallait forcer le silence ; et « même on t'a vu ordonner au président qu'il eût à mettre « ou à ne pas mettre aux voix. »
Le portrait est vivant animé, pittoresque; les choses devaient en effet se passer ainsi. Mais, rapprochement singu-
lier! ce sera dans le même style à peu près, par le même procédé littéraire, que Robespierre et Saint-Just, peindront les manœuvres des girondins, traceront leurs portraits et ceux de Danton, et d'Hébert, et de Chaumette, et en général de tous leurs ennemis! Est-ce donc que Saint-Just et Robespierre imiteront Louvet? Nullement. C'est que le fond emportera la forme. Comme Louvet, ils accuseront leurs adversaires avec leurs passions; comme lui, ils seront obligés d'analyser, de peindre, afin de donner un corps et une réalité à leurs craintes et à leurs soupçons; comme lui, ils imputeront à conspiration, à trahison, à manœuvre, les mouvements mômes ducaractôre et du tempérament.
Quant à l'accusation de Louvet, en elle-même, malgré son retentissement, elle n'eut pas l'importance politique qu'on en attendait. Les historiens reconnaissent généralement qu'elle fut inopportune, qu elle eut le tort de lier Marat et Robespierre qui n'étaient pas également odieux à l'Assemblée; qu'elle ne reposait en effet, à propos de ce dernier, que sur des accusations morales, sur des présomptions plus que sur des faits; qu'elle contribua à le grandir en le peignant comme un futur Cromwell, et qu'elle eut enfin pour effet de montrer la faiblesse et l'inconsistance des girondins; leur inconsistance, parce qu'ils firent frapper un grand coup avant d'être préparés ; leur faiblesse, parce qu'une fois ce coup frappé, ils ne purent ni ne surent aller jusqu'au bout. Son auteur lui-même n'en tira pas polititiquement profit, son crédit n'en fut pas augmenté, mais elle attira sur lui une impopularité, une haine qui rendirent sa présence presque impossible à la tribune de la Convention. Il était de ceux qui soulevaient le plus l'irritation et les interruptions des montagnards prompts aux clameurs. Aussi ne put-il prononcer à la tribune que quelques discours inachevés. Il parla cependant deux fois longuement dans les discussiong relatives au bannissement des d'Orléans et au procès de Louis XVI. Dans la première, il désirait que Philippe-Égalité imitât Collatin et quittât la
France comme le consul romain avait quitté Rome après la chute de Tarquin, uniquement parce qu'il était le parent du roi. A ce propos, il traduisit tout entier le discours de Brutus à son parent, et cette citation de Tite-Live parut toute naturelle, nos pères étant classiques et ayant grand respect pour les anciens. Dans la seconde, il se prononça pour l'appel au peuple et le sursis ; il vota la mort, à condition qu'il y serait sursis jusqu'à rétablissement de la constitution. Les historiens royalistes lui ont reproché ce vote sans tenir compte de sa condition expresse ; ils disent qu'il a compté pour la mort ; cela est vrai , mais on ne peut pas douter qu'il n'ait eu l'intention de sauver le roi ; il suffit de lire les comptes rendus du Journal des Jacobins, où il jette le ridicule et l'odieux sur Legendre et sur tous ceux qui demandaient la mort de Louis. Ce qu'on peut dire, c'est qu'il eut le tort, comme beaucoup de girondins, de mettre de la tactique là où il n'en fallait pas.
Louvet lutta avec beaucoup de courage jusqu'au 31 mai; il écrivit plus qu'il ne parla. Après la journée du 10 mars, qui fut un 31 mai avorté, il composa un discours pour demander la convocation des assemblées primaires, mais la Montagne ne permit pas qu'il le prononçât, et il se vit forcé de le faire imprimer. Ce discours, qui est comme inspiré par un accent de désespoir, est aussi animé par un sentiment énergique d'indignation; il y révèle les conspirations trop réelles qui se tramaient contre l'Assemblée par les délégués des sections révolutionnaires, de la Commune et des principaux clubs, complot que le ministre de la justice ne découvrait nulle part, sous prétexte qu'il était partout. A ce sujet, Louvet traite Garât, le doux Garât, d'un style qui prouve qu'ils n'avaient pas l'un et l'autre le même caractère, et, il faut bien le dire, c'est le violent Louvet qui a raison contre le philosophe ami de l'analyse. A distance, on peut prendre intérêt aux réflexions de Garât, mais ceux qui se voyaient en face des faits devaient en être exaspérés. Ils n'avaient pas la patience d'attendre que le temps,
déroulant la logique des passions, eût donné raison à Garât, en ramenant le mouvement naturel des choses.
Toutefois, le discours-pamphlet de Louvet fut comme étouffé par le bruit des émeutes; il ne parait pas avoir retardé le 31 mai; il fut peut-être un motif de plus pour désigner son courageux auteur à la proscription. Car Louvet se vit inscrit un des premiers sur la liste des 22, et tous les clubs et toutes les sections maintinrent son nom. 11 est naturellement proscrit par le coup d'État, et il fut de ceux qui se réfugièrent dans le Calvados avec l'espérance d'y commencer la guerre civile et de faire délivrer Paris par la France. L'histoire a dit quelle fut leur illusion, et nous ne suivrons pas LouveJ sur ce terrain. On trouvera dans ses Mémoires ce qui le concerne personnellement. Cependant nous pouvons dire qu'il ne se ménagea pas là plus qu'ailleurs; il rédigea les manifestes et les proclamalion de son parti, et réfuta le fameux rapport de Saint- Just contre les girondins. Cette réfutation a cela de particulier qu'elle repousse, au nom de la Gironde, les mêmes accusations que la Gironde adressait à la Montagne. Louvet se défend d'avoir voulu Roland pour roi, les girondins pensaient que Robespierre, ou Danton, ou Marat lui-même aspiraient à la tyrannie; il se défend d'avoir voulu le duc d'York , les girondins accusaient les montagnards de conspirer avec l'Angleterre; il se défend d'avoir conspiré pour le duc d'Orléans et pour son fils, les girondins n'avaient cessé de représenter Marat et les révolutionnaires comme les instruments et les complices de la famille d'Orléans. Triste retour des révolutions !
Nous ne nous arrêtons pas davantage sur la partie politique de Louvet. On y trouvera dans toute leur franchise les illusions du parli girondin, telles à peu près que Garât les a peintes. La base de leurs opinions était la croyance à une conspiration de l'Angleterre, de l'orléanisme et des principaux montagnards ; du moins telle était celle de Louvet et de plusieurs de ses amis. L'histoire générale a suffi-
sauraient réfulé cette chimère pour que nous nous eu occupions; seulement il ne faut pas être trop sévère pour la crédulité de ces hommes d'un brillant esprit. Qui peut, dans les mouvements révolutionnaires, être maître de son imagination, de ses craintes et de ses soupçons ? A quelles rêveries, à quels fantômes ne croient pas ceux mêmes qui se vantent le plus d'être des hommes d'État!
Nous quitterons donc Louvet au 31 mai et nous ne le retrouverons qu'à sa rentrée à la Convention, après le 9 thermidor. Que pourrions-nous dire de sa proscription , sinon affaiblir en les analysant les Mémoires si dramatiques, si pittoresques, où il l'a racontée avec tant de talent? Du 31 mai au 9 thermidor, Louvet fut proscrit, mis hors la loi ; il courut tous les dangers, éprouva toutes les aventures, passa par tant de péripéties, que son simple récit constitue un roman au point de vue de ceux qui cherchent avant tout dans les Mémoires des faits, des émotions, un intérêt dramatique. Mais cela ne l'empêche pas d'être en même temps un vrai morceau d'histoire, et un des morceaux les plus instructifs que nous ayons sur la révolution. C'est par les Mémoires de Louvet qu'on peut le mieux se rendre compte de l'état de la province pendant la terreur, c'est le seul livre à l'aide duquel on peut se faire une idée de la manière dont elle vivait. Quand on l'a lu, on a fait un voyage pittoresque et émouvant qui ne le cède en rien à ces voyages si intéressants que le grand roman cierWalter Scott aime à introduire dans ses romans; seulement il ne s'agit pas ici d'une fiction, niais d'une réalité.
Le 9 thermidor ne mit pas fin à la proscription de Louvet. Le parti qui avait renversé Robespierre n'était pas favorable aux girondins ; plusieurs de ceux qui avaient le plus
participé à la chule du tribun, Legendre, Tallien, Bourdon (de l'Oise), et surtout Goliot d'Herbois et Billaud-Varennes, avaient également participé à la journée du 31 mai. Ce fu t leur esprit qui domina la Convention pendant quelques mois, et lorsqu'un membre de la majorité semblait faire quelque allusion à cette fatale journée, la Montagne se soulevait et lui imposait silence (1). Cependant cette influence factice ne pouvait durer, bientôt on rappela dans le sein de la Convention les 73, arrêtés comme suspects de girondinisme; ceux-ci naturellement songèrent à rappeler les proscrits survivants, tels que Louvet, Lanjuinais, lsmard, etc. Ce ne fut pas sans difficulté qu'ils y parvinrent ; Louvet, ainsi que ses collègues, avaient été mis hors la loi; cela donna prétexte à de grandes protestations de la part de plusieurs montagnards. Louvet entre autres fut accusé d'avoir conspiré avec les Anglais, d'avoir voulu faire entrer l'étranger en France, etc. Le 17 décembre 1794, Merlin de Douai, au nom des comités, faisait un rapport sur la rentrée des députés mis hors la loi ; il proposait de décréter qu'ils ne pourraient rentrer dans le sein de la Convention, mais qu'ils ne seraient nullement inquiétés. Il en résulta une discussion des plus orageuses, et, malgré les efforts des girondins rentrés, le projet de Merlin de Douai fut adopté. Ce ne fut que deux mois après, dans les premiers jours de mars, que la question fut enfin résolue. A propos d'une pétition de la section de l'Unité, Chénier fît une motion en faveur des représentants mis hors la loi.
(I) Apres le jugement de Carrier, lorsque Penières demanda la liberté des soixante-treize, Merlin (de Thionville) s'écria que ceux qui demandaient leur liberté avaient calomnié la révolution du 31 mai. Thuriot dit que le 31 mai avait sauvé la France. Tallien soutint que le 31 mai était consacré comme une des grandes journées de la Révolution* Robert Lindct en fit une apologie complète, malgré la résistance des Girondins appuyés par Cambon. La Convention passa à Tordre du jour.
t Un fantôme de fédéralisme, dit-il, a fait le prétexta de « leur proscription ; après la chute des triumvirs, une terre i hospitalière et libérale aurait dû rendre au jour purifié « celle colonie souterraine d'orateurs patriotes et de philo» a sophes républicains, • Chénier fut combattu par Bentabolle, selon lequel tout Paris était responsable du coup d'État du 2 juin, mais il fut appuyé énergiquement par Sieyès, qui saisit cette occasion pour sortir de son long silence. Sous l'impression de son discours, la Convention, après un rapport verbal de Merlin de Douai, vota k la presque unanimité le rappel de Louvet et de ses amis.
Louvet rentra sans faire aucune concession. La première fois qu'il remonta à la tribune, ce fut pour appuyer un remerciaient rédigé et lu par le littérateur Fiévée, au nom de plusieurs sections de Paris, h l'occasion du rappel des proscrits. 11 voulut profiter de cette circonstance pour faire décréter que la journée du 31 mai n'avait été l'œuvre que d'un petit nombre de personnes, et que les citoyens qui s'étaient ce jour-là armés pour la Convention avaient bien mérité de la patrie. Tallien fit écarter la motion de Louvet sous prétexte qu'elle ferait éclater de nouvelles divisions, mais en réalité parce que les sections qui s'étaient armées en faveur des girondins au 31 mai étaient les mêmes que celles qui s'étaient armées au 1 0 août en fa\ «mit de la royauté. La Convention craignit de paraître donner un encouragement aux sections royalistes.
Quoique naturellement agressif, Louvet sut faire taire ses rancunes, et ce qui est une contradiction à son caractère, ce fut pour se défendre qu'il se vit forcé de prendre la parole. Dans son discours sur le gouvernement du comité de salut public, Robert Lindet argua des Mémoires de Louvet pour associer les députés proscrits à Wimpfenet les rendre complices des projets de l'Angleterre et des royalistes. Lecointre profita de cet incident pour annoncer que ses collègues, « justement mis hors la loi, s'étaient engagés « dans l'armée royaliste, qu'il en avait la preuve signée
« Buzot, Louvet. » Voici donc un des premiers républicains par la date forcé de se défendre de n'être pas royaliste. Il ne faut pas croire que l'accusation, malgré le peu d'autorité de l'accusateur, n'eût pas son importance. Plusieurs montagnards, et entre autres Bourdon (de l'Oise), prièrent Louvet de les éclairer sur ce point. Il se vit dans l'obligation d'en appeler à son patriotisme; il demanda une discussion solennelle, une enquête, prenant l'engagement de signaler les royalistes comme il avait signalé Robespierre au jour de sa toute-puissance. La Convention l'applaudit et l'en crut sur parole. Mais, chose singulière l au moment où il avait à se défendre contre cette absurde accusation, il la retournait contre ses ennemis; il prétendait que plusieurs membres du comité de salut public leur avaient envoyé des émissaires royalistes, et que Robert Lindet « était, selon toute apparence, un de ces membres. » Robert Lindet, Louvet s'accusant l'un et l'autre de royalisme ! C'est le cas de répéter le mot de Machiavel : « Les factions croient tout et inventent tout. »
Louvet ne se montra pas ingrat et oublieux pour ceux qui avaient combattu avec lui ; il ne cessa de réclamer de la Convention les réparations qu'elle devait, selon lui, à eux ou à leurs familles. C'ebt ainsi qu'il s'obstina à demander le rappel du décret de spoliation qui confisquait les biens des condamnés politiques, et ce fut sur sa motion plusieurs fois répétée et après un de ses plus éloquents discours que la Convention abrogea le fatal et inique décret.
Il prit part également à des discussions moins passionnées et fournissant moins matière à l'éloquence, sur l'organisation du gouvernement et des questions constitutionnelles. Benjamin Constant raconte qu'il avait fait lui-même un discours où il résumait ses idées, et que Louvet avait consenti à le lire à la tribune et à en prendre la responsabilité. Ce discours est, à n'en pas douter, celui que l'auteur de Favblas prononça contre le projet de Thibaudeauet de la commission des onze, qui, après l'insurrection de
germinal, proposait de centraliser le gouvernement. Dans ce projet, il s'agissait d'accorder au comité de salut public les attributions du comité de sûreté générale et d'autres encore laissées par oubli aux ministres. Louvet fait sentir ce que ce projet a de tyrannique, et nous trouvons dans son discours, exprimées presque dans les mêmes termes, les idées que Benjamin Constant développa si souvent dans sa vie de publiciste, entre autres la nécessité de séparer l'exécution de l'administration et le danger de créer un pouvoir à la fois souverain et irresponsable. Benjamin Constant prétend que le discours de Louvet n'eut pas de succès, et qu'il assista philosopbiquement dans une tribune à l'échec de son premier-né. Cependant nous pouvons croire, nous nous tenons au compte rendu du Moniteur, que la modestie de Benjamin Constant n'a pas eu à s'exercer autant qu'il le dit. Le discours de Louvet est plus abstrait, plus politique, et écrit d'un style plus ferme, mais peut-être plus froid, que ses productions ordinaires; cependant il contient des passages qui arrachèrent à plusieurs reprises les applaudissements de l'Assemblée. Ainsi : « On dit que t Robespierre n'est plus là. 11 n'est plus là, je vous en « rends grâce; mais je ne suis pas bien sûr que toute la « race des tyrans soit morte avec lui. Elle est de sa nature « très-vivace; le plus prudent est de ne pas s'exposer à la « ressusciter. Représentants, je sais bien que, lorsque le « tyran apparaîtrait, vous le saisiriez corps à corps et que « vous péririez plutôt que de souffrir qu'il accomplît ses « usurpations; mais ce qui importe plus à la patrie, ce n'est « pas que vous sachiez mourir sur les ruines de la liberté, « c'est que vous sachiez vivre pour défendre énergiquement « ses droits. (Applaudissements redoublés.) Que de maux « la patrie n'a-t-elle soufferts pendant dix-huit mois; à « quoi tint-il qu'elle n'eu souffrit davantage? Encore une « heure pour le tyran dans la nuit du 9 thermidor, et il « vous massacrait sur la chaise curule ; il jetait le peuple « dans la misère ou dans le crime, dans les armées révo-
« lutionnaires ou sur les échafauds. Croyez-en uuami de la. « représentation nationale et de la république, il est plus « aisé et surtout plus sûr de ne pas permettre des instituât lions favorables à la tyrannie que d'être réduit à faire « des révolutions contre les tyrans. (On applaudit.) Ce qui « peut rassurer le peuple, ce n'est pas que vous donniez « votre confiance à des hommes qu'il en croit dignes, c'est a que vous reveniez franchement et tout à fait aux prin- « cipes seuls vrais garants, gardiens fidèles, conservateurs « immuables de la liberté. (On applaudit.) Ils peuvent chan- « ger les hommes, vous en avez eu dans cette révolution « la triste expérience, mais les principes ne changent point. « (On applaudit.) Ce qui peut rassurer le peuple, ce n'est « pas qu'il n'y ait pas de tyran dans le moment actuel, « mais que toutes les institutions dont la tyrannie s'étaie « pour s'établir et dont elle pourrait s'appuyer pour s'é- « lever encore, soient à jamais détruites, soient à jamais « renversées. (On applaudit.) » Nous le répétons, il y a dans ce langage une précision, une gravité, et en quelque sorte un accent de réflexion qu'on ne trouve pas ordinairement chez Tardent Louvet. Ces idées d'ailleurs étaient bien les siennes; il demandait, quelque temps après, mais vainement, que les membres du comité de salut public fussent pris en dehors de la Convention. Il obtenait que le fameux comité fût privé du droit d'examiner la conduite des députés. « Tous nos maux sont venus de la confusion des pouvoirs! »
Les événements de prairial vinrent donner à Louvet un rôle plus conforme à son tempérament. Il fut un de ceux qui luttèrent avec le plus de courage contre les insurgés et qui se compromirent le plus. Il demanda au milieu de l'insurrection même, au moment où la Convention était assiégée et les tribunes envahies, que Ton prît des mesures énergiques contre les séditieux qui étaient plus près de vaincre que d'être vaincus ; il rédigea et fit décréter dans
les mêmes circonstances une proclamation aux* citoyens qui défendaient la Convention. Il fit, en un mot, ce qu'il fallait pour être de nouveau prosprit si l'insurrection eût triomphé. Aussi la Convention le chargea de prononcer l'oraison funèbre de l'infortuné Féraud, comme s'étant !e plus rapproché par son courage de l'héroïque jeune homme. S'il faut en croire le compte rendu du Moniteur, la harangue de Louvet eut un grand succès ; s'il faut en croire l'appréciation du rédacteur, on trouva qu'elle ne s'élevait pas à la hauteur du sujet. A la vérité, la lecture donne aujourd'hui raison au critique; l'oraison funèbre est presque toujours un genrê faux, et quand on n'a pas le génie deBossuet, on risque fort de n'aboutir qu'à l'emphase ou à un jeu d'esprit. La difficulté est plu3 grande s'il s'agit d'un événement politique qui réveille nos passions; alors l'oraison se transforme facilement en pamphlet ou en déclamation. Tel est le caractère du discours de Louvet, qui n'est qu'une longue et monotone succession d'accents d'indignaiion et de mouvements de sensibilité. Il donna carrière à tout son talent académique ; l'apostrophe, la métaphore et toutes les figures que recommande la .rhétorique y abondent.
Jusqu'alors Louvet avait suivi la réaction thermidorienne, mais sans prendre part h ses excès ; aussi dès qu'elle prit elle-même le caractère de la terreur et que la jeunesse dorée et les compagnies de Jésus furent visiblement des instruments de réaction royaliste, Louvet, toujours fidèle à ses convictions républicaines, ne craignit pas de rompre avec ses anciens amis, Lanjuinais, Larivière, qui pactisaient avec les meneurs de cette réaction. Il crut devoir faire la guerre aux nouveaux royalistes par tous les moyens possibles. Quoique ayant de l'autorité dans l'Assemblée, puisqu'il fut nommé successivement son président et membre du comité de salut public, quoique doué du talent d'orateur, il ne se contenta pas de ces moyens d'action, et il se résolut à redevenir journaliste. Il publia de nouveau la
Sentinelle*. Dès son premier numéro, il fit sa profession de foi avec sa franchise ordinaire : « Il est temps de le dire, c le fanatisme royal et^ religieux s'agite avec fureur ; il c organise à son tour la terreur et l'assassinat. Quiconque « a servi la révolution est signalé par lui terroriste et livré « à des hommes de sang. Triomphante au dehors, la patrie « est au dedans déchirée par les secrets agents des puis- « sances. En 1792, comme aujourd'hui, c'était contre la « représentation nationale que les agents de l'Angleterre « dirigeaient leurs efforts. Sans cesse ils ont espéré de la « dissoudre, sans cesse ils ont voulu l'avilir. Alors, seul, « j'osai défendre l'Assemblée nationale traînée dans l'avi- « lissement; j'osai défendre cet excellent côté gauche a contre lequel tous les Anglo-Français dirigeaient leurs « efforts. Ce que je fis alors parce que le péril était grand, « je veux le faire aujourd'hui. » Ce fut, en effet, le rôle qu'il prit, combattant à la fois le terrorisme et le royalisme, se ralliant à la majorité de la Convention en attendant qu'elle eût décrété la constitution.
A l'Assemblée, il suivit la même tactique que dans son journal. Membre de la commission des lois organiques, qui se transforma en commission constitutionnelle, il travailla activement à la constitution de l'an m, mais il la défendit plus souvent dans son journal qu'à la tribune. Cependant, un des meilleurs discours qu'il ait prononcés est celui où il soutint, contre des attaques très-vives et venues de divers côtés, la disposition de la Convention par laquelle elle s'arrogeait le droit de maintenir les deux tiers de ces membres dans les nouveaux conseils. L'argumentation de Louvet est toute politique, sans ornement oratoire ou littéraire, très-grave, très-modérée, ne faisant appel qu'aux sentiments de modétion et de prudence de l'Assemblée, ayant soin de glisser sur la question de principe qui, en effet, n'était pas soutenable.
La décision de l'Assemblée amena, comme on sait, l'insurrection de vendémiaire. Dès que les premiers symptômes
en éclatèrent, Louvet se prononça pour des mesures énergiques. Il vint donner à la Convention, au nom des comités, l'assurance qu'ils ne céderaient pas devant les factieux. Son petit discours est écrit d'un style net, bref, énergique, simple et ferme comme il devait être de la part d'un homme de courage parlant au moment du danger. Ce fut encore lui, comme au l* prairial, qui fut chargé par ses collègues de rédiger une proclamation au peuple français.
À partir de ce moment, les attaques du parti réactionnaire redoublèrent contre lui. Dès que la terreur de la défaite de vendémiaire se fut calmée, la jeunesse muscadine qui avait succédé à la jeunesse dorée, poursuivit Louvet de ses insultes. Elle s'ameutait contre lui à l'entrée de l'Assemblée, dans les rues; elle faisait des rassemblements, presque des émeutes au Palais-Royal, devant la boutique de librairie qu'avait fondée Louvet. Sa femme, si courageuse, si dévouée, qui lui avait donné tant de preuves, lors de ses malheurs, d'héroïsme et d'énergie, n'était pas même ménagée par cette jeunesse, maintenant si insolente, après avoir été si longtemps tremblante. Les journaux, les libelles activaient la haine du public; il était l'objet incessant de leur polémique ; naturellement on l'appelait terroriste, buveur de sang, etc.
Louvet se défendit comme il était attaqué, avec trop d'amertume quant aux personnes, ce qui l'entraîna à établir une sorte de solidarité entre les principes et les hommes, et à oublier qu'il avait dit lui-même que les principes sont les immuables conservateurs de la liberté, et qu'eux seuls ne changent pas. S'il s'était borné à attaquer Rovère et à le faire décréter d'arrestation, nous n'aurions rien à lui reprocher. Ce Rovère était un des personnages les plus singuliers de la révolution. Sans avoir jamais écrit ni parlé, il eut sur tous les mouvements une action mystérieuse dont nous avons peine à nous rendre compte aujourd'hui. Sans doute il avait des qualités d'homme d'action, de conspirateur habile, analogues à celles de Fouché, qui lui aussi
devint si influent sans écrire ni parler et, pour ainsi dire, sans paraître. Ce Rovère^ ainsi que l'appelle Louvet, avait été un terroriste des plus dangereux, un des montagnards les plus exaltés; maintenant il se livrait aux mêmes excès dans le sens contraire ; il était le chef, l'inspirateur de la jeunesse de Jésus; et le même homme qui avait, dit-on, dirigé les premiers massacres d'Avignon, dirigeait les massacres du Midi, « Ce Rovère n'est-il pas couvert du sang de Bar- « baroux ? N'a-t-il pas proscrit Mazuyer? La voix publique a ne l'accuse-t-elle pas d'avoir ouvert la glacière d'Avi- « gnon?... J'ai observé, je l'ai vu, ce Rovère, d'abord l'un « des plus exagérés de la Montagne, ne plus parler ensuite « que des rigueurs à exercer contre les exagérés. D'un a œil attentif, je le suivais pas à pas, ce Rovère; il avait, « comme terroriste forcené, provoqué le 31 mai; je l'ai vu o de tous ses moyens préparer la journée des royalistes le « 13 vendémiaire! » Si nous trouvons quelque chose d'exagéré dans ce langage violent appliqué à un homme obscur devant l'histoire, souvenons-nous que la Convention et le Directoire crurent aux accusations de Louvet : le mystérieux Rovère fut arrêté, puis déporté, et il mourut à Sinnaraari. Si même chose fût arrivée à Fouché, nous serions fort étonnés des attaques violentes que Robespierre a dirigées contre lui aux Jacobins, et l'obscurité de Fouché serait une preuve de plus donnée en témoignage contre le soupçonneux tribun. Cependant il est probable que Robespierre, en redoutant Fouché, ne se trompait pas.
Mais Louvet ne fut pas toujours bien dirigé par sa passion, et nous allons le voir donner, quelque temps avant de mourir, un démenti à ses idées libérales. Qui croirait qu'un homme, qui avait tant agi par le journalisme et qui avait tant usé de la liberté d'écrire, dût en arriver à prononcer contre la liberté de la presse un discours des plus violents de l'histoire parlementaire? On est attristé quand on lit, dans le discours de Louvet, les mêmes arguments qu'on a si souvent lus depuis dans les harangues de tant d'hommes
d'État qui n'ont pas une réputation de libéralisme. C'est e seul discours de quelque importance qu'il ait prononcé au conseil des Cinq-Cents; quelques mois après il mourut. Ce n'est certainement pas son discours qui l a tué ; cependant on y sent un accent de tristesse, de désespoir, de fatigue, qui indique une âme accablée et qui, après avoir beaucoup combattu, aspire au repos comme à une mort. Louvel, en effet, est mort usé par son ardeur, sa passion; il était jeune, il n'avait que trente-sept ans; il était aimé , il avait un enfant ; mais il ne lui était plus donné de se reposer dans l'amour et l'espérance; la flèvre de la révolution l'avait miné et dévoré; peut-être eût-il vécu davantage s'il eût été doué du tempérament du grave Sievès et du sage Cambacérès.
Mais qu'importé! Si la vie de Louvet fut courte et agitée, elle ne fut pas sans bonheur. 11 avait le don de se faire aimer. Non-seulement il l'était de ses amis, mais il eut la bonne fortune d'inspirer une passion dévouée, constante, et d'y répondre lui-même par uu amour non moins profond. Uni, après avoir été séparé par un mariage forcé, à la femme qu'il avait aimée depuis son enfance, il vécut près d'elle à la campagne dans la plus heureuse solitude. Quand la révolution vint les arracher à leur bonheur tranquille, Lodoïska, ainsi que l'appelle Louvet trop romanesquement, s'associa' à tous les dangers de son mari ; elle lui sauva plusieurs fois la vie en compromettant la sienne. Lorsqu'il mourut, elle ne voulut pas lui survivre, prit du poison, et ne consentit à recevoir les soins des médecins qu'à la vue de sou enfant, qui sans elle devenait orphelin.
Cet exemple d'un amour si fidèle, lié au nom de l'auteur de Faublas, le roman de la galanterie et de l'inconstance, aurait de quoi surprendre, si le dix-huitième siècle ne nous avait pas habitués à toutes les contradictions.
Eugène Maron.