DE QUELLE NATURE DE FIEFS SONT CEUX DU PAYS DE BEAUJOLAE
SOMMAIRE. — I. Le fief de Beaujeu pourquoi appelé sirerie et mm fa duché ni comté, — IL Quatre sortes de fiefs dans le Beaujolais comm Aleurs. — ///. Le fief d* honneur . — IV. Le fief -lige. — F. Ltfiifi retour. — VI. Le fief de retraite. — VIT. Qu^ est-ce que fief de dévciimâ quelle en a été la source ? — VIIL Le fnauvais tetnps qui donna aux pefn sujet de se prévaloir de la désunion des princes de la chrétienté. — IX. h Beaujolais fief de Imubert. — X. Qu est-ce que le fief de haubert} — XI. Qu'est-ce que chevalier, écuyer et seigneur banneret ? — XII. A ({W oti connaissait ces seigneurs de haubert, iavec les moindres seigneurs? - XIII. En ce quils prétendaient ne tenir leurs terres que de Dieu A à Vépà. — XIV. Un sous-vassal ne peut être seigneur de Haubert à mm que de relever immédiatement du roi. — XV. Qui ordonne par seslettm, aux souS'Vassaux de Beaujolais , de reconnaître le fief à leur seigneur, — XV I. Nul ne peut prendre la qualité de marquis, comte ou baron dumli Beaujolais.
I. — Apres avoir expliqué ci-dessus l'étymologic du fief, il conviîr: savoir de quelle nature de fiefs sont ceux de Beaujolais. Le >icur Gl.chenon, en son Histoire de Bresse, chapitre XII, fiiit quatre sorics è. fiels qui étaient autrefois en Bresse, qui depuis ont changé de tacc;': m'imagine qu'il en était de même en ce pays, du temps des premier^ seigneurs de Beaujeu qui s'étaient érigés en souverains, comme b comtes de Forez, de Mâcon, de Chalon et tant d'autres qui sVuier prévalus des désordres du royaume, sous et après le règne de Chr'^ le Simple, car si, dans le Beaujolais, il y eut eu une ville décorée du :i:ri
I. Dans le ms. T, ce chapitre est le XVe de la première partie; dans le ms. V. ï fait partie du chapitre III, seconde partie.
après la reprendre en fief du pape, sous le cens annuel d'une once d'or et, comme Innocent III, l'eut inféodée à Guillaume Raimond, évêque de Maguelonne, sous la prestation annuelle de vingt marcs d'argent, payables à chacune fête de Pâques, il y eut deux oppositions : Tune en ce que Raimond Pelet ' prétendait que la comté lui appartenait, l'autre qu'on soutenait que la comté, étant dans le royaume de France, le pape ne la pouvait donner que comme arrière-fief dont le fief dominant relevait de la couronne. Tels ont été Etelred, roi d'Angleterre, et, après lui, Jean, dit Sans Terre, qui se constituèrent vassaux de l'Église romaine, sous la redevance ou cens annuel qu'on appelait le denier de Saint-Pierre. Tels ont été les derniers rois de Naples, issus de Normands, qui, pour se maintenir dans la possession des terres qu'ils avaient conquises sur les Sarrazins, reconnurent les tenir en fiet du Saint-Siège, afin que personne ne vînt à les leur disputer, et ce en un temps où l'on craignait fort les foudres du Vatican qui avaient ôté la couronne aux rois de Pologne, qui avaient réduit l'empereur Henri IV à la mendicité après avoir gouverné l'Empire 52 ans, qui contraignirent Frédéric Barberousse à plier le cou sous Alexandre III, qui privèrent Frédéric II de l'Empire pour n'avoir voulu fléchir aux volontés d'Innocent IV et qui en auraient fait autant à Louis de Bavière s'il n'eut plus appréhendé l'épée de saint Paul que les clefs de saint Pierre. Je ne dis rien du comte de Toulouse qui perdit ses états, aussi bien que celui de Carcassonnc et Béziers, et plusieurs autres seigneurs signalés de Languedoc pour l'incours de l'hérésie, non plus que de la reine Jeanne de Navarre qui en aurait autant souffert si le roi Charles K, son proche parent, ne se fût opposé à la fulmination qui la privait de ses états, quoique ses prédécesseurs eussent perdu le plus beau de leur royaume pour avoir adhéré à Louis XII, déclaré ennemi de Jules n.
Vin. — Il est vrai qu'il faut dire là-dessus que, lorsque les papes s'attribuèrent le pouvoir de disposer des royaumes et des états, et de les mettre à l'interdit et les donner au premier conquérant, c'était un temps auquel toute l'Espagne était remplie de Sarrazins et qu'il y avait dans ce pays-là quatorze royaumes ou principautés souveraines, entre
j . J : Tune en ce que la comte lui appartenait, l'autre qu'on soutenait.
point dans ce pays aucune ville décorée du titre d'évêclié, ils ne laissaient pas d'aller de pair avec les ducs, marquis et comtes, puisqu'ils étaient hauts justiciers et avaient deux degrés de juridiction comme ils ont encore, car avoir bailli n appartient qu'aux seigneurs de haubert, c'est-à-dire qui relevaient nuement du roi S et ce mot relever ne concerne pas la nature du fief, mais de la juridiction, et anciennement tous les seigneurs de fief de haubert avaient ce droit, prééminence et autorité que les appellations de leur bailli allaient immédiatement à la cour de Paris * ; lesdits seigneurs créaient des notaires en leurs terres, avaient leur scel, donnaient des sauvegardes à leurs sujets, faisaient apposer brandons, lesquels il n'était licite d'enfreindre, nul officier du prince n'eût osé entreprendre exercice de son état en la juridiction du seigneur de la qualité première, et si quelqu'un l'eût entrepris sans demander permission au seigneur ou à ses officiers, et requérir assistance, il était constitué prisonnier et condamné à grosse amende et, s'il fallait signifier quelque chose à ces hauts barons, on envoyait un huissier ou sergent d'armes du roi, et cela en un temps qu'il n'était pas permis à un roturier d'acheter un fief noble.
X. — Quant à l'explication du fief de haut ber et par corruption de haubert, il faut savoir que le mot ber signifiait baron et que, pour distinguer les grands seigneurs d'avec ceux qui ne l'étaient pas, on les appelait seigneurs de hautbert, car, quoique les noms de baron et seigneur soient quasi de même signification, toutefois le nom de baron a quelque chose de plus que celui de seigneur et on peut dire que tout baron est seigneur, mais que tout seigneur n'est pas baron.
XI. — C'est la même différence qu'il y a entre chevalier et écuyer, ces derniers allaient après les chevaliers et apprenaient à bien faire à leur suite et étaient comme pages appelés couteliers et ne pouvaient s'armer de brigandines qui étaient chemises ou cottes de maille ; il n'y avait que les barons qui eussent ce droit qu'on appelait feudum loricXy et qui eussent le privilège de porter le haubert, c'est-à-dire équipage d'homme d'armes, et, quand le roi mandait à ses hauts barons de l'aller accompagner et servir en guerre, ceux-ci mandaient aussi leurs
I. G : Saint-Julien-de-Baleure en ses antiquités de Bourgogne. — 2. L, T, C, B, J : cour des pairs.