Mémoires de M. de Coulanges
M. de Coulanges se trouvoit à Rome au moment de l'exaltation des papes Alexandre VI II et Innocent XII. Il y avoit accompagné le duc de Chaulnes, charge de négociations que rendoient nécessaires les difficultés survenues entre les deux cours, sous le pontificat d'Innocent XI. Admis dans L'intimité de l'ambassadeur et de plusieurs de nos cardinaux, Coulanges a été instruit de tout ce qui s'est passé, et, à son retour en France, il en a écrit la relation. Son ouvrage présente un grand nombre de particularités inconnues, et Ion ne peut douter qu'à l'avenir il ne tienne sa place dans la série de nos mémoires.
Coulanges n'éci ivoit que pour fixer ses souvenirs; il laisse aller sa plume, et ne soumet son style à aucune correction. L'éditeur a été obligé de faire disparoitre quelques négligences que l'auteur auroit sans doute effacées, s'il eût pensi que sa relation fût destinée à voir le jour.
Il n'étoit pas donné à Coulanges de sroccupei long-temps d'objets sérieux ; aussi a-t-il entremêlé les faits les plus graves du récit de ses délasse-
ments (i). Un couplet satirique y suit immédiatement une discussion sur nos libertés gallicanes , ou le détail des intrigues du conclave. A ces traits on reconnoîtra le chansonnier, dont on n'auroit retenu qu'un petit nombre de couplets , s'il n'avoit pas été le cousin de madame de Sévigné. Cette femme à jamais célèbre est devenue l'amie de ses lecteurs ; ils aiment ceux qu'elle aimoit; ses parents ne leur sont point étrangers; à sa considération nous avons plus d'indulgence pour celui qu'elle appelle le petit Coulanges. En lisant les lettres qu'elle lui adressoit à Rome, on regrettoit de ne pas connoître celles qu'il lui avoit écrites ; l'ouvrage que l'on publie comblera cette lacune ; on y trouvera Je récit des événements qui dévoient y être contenus.
On s'est livré à des recherches multipliées pour entourer ces mémoires d'éclaircissements indispensables. Coulanges, bien qu'il eût été magistrat, ji'avoit pas approfondi des études dont le nom seul l'auroit épouvanté; on a été obligé de redresser quelquefois ses assertions. Peut-être auroit-on dû combattre plus souvent des opinions énoncées avec trop de légèreté; mais n'étoit-il pas à craindre que des discussions sur des objets si graves ne
(i) Les chansons de Coulanges ont été rejetées dans les notes, pareequ'ayant été publiées, elle ne tlevuient pas , aux termes de nos lois sur la propriété littéraire , se trouver confondues avec des ouvrages que l'on donne pour la première fois au public,
DE L EDITE LA. VlJ
parussent déplacées dans un livre consacré à la littérature? on ncn donnera qu'un exemple: Le pape Alexandre VIII, agitant avec le cardinal de Bouillon des questions que l'affaire desbulles avoit fait naître, il paroît que le cardinal proposa de faire écrire à sa sainteté par les évéques nommés une lettre concertée, a Le pape dit au cardinal qu'il «comptoit pour tout ce qui viendroit du roi, et « pour fort peu de chose ce que feroient les évé- « ques nommés; qu'il connoissoit assez bien le u système de la France , et à quel point l'autorité du « roi y étoit parvenue, pour savoir que les évéques «n'y auroient d'autres sentiments et d'autre re- «ligion que celle du roi, etc. (i). » On ne peut s'empêcher de déplorer l'erreur dans laquelle Alexandre VIII s'étoit laissé entraîner par les opinions ultramontaines , mais on n'a pas cru convenable de le réfuter. Le clergé de France n'a-t-il pas assez prouvé dans ces derniers temps qu'esclave de son devoir et de sa conscience il étoit sourd à toutes les séductions? Nos rois, d'ailleurs, depuis saint Louis, n'ont cessé de montrer qu'ils savent allier la défense des libertés tu tel aires de l'église de France, avec la soumission et la vénération profonde qui sont dues au souverain pontife, successeur de saint Pierre.
Le manuscrit des Mémoires de Cou/anges est entièrement écrit de sa main; il forme un volume
(0 V<yt* pag. 182.
YUJ AVERTISSEMENT
petit in-folio. Déjà l'éditeur en avoit annoncé l'existence dans la notice bibliographique qui précède son travail sur les lettres de madame de Sévigné, et dans quelques notes de ce dernier ouvrage.
Coulanges a écrit aussi la relation de son premier voyage d'Allemagne et d'Italie, en 1637 et en i658; les morceaux qui présentent de l'intérêt en ont été extraits ; il y parle de sa famille, et l'on aime à le suivre dans les diverses cours d'Italie, où , à l'aide de recommandations puissantes , il fut reçu comme un grand seigneur. Ce morceau servant en quelque sorte d'introduction a été imprimé avec les caractères adoptés pour les pièces préliminaires des lettres de madame de Sévigné. Le manuscrit de ces mémoires mérite toute confiance, quoiqu'il ne soit pas de la main de l'auteur; plusieurs notes de l'écriture de Coulantes prouvent assez qu'il est digne de foi.
Ces mémoires sont suivis de deux lettres inédites écrites par Coulanges à la marquise d'Uxelles.
A la suite des Mémoires de Coulanges, l'éditeur a placé des lettres de madame de Sévigné qui n'ont pas encore été publiées ; ce sont deux billets adressés à Ménage et dix lettres écrites à M. du Plessis , ancien gouverneur du marquis de Grignan. On y retrouve madame de Sévigné tout entière. A côté de ses meilleurs écrits se placera le tableau des prouesses du chevalier de Pomponne à Fleurus(i ,:
(1) Voyez la lettre 6, p^g. \\o de ce volume.
de l'éditeur. ut
la huitième de ces lettres complète de la manière la plus piquante celle adressée à M. de Lamoignon sur le gain du procès de MM. de Grignan; la douzième peint avec originalité le moi trop étendu de l'homme qui renonce au célibat; chacune des autres auroit mérité une mention partieulière dans cet avertissement.
Ces nouvelles lettres ont été copiées sur les originaux. M. Tarbé possède ceux des lettres à Ménage, et les lettres à M. du Plessis ont été acquises de M. Tard y, demeurant à Saint -Etienne -enrôlez.
On y a réuni quelques autres lettres écrites par l'abbé de Coulanges, par madame de Sévigné et parle marquis de Sévigné à différentes personnes, relativement à la terre du Buron ; celles-ci n'ont pas l'intérêt des précédentes, mais elles ont au moins le mérite de montrer avec quelle habileté madame de Sévigné manioit le style des affaires, on diroit presque celui du palais ; elles expliquent d'ailleurs des passages obscurs de lettres que l'on connoissoit déjà.
Les originaux de ces dernières lettres appartiennent à M. le chevalier de Ilersart, propriétaire actuel de la terre du Buron. Il a eu la complaisance d'envoyer des copies certifiées de lui, qu'il a soigneusement collationnées.
L'éditeur a cru devoir joindre aux lettres de madame de Sévigné quelques pièces tirées des manuscrits de Pomponne, qui font partie de la
bibliothèque de Monsieur, et dont M. l'abbé Grosier, qui en est l'administrateur, a bien voulu lui donner connoissanee. Ce sont des lettres d'Arnauld-d'Andilly , de M. de Pomponne, son fils, du cardinal Mazarin et même de Louis XIV. On y trouve la lettre que ce monarque écrivit à M. de Pomponne pour l'appeler au ministère. Toutes ces pièces sont importantes pour l'histoire : elles ajoutent encore au caractère de grandeur que Louis XIV a imprimé à son siècle. On y verra un ministre vertueux qui , en recevant de la main du roi la nouvelle de son élévation , n'est rempli que du sentiment des nouveaux devoirs qu'elle lui impose. Un billet écrit par mesdames de La Fayette et de Sévigné s'est encore retrouvé au milieu de cette correspondance.
Un véritable trésor, étranger à madame de Sévigné , enrichit ce volume , que désormais on ne séparera plus de ses lettres. Comment appeler d'un autre nom les opuscules de La Fontaine qui terminent ce recueil? Un avertissement particulier les précède ; il fera connoître en quoi ils consistent.
Quelque soin que l'éditenr ait apporté à la rédaction de ses notes sur les lettres de madame de Sévigné , il lui est échappé quelques erreurs qu'il s'est empressé de rectifier dans ce volume. L'une est relative au cardinal de Bouillon, l'autre à l'hôtel de Ne vers (i).
(i) Poyespag. 353 et 4;i.
de l éditeur, xj
Il en est une troisième qui n'a pu trouver sa place dans les notes auxquelles ces pièces nouvelles ont donné lieu ; on la rétablit ici.
Madame de Dreux , dont il est parlé dans les notes de la lettre 1288, s'appeloit Marie-Marguerite Bodinet; c'est à tort qu'elle a été confondue avec Catherine - Françoise Sainctot, femme de M. de Dreux , le maître des requêtes , dont l'aventure a donné lieu à un joli couplet de Coulantes.
N. B. On a placé dans ce volume :
Pag. 285 , la gravure d'une médaille relative au cardinal
de Bouillon.
Pag. 3q5 , le portrait de la marquise de Louvois.' Pag. 4^8, un fac-similé de V écriture de l'abbé de Coulanges. Pag. 55j , un fac-similé de [écriture de La Fontaine.
Le libraire -éditeur vient de publier les portraits de Henri, marquis de Sévigné, mari de madame de Sévigné ; et de Charles, marquis de Sévigné, leur fils, ils ont été copiés sur les originaux par M. de Châteaubourg. Ils sont gravés pour la première fois par C M. F. Dien , dans les mêmes proportions que les six portraits qui font l'ornement de l'édition des Lettres de madame de Sévigné , de sa famille et de ses amis.
On les vend séparément.