‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 26 sur 46 · LETTRES OK M. DE POMPONNE · texte numérisé non relu

LETTRES OK M. DE POMPONNE

tion (i). Je vous prie de recevoir de même une autre nouvelle que j'ai à vous dire, et a laquelle vous devez être prépare* depuis long-temps, puisque ayant toujours vécu avec vous, non pas comme avec mon fils, mais comme avec mon frère, je n'ai point eu de sentiments que vous n'ayez sus : c'est que Dieu me pressant, il y a plusieurs années, de renoncer absolument au monde pour pleurer mes péchés, et le servir le reste de ma vie dans la solitude, il m'a enfin fait la grâce, depuis la mort de mon incomparable ami (2), de m'y résoudre, et de n en différer l'exécution que d'environ une année, dont j'estime avoir besoin pour donner ordre à toutes les affaires de ma famille et particulièrement aux vôtres , puisque vous êtes le seul qui restez aujourd'hui dans les engagements du monde. Faites-moi, je vous prie, voir que

(i) Antoine Arnauld, l'aîné des enfants de M. d Andilly, venoit de quitter l'épée pour entrer dans I • tat ecclésiastique.

(2) Jean du Verger-de-Hauranne , abbé de Saint-Cyran , ëtoit mort le 11 octobre. M. d'Andillv, dès l'année 1620, avoit contracté avec lui une étroite liaison. ( foyez les Mémoires de Lancel«>i , m. m. I, |»..<;. 281.) Comme cet abbé a ét<: en France l'apôtre du jans< m>me , l'amitié qui l'unissoit à M. d'Andillv 1 uisil beaucoup à ce dernier et à sa famille , comme on le Terra dans les deux lettres du cardinal Muai in, qui »<>m à la suite de celle-ci.

vous m'aimez , en préférant mon véritable bonheur aux avantages que vous pourriez espérer de ma présence, et que tant de preuves vous ont montré n'être qu'imaginaires, de sorte qu'il iaudroit s aveugler volontairement pour croire encore que je vous sois fort utile. Dieu, qui est seul votre vrai père, suppléera de telle sorte à mon absence , que vous manqueriez de foi si vous doutiez qu'elle ne vous fût favorable ; puisque je ne le quitte que pour le chercher, et pour vous procurer par mes prières une assistance que vous ne pouviez attendre de mes soins. Que si votre tendresse pour moi vous empêche de comprendre d'abord ces vérités, je n'ai pour calmer votre esprit entièrement qu'à vous prier de considérer attentivement ces trois paroles: prœteril enim figura hujus mundi, et à vous faire souvenir, si vous l'avez oublié , de la promesse que vous m'avez faite de lire tous les jours avec humilité un chapitre du nouveau Testament; car je suis assuré que vous ne demeurerez guère sans admirer la grâce que Dieu m'a faite, et l'en remercier pour moi de tout votre cœur ; c'est là le plus grand témoignage que vous puissiez jamais me donner de votre affection , et de cette affection chrétienne et généreuse , qui ne s'aime point en autrui, mais qui aime ceux qu'elle aime pour l'amour d'eux-mêmes. Vous mavezvu, mon fils,

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