DE II. DE POMPONNE. 4<P
De Mesdames DE La FAYETTE et DE Sévi à M. DE POMPONNl •
De Madame de La Fayette.
A Frcsnes , ce icrmai 1666.
Je suis si honteuse de ne vous avoir point écrit depuis que nous êtes parti, que je crois que je naurois jamais osé m\ hasarder sans une belle occasion comme celle-ci. A l'abri des noms ( 1 ) qui sont de l'autre côté de cette lettre, j'espère que vous vous apercevrez du mien. Aussi bien il v en a un qui le suit assez souvent. Mais apparemment puisqu'il est question de mademoiselle de Sévigné, vous juges bien que Ton ne parlera plus de moi, au moins sur ce propos ; car pour ne plus parler de moi , ce n'est pas ebose possible à Fresnes et à Fhô-
(0 H paroît que M. ei madame deitaénégaud., et M. de La Roche 'oucauld avoico.1 écril •> M. da Pomptone il.ur/ la même lettre ; leurs billets i/out pas été retrov
4o6 LETTRES
tel de Nevers. J'y suis le souffre-douleur , on s'y moque de moi incessamment. Si la douceur de madame de Coulanges et de madame de Sévigné ne me consoloit un peu, je crois que je m'enfuirois dans le Nord.
De Madame de Sévigné.
Pour moi, je suis comme madame de La Fayette : si javois encore été long-temps sans vous écrire, je crois que je vous aurois souhaité mort pour être défaite de vous; chi offende non perdona, comme vous savez. Cependant cent été grand dommage, car j'apprends que votre excellence fait autant de merveilles dans le Nord (1 ) qu'elle se fait aimer quand elle est à Fresnes. Je suis donc fort aise de vous écrire, afin de ne vous plus souhaiter tant de mal. Nous sommes tous ici dans une compagnie choisie ; si vous y étiez il n'y auroit rien à y désirer. J'ai causé ce matin deux heures avec monsieur votre père ; si vous saviez comme nous nous aimons, vous en seriez jaloux. Adieu , monsieur lambassadeur;
(i) M. de Pomponne avoit fait le 24 février préce'dent son entrée solennelle à Stockholm, comme ambassadeur extraordinaire du roi.
Dr: M. DE PiOMPOH i 497
si monsieur I V\ êque de Munster 1 ; voit cette Lettre, je serai bien aise qu'il sache que je vous aime de tout mon coeur.
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De M. de Pomponne à M. et à Madame, m Plessis-Guénégaud.
(Stockholm) 5 juin 16G6 (:>.).
Rien ne fait un effet si bizarre qu'un Juillet de Fresnes reçu dans !<• nord. II donne mille joies et mille chagrins; il adoucit et augmente Les douleurs de l'éloignement , et il aide à supporter le poids de l'ambassade, en le rendant encore plus pesant. Vous jugez bien en ef-
(1) Christophe Bernard Van-Galen, prince-évéque de Munster, «homme féroce, «lit le P. d'Avrigny (sous Vanu née i665), et plus propre à porter le mousquet que «' la crosse ci la mine •> , venoil de faire une alliance avec l'Angleterre contre les Hollandais, et l'on pouvoit craindre que se- troupes n'arrêtassent le courrier qui «1
j>« > ri t- 1 les dépêches.
(2) J'ai déjà annonce l'existence de cette lettre <l mi une uote de la l< ttre [8 de madame <l< S. %i;;u«:. Elle roule sur <les plaisanteries de soi u U - et des [eus de tli
(jui avoient lieu cher madame «le Guénégaud.
fet , incomparable Amalthée , et vous illustre Alcandre , car Dieu me garde de vous séparer ! combien l'on est sensible au plaisir de voir daiiS une même lettre les noms de Sévigné , de La Fayette et de La Rochefoucauld , et combien Ton souffre en même temps , n'ayant presque manqué aucune des actions mémorables de Fresnes , de ne s'être pas trouvé à lune des plus signalées. J'y ai vu la Brevone sortir plus d'une fois de sa grotte ; j'y ai joué mon rôle dans la surprenante aventure de la comtesse de Bourgogne ; j'ai été témoin des diverses transformations de Louis Bayard ; j'ai été présent au fameux opéra de Yittoria et de dom Carlos ; mais surtout je me suis trouvé à l'aventure célèbre des deux Paladins , dont l'un fort ingambe , et l'autre , avec sa permission , un peu béquillarcl , disputèrent 1 épée enchantée pour délivrer l'infante que l'on enievoit. Enfin rien ne m'étoit échappé de remarquable depuis la naissance des Quiquoix (i): mais aujourd'hui, et j'ai bien envie d'en murmurer contre l'ambassade , j'ai manqué le salement de mademoiselle de Sévigné (2).
(1) Nom {jcncrifjue que se donnoient les personnes qui eomposoient la société' de Fresnes.
(2) Il s'agit sans doute de quelques mystifications qui, à li ramp.irjne, procurent quelquefois d'agréables distinctions.
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De tout ce que | ai jamais \ u et i m indu au p de Brevone, rien ne m'a paru si digne de curiosité. Je ne sais pas si notre i.... en a salé beaucoup ei sa i te - je répondi ! i in «ju'il n'en n jamais laie de telle. Mais pas
crue!- tous tant que rov êtes «le ne me |><>mt explique] de tels mots? ei faudra-t-il que j'apprenne uni langue noui elle Lorsque je rei <lrai en mon cher pays de la Vernette ? Quelle honte qu'il ne se trouve personne parmi qui ait cette charité pour un pauvre Q dépaysé! El < :ette madame de La Fayette à qui l'on me renvoie, n'auroit-elle pas mieux fait de me le dire, que de m'apprendre que Ton se moque délie depuis le matin jusqu'au connue si ce m'étoit une N nouvelle?
Elle a été moquée et le n je L'ai été avant elle et le serai : enfin , c'esf un bonneur que nous partagerons long-temps ensemble. Pour madame de Sévigné , je comprends qu'elle avoit assez d a i voir saler sa |>;m\ re lilîe.
pour ne lui pas re] km lier de m en avoir ca< hé ie mystère, et pour n'avoir qu'à la remercier très humblement des marques de son amitié qu'elle a bien voulu basarder à la discrétion de M. de Munster. Tout cela me donneroif un
(i) Ce nom est en blanc dani la copia «le 11 nmii. tVArnauUI-il Andilly.
grand sujet, si je le voulois, de me plaindre de ma bonne fortune, qui ma fait perdre des biens que ma mauvaise m'avoit conservés ; mais comme vous ne m'en plaindriez guère sans doute, il vaut mieux que je m'en taise, que j'enferme six ou sept remerciements en un , et que je conjure toute l'illustre troupe qui s'étoit rassemblée sur la Brevone d'honorer toujours de son souvenir l'homme du monde qui s'y souhaite le plus, en si belle et si bonne compagnie.