DE M. D I" POMPONNE
;t\oit conçu de le-lime. et que ce m'en devoit
être une assez grande marque «pic l'affaire qu'il me confioit. Je lui ai répondu que l'honaeur que sa majesté me faisoit me combloil d'autant plus de joie, qu'ayant cm l'honneur de le sen ir depuis plus de \ ingl ans , je commençois à le faire ('ans un temps qu'elle < - f « » i r elle-même le juge et h- témoin du zèle et de la fidélité de ses Berviteurs. J'y ai ajouté de nouvelles protestations «le ne rien oublier pour répondre aux grâces qu'il lui plaisoil de me faire ; à quoi il m'a dit d'un air obligeant qu'il - ait end oit (pie je le Servir OIS très bien, et «pi il
étoil persuadé que sa satisfaction passe roil même l'espérance qu'il en avoit. Il m'a reparlé encore du sujet de ma négociation, et m'a dit qu'il ne ni en disoit pas davantage, pareeque j'en étois assez instruit par les entretien- que pavois eus avec M. de Lyonne, et par l'instruction que j'avois; qu'il croyoit que l'importance de l'affaire me porteroit à le Bervir encore avec plus de soin. Sur quoi je lui ai dit que l'importance des choses ne poui oit rien ajouter au plaisir de suivre ses ordre-, dans tout ce qu'il faisoit l'honneur de confier, i I que tout «toit important , <\i^ que Ton ctoit
assez heureux pour lui obéir. Il m'a dit eut OEC
quelque chose, et je me suis retiré plein d admiration , comme le reste du monde qui l'en-
tend parler, de l'esprit, de la netteté et de la grâce qui accompagnent tout ce qu'il dit (i). il m'a dit de partir et de faire le plus de diligence que je pourrois. Voilà à-peu-près quelle a été mon audience, que je vous mande plus mal fagotée qu'elle n'a été, mais qui m'a paru s'être passée assez bien. Je prendrai demain congé des reines et de Monsieur , après quoi je partirai pour tout le monde lundi ou mardi , et j'irai passer le jour de Noël avec vous.
Le mariage de M. de Bertillac (2) fut fait liier; je l'ai vu aujourd'hui, il en a autant de joie que son fils. Vous lui écrirez et à madame de Montmort.
(1) L'abbé Arnauld a très bien développé ce que son frère dit ici du roi : « M, de Pomponne nous disoit avec u admiration et une espèce de ravissement, qu'il éloit u impossible de s'imagine)* la grandeur, la pénétration et «les lumières de son esprit, et avec quelle justesse il « disoit les choses , avec quelle douceur charmante dans « ses yeux , et quel agrément dans toute sa personne , « quand il se défaisoit de la majesté, et de cette mine « haute et fière dont il se revêtoit dans le public. » (Mémoires de l'abbé Arnauld, IIIe partie , pag. io4)
(2) Nicolas-Jehannot de Bertillac, marié le 17 décembre i665 avec mademoiselle Anne-Louise Hubert de Montmort. Madame de Sévigné fait le récit de la mort de cette dame dons la lettre à sa fille, du 24 janvier 1680.
i>r. M. i>i. POMPONNE. 4^7
Dr M. i.i PlESSIS-Gi 1 M G W l) a M. DF.
Pomponne (1).
Du y. ru il Ion (■>), le 13 de mars r6£6.
Nous sommes fort assurés, mon cher Céli- (laiiKint 3 . <]n«- la grandeur de voue emploi ne
lions dérobe lien 3e votre souvenu-. et qu'au
plus fort de la plu- importante1 négociation de
(1) Cette lettre < t la r< ponse <|ui la suit <>nt été 1 onserrées par Ai ii.miUI-iI' Amlillv. J'ai déjà |>u.l>Iir dans l'édition 4*s lettres do madame <!<• Sévigné une lettre que cette dernière a écrite .1 M. (!<• PoufpOnne, et qui seroil perdue si .M. Ainauld-d'AiulilU n'avoil pris l< précaution de la copier. : Voya la notice bibliogrqphi- </)<< , m téta de Tédit ion <.!<■ 101S, el La lettre 4s.) J'ai balancé d'abord à insérei i<i le billet de H. d<- Quénégaud et la réponse de Pomponne. Il -\ tvoum <l: - plai- Baatemus de société dont il eaJ peut-être impossible de donner aujourd'hui ta < l< 1 Je n'ai cependant pas em <1< - \mm supprimer cei pièces ^ que d'autres plus babil jilii> li.iu.iiv |iiiuM'init «\|>li.|iK r un jour.
(•>) On fi» .11 .|uc le / ( , tiUon »^t un lieu dépendant <1« la terre de l reanes
(3) Nom de roman bous lequ< 1 <»n <l. siçm 11 M. de Pomponne dans la l i in< -
l'Europe , vous n'avez pas moins de plaisir à recevoir des nouvelles de la Brevone (i) que vous eu aviez, lorsque vous étiez dans cette profonde oisiveté, qui vous faisoit perdre le repos. Mais hélas ! notre pauvre Brevone n a plus cette gaieté que vous lui avez vue autrefois , et quelque effort que fasse Amalthée (2) , par cette grandeur dame que vous connoissez en elle, pour réjouir toutes ses nayades et tous ses tritons, on est si fort touché des affaires (3) de cette illustre reine des douze maisons, que je n'ose nommer par respect, qu'aucun de nous ne peut être dans son naturel. Vous crovez bien que votre absence aide fort à nourrir nos déplaisirs, et que si vous étiez avec nous, vos conseils nous foi tifieroient , et la part que nous vous verrions prendre à nos peines les adouci-
(1) Petite rivière qui se jetoit dans la Marne, à peu de distance de Fresnes. Elle a été de'tournée dans ces derniers temps , et elle contribue aujourd'hui à alimenter le canal de l'Ourcq.
(2) Nom que l'on donnoit à madame de Guénégaud. (Voyez la lettre de madame de Sévigné à M. de Pomponne, du 18 novembre 16G4, n° 34, et sur-tout la lettre du Ier août 1667, n° 48 de notre édition.;
(3) M. de Guénégaud , trésorier de l'épargne, avoit été condamné par la chambre de justice à rapporter une somme considérable. Ce sont sans doute ces pénibles affaires qui jetoient la tristesse dans le château de Fresnes.
i»r. \[. D] POMPONNE, roit. Nos muses, quelque éveillées qu'elles soient, sont tombées dans un si étrange assoupissement que nous craignons qu'elles rçe meurent. Il faut I»'- tourmenter - ins cesse pour les faire parler, mais il n\ ;i |».i- moi en de les tenir dans leur belle humeur:
I . - as qu'on les saigne souvent , I .11 exti ême mélancolie Les feroil retomber plus vite que le venl Dans leur premièi e léth n
Nous espérons pourtant que la mauvaise fortune ne triomphera jamais de la justice de la c&useà'Anaxandre r). Ainsi ne vous affligez pas trop. II y a grande apparence qu'à votre retour forage sera dissipé, et que les jeux et les ris qui se sont allés promener pour quelques mois, reviendront eu même temps que vous habiter les beaux déserts de la / ernx l Nous VOUS Conjurons <le nOUS aimer toujout -
et d'être pet suadé que nous serons toui
vie inviolablement à VOUS
(i) M. du Plessis-Guéuégaud se dési
pi la n | m mi-<« (!<• Pomponni Antucandre est réuni a la reine -/^ doux* . qui
n'est autre que madame <lu Plessis-Gu< négand.
(a) Ce nom e^t sans doute celui rie quelqa environs Je Freines . de même que le Vernillon.
L'W\-W«W\'V1'»-W\'W\-Wl»,WVW«l'%'\-»'4,'V
De M. de Pomponne a M. du Plessis-
GUENÉGAUD.
Stockholm, ce 17 avril 1666.
Je ne vous dis point, mon cher Alcandre{\), la joie que me donne le souvenir de nos nymphes et de nos tritons; s'il a souvent adouci l'exil de vos montagnes, il fait aujourd'hui ma consolation au milieu des neiges et des glaces de la Suéde, et il ne peut pas moins contre le chagrin du nord qu'il peut sans doute contre celui des Pyrénées (2). L'amitié de la Brevone remplit en tous lieux le cœur de seshabitants: î'éîoignement augmente la passion que Ton a pour elle, et un triton qui y a été nourri comme moi, soupire sans cesse pour son aimable cours. Quoique je nage en pleine eau , comme vous voyez, et qu'après avoir traversé les plus beaux fleuves d'Allemagne , j'aie pres-
(1) Nom romanesque de M. du Plcssis-Guénégaud. [Voyez une note de la lettre 48 de madame de Sévigné).
(2) 11 p^roît que M. de Guénrga d, en sortant de la Bastille , fut envoyé en exil près des Pyrénées.
df. m. ru: pompon \ r ui
que nujouni liui toute la m< i Baltique pour me promener, je me trouve loin de la Brei un \ rai poissou hors <leTeau; car de nous auîxi tritons a an poisson il \ 0 peu «le différence. Un 4e nos canaux nae paroi 1 pr< : à tontes
les mers que j'ai courues, et (es cours des princes que j'ai trouvées >m leurs cotes ne k i vent qu'à me faire regretter davantage celles du Vernill >n et de la Vjprnette. Mais que les
nouvelles que VOUS ni en donne/, mon cher Aie. nuire, augmentent encore nia douleur de
le- avoir quittées, et que toui inutile que 1 on se sente pour soulager les peines d'Amalthée, on sou lire de ne pouvoir les partager avec 1 Que je juge aisémem que m*- bois en sont plus mélancoliques qu'à leur ordinaire, et le bruit de nos ruisseaux plus triste ! mais, que je com prends en même temps combien elle seule soutient par la grandeur dame qui lui est naturelle, ce qui leur re-le encore de leur
première 'gaieté et de leur1 agrément! J'espère
toutefois aussi-bien que vous que cette 1er.. et la bonté de la cause dissiperont bientôt lès
images qui ont trouble la Ira:: [milité de : campa;, nés, et que vous aire/ OOntribu*
i« mire le premier calme à • - forêts ei à qw prairies ,(i). Alors .-i la tristesse en a banni
(1) En revenant de son exil.
pour quelque temps les Muses et les Grâces qui les suivent, je suis assuré qu elles y reviendront bientôt à la suite de la nymphe d J Allier '(i). Elle sait toujours où les prendre , et de quelque lieu où elles se soient réfugiées , je réponds qu'elles marcheront au premier ordre qu'elle leur en donnera. Vous croyez bien que pas une d'elles n'a voulu me faire compagnie dans le Nord, et que des demoiselles nourries au doux climat de la Grèce ne s'embarquent pas volontiers pour la mer glaciale. Pour peu que j'y eusse conservé de ce feu qui me fit autrefois soutenir avec quelque honneur les intérêts & Elise , dans une dispute assez célèbre (2), j'aurois fait plus d'une
(1) Je crois que Pomponne désigne par cette expression Anne de Gonzague , fille du duc de Nevers , connue sous le nom de princesse palatine. Elle habit oit fréquemment ses terres depuis que le cardinal Mazarin l'avoit obligée de donner sa démission de surintendante de la maison de la reine. Cette princesse, amie de Fouquet ( voyez \a lettre 38 de madame de Sévigné), étoit liée d'amitié avec M. du Plessis-Guénégaud , M. de Pomponne, madame de La Fayette, etc.
(2) Cette dispute, célèbre dans la société de Fresnes, est aujourd'hui totalement inconnue. Élise ne peut être que madame du Plessis-Guénégaud , qui étoit Elisabeth de Choiseul, fille du maréchal de Praslin. Pomponne fait ici mention de ses poésies. On a de lui trois madrigaux, qui font partie de la Guirlande de Julie j il y
DE M. DE POMPON ! /\f)3
stance pour la remercier <!<■ l'honneur de son souvenir. Cléodore auroit eu une grande part dans mes ver-, ci j'y aurois témoigné ma joie
de \ou le- nom- d l.i idndrc et «le Mettante
parmi ceui des habitants «le la Brevone. Surtout (jnc u'aurois-je point dit de la reine des douze maisons? et jusqu'où û'aurois^e pas porté sa Fermeté et l'intégrité d'Anaxandre ? Pour Ti/nante, je n'aurais osé dire tout ce que i'aurois senti <Ie sa \ ertu et <lc son mérite; niais qubjessum rapitis Fabiï(i)?Qù ûè m'auroit
point mené la uvmplie d Allier, qui est tou-
jours capable de mener les gens bien loin, et dont on peut craindre quelque < tiose de pire que de ne la pouvoir assez Louer? Enfin, mon
cher Alcamlre, que u'aurois-je point dit à \ otre
honneur, et de quelle manière aurois-je au moins parié de votre ardeur pour vos amis, si
prête un langage au muguet . à la grenade et au j»crce- Deige. Ces trois pièces sont signées de Briotte . qni es! I« doxd sons lequel il (ut d'abord connu dans le monde. On y trouve aussi un madrigal de M. d'Andill] , et deux aune-, par M. d'Andilly 1 aine, qui a depuis < lé l'abb* <!< Chaumes, et dont nous avons des mémoires. (/ la Guirlande de Julie, à la suite de la Vit du duc de Montausier, Paris, 17a -j. et sur-tout la belle édition (jui a été donnée de la Guirlandt en 13 manuscrit de .1 irry.) (1) Pirg. £neid.} lib. VI% v
j'avois voulu ménager votre modestie sur tout le reste? Mais l'esprit qui fait faire et dire de telles choses n'est guère celui que je connois à cotte heure. De toutes les langues, je ne parle qu'un latin de négociations et d'affaires, qui n'est pas tout-à-fait aussi poli que celui de ia cour d'Auguste. Je ne vois pour tous livres que des traités de guerre, de commerce et de pacification; et les intérêts du Nord, de l'Allemagne, de l'Angleterre et de la Hollande sont les plus galantes choses dont je m'entretienne. Peut-être serai-je assez heureux pour reprendre bientôt le langage de la cour d'Amaltliée; et c'est en celui de l'amitié, que l'on y parle mieux qu'en lieu du monde, ou plutôt que l'on ne parle que là, que je vous assure que nul triton n'est si inviolablement acquis que moi à toutes les nymphes et à tous les tritons de la Brevone (i).
Célidamant.
(i) M. de Pomponne, dans cette lettre, semLle imiter Voiture, qui, en 1 643 , écrivant au grand Condc, prétoit un langage à la carpe , et appeloit M. le Prince compère le brochet. ( Voyez les OEuvres de Voiture , lettre i43. )