DE M. I» I
\1< ^ ..Itil- , Vive, MM'
Coulange et loua ses vers, i ■ le meilleur, etc.
Le duc mit au jour bien d'autres p<' dont le style naturel et rempli d expressions qui surprennent toujours, et qui lui -ont particulières, le rendent en ce* genre, selon moi, un dos meilleurs poètes de notre sié< le.
Ce lut à ma pressante sollicitation qu ilacheva de mettre en sixains les principaux faits des rois de France de la troisième race. Le hasard m'avoit fait connoître en France le travail du duc de Nevers sur les deux premières ra de nos rois. 11 composa différentes «'[litres, où son esprit ne paroissoit pas moins que l'étendue de son savoir, par la manière dont il y traitoit des matières qui naturellement lui dévoient être inconnues ; une épître entre autres au marquis du Charinel (1), qui avoit
(i) Voyez la note de la lettre 948 de madame d vigne, et. la lettre 1 178. On a réuni aux <>u\ 1 es de ( Ihaulieu quelques pièces du dur de Nevers, si Pon en trouve 1111 plus grand nombre d;ins un manuscril de la bibliothèque de Monsieur, que nous avons déjà indiqué dai 1 notre édition des lettres de madame de Sévigni poésies n'offrent que l'aluis de la facilité, Une l'i/.n:
affectée et une négligence qui dépass< toutes les bon que les véritables poètes se sont imposi 1 s. Coulanges eal mauvais juge , sur-tout lorstpi'il s'agii d'unseigneui dont la familiarité flaU ur.-pr.opre>
quitté la cour pour vivre dans la retraite, où il s'enfonce avec lui dans le mystique le plus raffiné. Il en fit d'autres d'un autre style , selon les différents sujets qui se présentoient, et selon les personnes auxquelles il les adressoit, mais toujours avec une facilité et une certaine noblesse qui faisoit rencontrer dans chacune un agrément différent.
Il en fit une pour la duchesse de Bouillon sa sœur, sur son heureux retour en France et à la cour, dans laquelle , sur la fin , en style de gazette, il lui rendoit compte de tout ce qui s'étoit passé à Rome depuis son départ, et comme il n'oublia point les jolis repas qui se faisoient dans mon appartement, je ne puis m'empêcher de mettre ici cet article, quoique je dusse m'en faire scrupule, comme d'avoir mis d'autres vers à ma louange , qui se trouveront semés dans cette relation :
Que ce séjour est ennuyeux,
Et que Rome est insociable!
Sans un peu de Coulange on mourroit en ces lieux ; Il nous est tous les jours d'un secours admirable.
Nous mangeons souvent à sa table, Où l'on boit largement des vins délicieux.
Enfin ce convive adorable, Dans Kn commerce heureux a charmé nos lofetrs;
Il nous ) fourni des plaisirs D'une magnificence à nulle autre seconde.
Kotre illustre ambassadeur
Soutien! l'identité an plus grand roi du ma C'est sur >oii pi .niijir i etoui que [e nôtre »e fonde.
I )i |.i le plaisir de i <>us voir
Lnime el flatte m spoû . i i<
L'abbé de Bfotrmourier étoit naturel]
de toutes nus parties , autant homme «le bonne compagnie qu'on Le peut être ; nous admettions encore certains abbés, et d'autres gens dé i i rite et de distinction qui nous convenaient le plus. Le cardinal de Janson se joignoit aussi à nous, quand ses affaires le lui permettoient , nous fîmes enfin si bien, que nous trouvâmes le moyen de vivre à la française et en ph liberté au milieu de la ville du monde la plus cérémonieuse.
Je fis bien plus de cas de nos petites fêtes . après métré trouvé un jour, avec le duc de Nevers, dans une compagnie de seigneurs italiens, qui, pour boire et se réjouir en ble en liberté, portent, selon leur usage, chacun leur plat dans quelque petit casino, .le lus reçu à cette débauche, en y portant mon plat comme les autres ; mais jamais je ne \is une (die iU'ubiiudc. , un lieu plus mal préparé, de plus mauvais rajouts, une vaisselle et des verres plus sales, et des gens moins tournés du coté de la bonne chère4 et des plaisir- de la table. En un mot, je trouvai si peu mon compte avec ces seigneurs, que ce fui la seule et uni-
284 MÉMO lit ES
que partie qu'il m'arriva de faire avec eux pendant tout le temps que je séjournai à Rome.
Après diverses représentations des deux petits opéra des neveux du pape , qui réussirent assez, le grand-opéra si prôné et tant attendu parut enfin sur le théâtre public de Torre-âà- Nona. Mais jamais opéra ne surprit davantage ; jamais sujet ne fut plus ridicule ni plus mal imaginé. C'étoit Christophe Colomb qui, en courant les mers, devient passionnément amoureux de sa propre femme. Jamais pièce ne fut plus ennuyeuse , par n'être pas même soutenue d'aucun air qui pût faire plaisir. Je ne puis mieux la représenter telle qu elle étoit , qu'en rapportant ici le fragment d'une épître du duc de Nevers, où il en fait la peinture au naturel :
Nous avons eu ce carnaval Une pièce très exécrable, Faite par Ottobon , poète détestable ,
Mais, en revanche, un heureux cardinal.
Quel opéra maudit, où l'on crioit merveilles ! Que Christophe Colomb m'a lassé les oreilles ! Ce vieux nocher fortuné, Après avoir long-temps erré sur l'onde, A peine a-t-ii touché les bords du nouveau Monde, Qu'il devient de sa femme amoureux forcené. Aux Indes son amour follement reverdie, Réveille dans son cœur son premier incendie. Que les transports jaloux dé sa femme et de lui
Font une ti i^e scène !
Que d'entendre toujours chevroter leur ennui
hl. \i. h I. COI l. \ S
M'a cause de mal el de peine !
L'un, d'un gosier tranchant, >m des tons glapissants, ! ire toui au plus baut 1 1 chanterelle hum dm ,
El l'autre, à même temps , De son agilité voulant faire parade, De cent croches ne t.iii qu'une seule tirade Mais, par où croyez-vous que l'opéra finit ' Contre sa femme enfin I" bon Colomb dégaine; Dans ce coinbal pourtant sa femme le défit , Et Colomb de son sang ens intflante ! i scène. Le grand bruil Je la peste , en i >us lieux i < pandu ,
A lait cesser cette musique; Cet péra sau> âge est enfin défendu, Et nous ne verrons plus ce monstre dramatique.
Nous ne laissâmes pas cependant de voir plusieurs lois ce maudit spectacle plutôt par oisiveté que par goût ; mais il ne dura pas longtemps, non plus que les autres plaisirs du carnaval., car effectivement un bruit de pes qui vint du côté de Naples, obligea Rome de prendre les précautions ordinaires pour s'en garantir. On ferma plusieurs portes , el on mit à celles qui dévoient rester ouvertes des gardes et tous les gens nécessaires en pareille occasion , pour ne laisser entrer personne sans billets de santé. On ordonna des j prières, el ; lé saint-sacremenl lu; dans
plusieurs églises. 11 arriva même - en-
virons de Rome une espèce de pi que
les Italiens regardèrent comme sic d vit
y.86 MÉMOIRES
sortir de la terre des rats d'une grosseur monstrueuse, qui mangèrent les blés et les autres grains jusque dans la racine. Comme le pape tomba gravement malade dans le même temps, on ne douta point que ce ne fût un présage de sa mort prochaine. Le duc de -Revers n'oublia point de rappeler cet événement dans une de ses épîtres, dont je citerai ce fragment :
Sur nous du ciel est à-plomb descendu De Saturne et de Mars le rayon maléfique ; On a vu près de Rome , et dans ses environs , Des oiseaux infectés la troupe peslilente
Faire, de leurs peints avirons, Naviguer dans les airs l'horreur et l'épouvante. Les taupes, les mulots, les rats, Ces reptiles immondes , Ont fait de si grands dégâts, Se creusant des routes profondes Dans les champs et dans les guérets, Qu'ils ont coupé la gorge à la blonde Gérés. Tous ces fléaux du ciel sont de mauvais présage*
Pour nous; Mais on attend la mort d'un très saint personnage Pour apaiser le ciel et les dieux en courroux.
En effet, le pape tomba malade au commencement de janvier; il eut pendant quelques jours une apparence de mieux, qui fit croire à sa guéris on. Cependant, comme le ciel en avoit ordonné autrement, vers le 20 du mois ses incommodités redoublèrent ; un éryisi-
DE M. DE COULANG] s.
pèle qu'il avoit à la cuisse, et qui avoit été le commencement de son mal , lui descendit sur la jambe, et son grand âge, joint à la fièvre qui le prit avec des redoublements mit la nature entièrement hors d'état de faire son devoir; si bien qu'après plusieurs jour- passés entre la crainte et l'espérance, une fluxion lui étant enfin tombée sur la poitrine, il mourut le 2 (i) février 1691, âgé de près de quatrevingt-un ans, après seize mois vingt-cinq jours de pontificat.
Trois jours avant sa mort . c'est-à-dire le 3o de janvier, se sentant plus mal . il convoqua dans sa chambre une assemblée de douze des plus anciens cardinaux (2), savoir : Cibo , Cbigi , Altieri , Carpejme, Colonne, Nerli , Casanata, Marescotti , Gapizuchi , Lauria , Panciatici et Albani; et après qu'ils se lurent assis, lui étant dans son lit, habillé de ses habits pontificaux, avant de faire lire la constitution
qui! avoit méditée depuis si lun;;-lcinps , et
(1) Coulantes pnroit s'êfrc trompé SUT cette date. L'auteur de {'Histoire des conclaves , de même que celui de Y Histoire des papes , publiée à Amsterdam eu i;3j. placent cette mort au 1" février 1 <"><)«.
(:») On voit dans ? Histoire <lc< conclaves ^ tom. il, paç. 66, qu'Alexandre VIN fui porté à cette d< marche ]>;ir le cardinal Colloredû et jki»- le» [mu g< întaux des ordres.
dont il vouîoit leur faire part, pour marquer son improbation sur ce qui s'étoit passé dans l'assemblée du clergé de France, tenue en 1682, il fit un assez long discours en latin , qu'il commença par ces paroles : Deficiunt vires , sed non déficit aninuts. Il parla avec toute la majesté d'un grand pape, la fermeté d'un jeune homme et l'éloquence d'un habile Vénitien , pour leur faire connoître qu'il ne pouvoit résister plus long-temps au scrupule que lui causoit le silence qu'il avoit gardé jusqu'alors , dans l'espérance dont il s'étoit flatté de voir rétablir toutes choses en France sur le pied où elles étoient avant le pontificat de son prédécesseur, et avant cette assemblée du clergé; mais qu'en étant frustré, il se croyoit obligé, en conscience, de faire, avant de mourir, une constitution qui marquât à quel point il improuvoit ce qui s'étoit passé.
Cette pièce ayant été lue ensuite , approuvée par les cardinaux, et répandue le même jour , ne fut pas plus tôt venue à la connoissance de l'ambassadeur et du cardinal de Janson, qu'ils furent tous deux très surpris et fort irrités de cette dernière démarche du pape. L'ambassadeur courut aussitôt vers le cardinai-patron (1), et il fit tant par ses diligences
(1) Le jeune cardinal Ottoboni avoit été nommé par
ir les mouvements «j«i il se donjia, <pùl
empêcha L'effet des pressantes soilicitaiions de
l.i plupart des cardinaux, qui \ nuluirnl que
Cette ruiislitution , minutée (I si;;iK;c |>;ir le
pape dès le 4 août îCnjo, lorsqu'il sut <ju <.n oe vouloit pas accepter eu France le projet dacconmiodemcnt , devint publique el authentique par L'impression et l'affiche d'usage au Gliamp-de-r lore. Celte constitution ncntroit rependant dans aucun détail sur la doctrine «à désagréable à la cour de Rome, <|ui étoit contenue dans les quatre propositions dre j>;ir rassemblée «lu clergé de France; eii< Paisoit que désapprouver et annuler en aérai tout ce qui s'y étoit pa<
Cette démarche du pape, au moment ou il se voyait hors de toute espérance de recouvrer la santé, lut publiée par les Autrichiens comme beaucoup plus forte et plus injuri qu'elle ne l'étoit en effet [i . Cela lit <,;r«' cme
le pape son oncle, cardinal-patron, c'e-i-a-lue nu> intendant de toutes les affaires âfi l'étal eoi 1 ai tstiqne. Ce'toit ordinairement le titre que k'on donnoit .m neveu du pape qui etoit en Viveur; cet abus .1 été détruit par limon ut \ll , successeur d'Alex. nuire Y1II, qui, par sn Imlle du 28 juin 169a, a tait toul ce qui éfc pouvoir pour détruire le népotisme 1 1 labsthuei li pauvres aux parentâ des pipes.
(1) Les Espagnols préteudoient que le papeavon vérifié la prophétie de £v Malachie, dans laquelle il est
le pape étoit mort dans de très mauvaises dispositions pour la France ; mais le duc de Chaulnes , avec son flegme et sa prudence accoutumée , en parla dans le public , comme s'il n'en faisoit aucun cas , disant qu'il ne regardoit cette constitution que comme une simple protestation qui lui avoit même été proposée plusieurs fois. Ce fut sur le bruit de cette prétendue mauvaise volonté du saint-père que le duc de Nevers fit la pièce suivante :
Ottobon, qu'on croyoit un pape d'importance,
Fit assembler les cardinaux.
D'un acte du mois d'août rhabillant les morceaux, Il en fit, en mourant, sa pièce d'éloquence, Fulminant sur cinq chefs , tout le clergé de France.
Qu'il sera cause de grands maux !
Ottobon qu'on croyoit un pape d'importance,
Fit assembler les cardinaux.
La mort du pape acheva de renverser tous les plaisirs du carnaval ; et si elle fut un coup
désigné par ces mots : Pœnitentia gloriosa , que l'on explique en disant qu'Ottoboni a été élu le jour de S. Bruno , et qu'il se nommoit Pierre. On sait que celte prophétie que l'on interprête toujours par quelque circonstance tirée soit des armoiries, soit du lieu de naissance , ou de la famille du cardinal élevé à la papauté , a été fabriquée pendant le conclave de i5()o, par les partisans du cardinal Simonelli , quatre siècles après la mort de S. Malachie. ( Voyez Y Art de vérifier les dates , article de Grégoire XIV.)
DE M. Di COt LAWG ES. 291
de foudre pour les neveux d'Alexandre VIII ,
il leur resta au moins des sujets de consolation dans les grands biens dont, en si j>«u de temps , leur oncle les avoit comblés. Rome, connue il arrive d'ordinaire, entra fort peu dans leor déplaisir: leur joug, déjà pesant, commencoit à lui devenir insupportable. Il ne fut plus question que de procéder à l'élection d'un autre pape qui n'eût point de neveux. Le palais du Vatican fut diligemment préparé pour le conclave, où tous les cardinaux qui se trouvèrent à Rome s'enfermèrent le lundi au soir, douzième jour de février, après la messe du Saint-Esprit et l'accomplissement des antres cérémonies (i). L'ambassadeur et le cardinal de Janson n'avoient pas manqué d'informer la cour de tout ce qui se passoit; et aussitôt que la nouvelle de la mort fin pape fut arrivée en France, les cardinaux de liouillon, d'Estrées, de Bonzi et Le Camus, qui s'étoient préparés ;>u voyage dès le premier avis que Ton avoit reçu de la maladie, ne tardèrent pas à se mettre en chemin (a). On
(1) Les lecteurs qui scroient curieux de connoitre le détail de ces cérémonies peuvent recourir au discours qui sert d'introduction à l' Histoire dos conclaves, par le baron d'Huitten.
(2) Le cardinal de Furstemberg avoit obtenu du roi la permission de ne point se rendre au conclave, parcequ'il craignoit d'être arrêté de nouveau par ses ennemis. {Voyez Y Histoire des conclaves, toui. II, pag. ^ .)
a déjà vu que le cardinal Le Camus, bien malgré lui, n'avoit pas encore quitté son évêché de Grenoble depuis qu'il étoit cardinal. Pendant ce temps, le cardinal de Janson , qui étoit enfermé dans le conclave, et le duc de Chaulnes, prenoient toutes les mesures que demandoit leur ministère pour parvenir au choix d'un sujet capable de remplir le siège vacant; ils souhaitoient en outre qu'il fût aussi favorable à la France que son prédécesseur l'avoit été peu, à ce que l'on disoit contre toute vérité. Il avoit en effet accordé des grâces très considérables : mais ceux qui y avoient eu le plus de part ne vouloient plus lui en avoir aucune obligation. J'ai entendu moi-même , avec une extrême surprise, une personne qui étoit de ce nombre, dire avec emportement , que^ depuis saint Pierre ; jamais pape 11 avoit été plus espagnol : ce furent ses propres termes. Il est certain au contraire que , depuis cent ans , il n'y avoit eu aucun pape dont la France eut eu plus de motifs de se louer, si l'on veut ajouter quelque foi à ce que j'en ai rapporté , et j'ose dire que mon récit mérite cette confiance par la sincérité avec laquelle je l'ai écrit, et à cause des connoissances particulières que j'ai eues.
Pour moi , je me consolai de tout ce qui étoit arrivé avec le duc et la duchesse de Nevers , et j'assistai avec eux à toutes les cérémonies
I> 1 M. I) I COC LANG1
qui s'observent à la mort des papes. Gomme (•liii-ci étoil mort «'ans le palais de Mo Cavalhj son convoi traversa presque totite la ville pourarriver dans Saint-Pierre. Je le \ is passer le soir ;m\ flambeaux; le pape étoit à visage découvert, vêtu «le ses habits ordinaires, assis et renverse" dans sa litière (ouverte de tons les côtés) comme quand il vivoit, précédé de plusieurs prélats, monseigneuro et antres ecclésiastiques montés sur des mules» et accompagné devant et derrière de ses compagnies de chevau-légers et de cuirassiers. J'y remarquai deux canons montés sur leurs affûts, qu'on faisoit marcher immédiatement après le corps, et qu'on me dit être une marque de souveraineté (i).
Le convoi étant arrivé à Saint-Pierre , le pape fut tiré de sa litière, et porté dans la chapelle du saint-sacrement, où on le revêtit de ses habits pontificaux. 11 y demeura expose pendant trois jours entiers, selon la coutume, sur nu catafalque élevé que l'on voyoit de l'église par une grande grille de fer qui étoil » rmée : mais le corps étoit plae • de telle manière que, les pieds passant au travers, le peuple en foule
On a («.un au Discours du baron d'Huissen déjà
i i'.- . des vij atés le corU ge et les
diverses cérémonie*! dont parle ( I tu translation eut lieu
avoit la liberté de s approcher d'assez près , et de les baiser suivant sa dévotion. Je profitai de l'honneur qu'on fit au duc et à la duchesse de Nevers de les faire entrer dans la chapelle par une petite porte détournée, et je fus surpris de n'y trouver aucun clergé , de n'entendre aucunes prières , de ne voir pour tout luminaire qu'une douzaine de cierges dans de grands chandeliers de boisjioirci, et pour seule et unique personne auprès du corps, un petit garçon qui, avec un émouchoir, préservoit le visage des mouches , et donnoit du manche , à travers les barreaux de la grille , sur les doigts de ceux qui, non contents de baiser les pieds du mort, auroient voulu lui enlever ses mules.
Ce spectacle ne nous donna pas une grande dévotion, mais il nous fit faire toutes les réflexions qu'il produit ordinairement. Quand toutes les cérémonies, qui durèrent jusqu'au neuvième du mois furent achevées, et que le corps, mis dans un cercueil de plomb après le service fait, eut été déposé dans l'église pour un an , suivait la coutume , étant libre à la famille, ce temps expiré , et après l'anniversaire, ou de l'y laisser pour toujours , ou de le transférer dans quelque autre église , il ne fut plus question du défunt, et chacun naturellement retourna à ses occupations ordinaires.
Comme l'ambassadeur étoit plus chargé d'af-
faire», etqu'il avoit par conséquent beaucoup moins de temps à lui , le palais Mancini continu;! de m'étre d'un grand secours- Tétons, ainsi qu'on l'a vu, librement admis à tons les amusements qu'on y pouvoit avoir; mais je ne puis m'empêcher de faire ici mention d'un di\ ertis* sèment particulier qui, une après-dinée, produisit une pièce admirable. Voyant la duchesse travailler avec ses femmes à une sorte de pâtisserie qu'on appelle vulgairement à Rome ciambelle , et en France gimbelettes , je m'avisai de demander de l'encre et du papier pour, en badinant, écrire et mieux retenir la manière de la faire ; mais , insensiblement , au lieu de prose , je trouvai quej'avois fait des vers qui, depuis, n'ont pas été inutiles aux gens qui ont voulu s'en aider pour faire cette sorte de pâtisserie ( i ). Les cardinaux français, avant heureusement fini leur navigation , débarquèrent à Livourne, et ils arrivèrent à Rome le 26 mars, à l'exception du cardinal de Bouillon, qui, étant tombé malade à Ronciglione, n'arriva que le 29, et n'entra dans le conclave que le 3o. Ils vinrent tous les quatre descendre au palais de l'ambassadeur , pour être instruits par lui des nou-
(1) Cette pièce a 'pu amuser la société de Coulantes, mais comme je doute que les lecteurs fussent disposes à la même indulgence, je I \ supprime par égard pour eux et pour Coulantes.
2o/6 MÊMÙTR
v elles du conclave, et pour raisonner ensemble sur la conduite qu'ils auroient à tenir. Les cardinaux de Bouillon et Le Camus, qui n'avoient point de palais, couchèrent dans celui de l'ambassadeur; mais, dès le lendemain sur le soir, les trois qui étoient arrivés ensemble entrèrent dans le conclave, où leurs logements étoient préparés , et ne nous laissèrent que la joie de les savoir dans Rome.
Comme ils avoient amené avec eux quelques voyageurs de distinction, le marquis de La Vrillière(i) entre autres, depuis secrétaire d'état par la mort du marquis de Châteauneuf (2) son père, et l'abbé de Guénégaud , fils du feu trésorier de l'épargne (3), auxquels ('ambassadeur donna des appartements dans son palais : cela grossit un peu notre cour. Le cardinal de Bouillon nous avoit fait le plaisir
(1) Louis Phélypeaux , marquis de La Vrillière , alors âge de dixneuf ans; il fut fait secrétaire d'état le 10 mai 1700.
(2) Balthasar Plélypeaux , marquis de Châteauneuf, reçu secrétaire d'état en survivance de son père , en 1669 ; il entra dans l'exercice de cette charge en 1G76 , et mourut à Châteauneuf-sur-Loire le 27 avril 1700.
(3) Henri de Guénégaud, seigneur du Plessis et de i'resne, trésorier de l'épargne en survivance de son père Gabriel, il avoit succédé au comte de Erienne, en i643 , dans la charge de secrétaire d'état, et il mourut à. Paris lo iG mars 1676 '
DE M. I: ; COULAS
de nous ramener L'aimable abbé de Poliynac;
(8, en ayant fait sou premier conclaviste
d'honneur, nous le perdîmes de vue aussitôt,
aussi bien que l'abbé de Noirmoutiers , quir pour la même fonction, nous fut enlevé par le cardinal d'Estrées. Je fus ravi d'avoir, clans notre palais, un commensal comme l'abbé de Guénégaud. Il étoit déjà de mes amis; mais il le devint bien davantage, quand je connus plus a fond toutes ses bonnes qualités; il me fut même bien nécessaire dans la suite pour me irer de L'ennui extrême dans lequel je tombai quatre jours après l'arrivée des cardinaux.
Le duc et la duchesse de Nevers, avec lesquels je m'étais toujours flatté de retournei vu France, ayant bien prévu, par la mort du pape et par toutes les affaires qui suivent ordinairement, qu'il ne falloit plus compter sur le retour de l'ambassadeur, avoient demandé une galère à la république de Gènes, et 1 ayant obtenue, ils ne songèrent plus qua se préparer au voyage, ei à partir dès qu'ils la surent arrivée a Civita-l ecchia. C'est ce qu'ils firent enfin, bien malgré moi, le dernier jour du mois de mars. Si les adieux furent tendres de ma pan 0 est aisé de se l'imaginer, et je n'oubliai pas de leur demander plus dune fois de me conserver en France ce qu'ils m'avoient aecoi en Italie: ils me le promirent.
J avoue qu'après leur départ je me trouvai comme tombé des nues. Ce fut à quelque temps de là que, passant tristement devant le palais Mancini, l'abbé de Polignac, avec lequel j'étois, fit cet impromptu que je voudrois avoir fait ;
Hélas ! que ce palais est vide !
Je crois voir le palais d'Armide Dépouillé de tous ses appas.
En sortant de ces lieux aimables, L'enchanteresse de Damas (1) Les a rendus insupportables.
Il me fallut donc recommencer une vie nouvelle , et vivre ce qui s'appelle avec les vivants. JSous ne nous quittions point labbé de Guénégaud et moi; je le menois volontiers dans la Ville et dans les environs pour lui faire voir ce que je croyois le plus curieux. Nous visitâmes ensemble une maison religieuse qui nous fit plaisir et nous donna beaucoup d'édification ; c'étoit celle de Torre dispecchî, habitée par les dames de Sainte-Françoise romaine (2), que je
(1) Armide étoit nièce du magicien Idraote, souverain de Damas, et la duchesse de Nevers étoit de la maison de Damas-Thianges ; l'abbé de Polignac fait allusion à cette double circonstance.
(a) Née à Rome en i384, elle fut mariée en 1896 à Laurent Ponzlani , et elle fonda en i425 le monastère de Oblatcs. On les appelle aussi Co l latines , parcecju'en i433
revis encore volontiers avec le cardinal de Bouillon, quand il lut sorti du conclave.
Ce sont toutes Biles des meilleures maisons de Rome qui vivent en communauté sous la conduite d'une supérieure quelles appellent présidente. Elles ne font aucun vœu, mais elles s'obligent sur le tombeau de sainte Françoise, où la cérémonie se fait publiquement dans I église qui porte son nom, dans le Campa- / accino ( r ), d'observer religieusement ses constitutions. Elles sont habillées fort simplement d'une espèce de manteau gris foncé avec des collets fermés et des voiles blancs ; elles font très exactement l'office, et chantent au chœur dans une chapelle magnifique située dans l'intérieur de leur maison. C'est là qu'elles conservent, avec beaucoup d'autres reliques, ce précieux livre de sainte Françoise qu'elles font voir, mais qu'elles ne permettent jamais d'ouvrir, où est, dit-on, le verset à moitié écrit de la main de la sainte , et miraculeusement achevé en lettres d'or, pour marquer combien
elles furent transférées au pied du mont Capitolin, dans une maison appelée la Tour des Miroirs. Sainte Françoise y fit profession en 1 4 3 — , après la nient de son mari, el elle y mourut le 9 mars i.ffo.
(1) Ainsi appelé, pareeque l'on y tient le marché aux vaches. Nom ignoble du lieu le plus célèbre de L'nnh l'ancien Forum.
sa prompte obéissance à courir où elle entendis une voix qui l'appeloit avoit été agréable à Dieu.
Jamais la médisance n'a donné aucune atteinte à la réputation de ces dames, quoique les hommes entrent chez elles pendant l'octave de Pâques; quelles reçoivent toute Tannée des visites de leurs parents dans des salles destinées à cet usage, et quelles aient la liberté de sortir pour aller voir leurs pères et mères ; il faut que ce soit en carrosse, et qu'elles soient toujours quatre ensemble; ce qui me fait souvenir d'une aventure qu'on m'a contée à ce sujet.
Un jour quatre de ces dames s'étant confiées entre elles le grand désir qu'elles avoient devoir la mer, qu'elles n'avoient jamais vue, et qui n'est pas fort éloignée de Rome, résolurent d'aller faire ce petit voyage au lieu d'aller chez leurs parents, comme elles en avoient demandé la permission; mais, ayant mal pris leurs mesures, elles revinrent si tard et en donnèrent de si mauvaises raisons, qu'il fallut avouer à quelle tentation elles avoient succombé. Sur quoi la présidente leur déclara très sévèrement qu'elles n'avoient que deux partis à prendre, ou de quitter la maison, ou de subir toutes les pénitences qu'elles avoient méritées. Toutes les quatre choisirent le cler-
ni; m. tri uni. \ \ i 3oi
parti, elles >\ goumirent avec une obéissance (jui montra jusqu'où alloit leur attachement pour leur régie
Avant *juo d'entrer dans cette communauté, ces «lames se ménagent an perenu assuré de leur famille, pour payer leur pension et pour subvenir aux petites dépenses qui peuvent leur l'aire plaisir, lue 'les principales, à mon avis, paroît dans- leurs cellules, toutes plu- propres et plus ornées les unes que les autres. L'on y Toit de petits tableaux de dévotion des meilleur» peintres , dan-, de jolies bordures nouées avec des rubans des plus vives couleurs ; de belles pendules et une infinité de petits meubles d'un très bon eoùt. Mlles élèvent de jeunes pensionnaires ; j'en vis deux de la maison Gaétan (i) qui étoient très appliquées à lire : je voulus savoir quel livre elles lisoient ; c'étoM la Jérusalem déli\ rée du Tasse , dont elles ap* prenoient par cœur dt^ stances : ces p< I fdles nous en récitèrent quelques unes, par l'ordre de leur gouvernante, et leur prononciation naturelle me fit un extrême plaisir.
(i) Tl y ■ en Italie plusieurs Familles illustres de ce
nom. Lune est de i'ise , el elle .1 donne à l'église If :
Gela se II, élu en 1118; l'autre, originaire de Rom< donne naissance à Boniface VIII, élevé à la papauti en I2Q>f- Elle >'<••;: depuis alliée à tout te que Home et
le royaume de Naples offrent de plus grand.
Nous allions très souvent au Vatican , l'abbé de Guénégaud et moi, pour apprendre des nouvelles du conclave, et pour nous informer de la santé de nos cardinaux; nous les apercevions à leurs fenêtres, et nous leur adressions quelques paroles autant que la distance où nous étions placés pouvoit nous le permettre. Les fenêtres sous lesquelles nous nous rendions le plus ordinairement, et qui donnoient sur un endroit assez reculé, étoient celles du cardinal de Bouillon ; il venoit quelquefois y recevoir notre visite , et quand ses occupations l'en empêchoient, nous voyions au moins l'abbé de Polignac , ou bien ce sage et avisé de Serte, dont il a été fait mention en plus d'un endroit de ces mémoires : nous avions avec eux quelque sorte de conversation, et ils avoient la charité de nous descendre souvent des rafraîchissements dans un panier, quelquefois même un banc, pour que nous pussions les prendre plus commodément ; mais ce petit adoucissement ne me consoloit guère , quand j'apprenois en même temps qu'il y avoit dans le conclave tant de divisions et de brigues différentes , et qu'ainsi il ne falloit pas espérer d'en voir sitôt la fin.
Comme à quelque chose malheur est bon , le cardinal de Bouillon , s'étant trouvé assez se-
DE M. Dr; C0ULANGE8. 3o3
rieusemént malade dans le conclave, fut ob lige d'en sortir pour prendre un peu de repos , et faire lc^ remèdes «pii ne pouvoient lui être administrés dans un lieu aussi resserré. Il vint passer quelques jour- dans le palais du cardinal Maldachini (i), où je lui tins fidèle conn pagnie. J)ès que sa santé le lui permit, il retourna au conclave; mais avant d'y rentrer il alla selon l'usage faire ses prière- dans L'église de Saint-Pierre, où je le suivis, et où je vis, pour la seconde fois, la princesse de Vaudemont de la maison de Lorraine, fille du premier lit du feu duc d'Elbeuf (a).
Cette princesse avoit eu d'abord l'intention d'aller avec son mari et son fils à des eaux dans le royaume de Naples, pour la santé du prince de Vaudemom qui étoit menacé de paralysie; mais avant changé d'avis , ils s'étoient arrêtés à Home, où ils \ivoient dans une liaison si étroite avec les Espagnols, et dans un tel éloigneraient des Français, que nous fûmes absolument exclus de leur société,
Cependant, un soir quon y pensoit le
(i) Ce cardinal étoit de la faction de France, comme on l'a déjà vu.
(•>) Anne-Elisabeth de Lorraine-Elbenf aroil ('pou-.-. le 28 avril 1669, Charles-Henri Lorraine, prince de Vaudemont , fils du duc Charles IV.
moins, 3a duchesse de Nevers reçut chez elle, en présence du duc de Chaulnes qui y avoit soupe, un gentilhomme de la princesse de- Vaudemont qui vint lui faire un compliment de sa part, et lui dire que si elle vouloit bien lui donner un rendez-vous pour le lendemain matin dans quelque église, elle s'y trouveroit, par l'envie extrême qu'elle avoit de la voir; mais qu'il falloit que eela se passât dans le dernier secret. La duchesse répondit au compliment , et choisit l'église de Saint- Pierre comme le lieu le plus propre à cette entrevue. Le duc de Chaulnes, profitant de cette occasion, chargea ce gentilhomme de beaucoup de compliments, et d'offres de service pour la princesse, dont il étoit le proche parent, le priant de l'assurer combien il étoit fâché de ne lui point rendre ses devoirs, qu'au moins il ne tenoit pas à lui. Le gentilhomme en se retirant s'informa du nom du seigneur qui venoit de lui parler, et comme je répondis que c'étoit un nommé le duc de Chaulnes, ambassadeur de France, peu s'en fallut qu'il ne s'en évanouît.
Comme j'avois fort envie de voir la princesse de Vaudemont , je suivis la duchesse de Nevers au rendez-vous. Ces daines jouèrent fort bien une rencontre imprévue ; et s'étant assises sur les marches d'une balustrade, elles eurent une
I» r \,\ DE COI ! tNGES.
r Longue i ";i\ ersation. Eti se sépai im . I duchesse dit .1 la princesse que | étois ta . m .jiir par discrétion je n'avois pas <>-<; m'appro- . hrr. La princesse ?int aùssil '•» do coté où | étois, et - ii i ti.mî quelques moments, elle me lit mille honnêtetés, et me dit qu'elle avoit reçu ;i\ ec beaucoup de reconnoissance tous les compliments du duc de Chaulnes, qu'elle me pi de lui en mire ses remerciements, et de le supplier en même temps qu'ils n'allassent pas plus loin ; que la duchesse de Ne\ ers m'en diroit les raisons: comme elle s'avançoit toujours une des portes de l'église, je marchois à ses cornais après quelques autres propos et n voir bien demandé tics nouvelles de la comtesse de Grignan, qui étoitfort de ses amie France, et avec qui elle savoit que pavois beaucoup de relations, elle me pria si forte* ment de la quitter, que je fus obligé d obéir.
La duchesse de N< rers que j'allai rejoindre me conta une partie de la conversation qi; venoit d'avoir, cr ( omme effc n em< pauvre princesse étoil oblij ée de vivre dans
une contrainte qui faisoit |>iti<: : qu L'Ile cL son
mari, n'ayant pour toute su] . depuis
irre, que trente mille
n'osoient faire la moindre d< qui pût
leur déplaire, Lien persuadés l'un et l'autre
3û6 MÉMOIRES
que les Espagnols ne demanderoient qu'un prétexte pour leur faire une querelle d'allemand. La princesse de Yaudemont(i) employa le même procédé auprès du cardinal de Bouillon, et elle n'osa pas le voir plus ouvertement, quoique ayant été élevée auprès delà duchesse d'Elbeuf, sa belle -mère, sœur du cardinal 9 elle eût passé sa jeunesse avec lui dans de grandes liaisons d'amitié. Ils se rencontrèrent donc comme par hasard dans Saint-Pierre, le jour que le cardinal rentra dans le conclave. La conversation fut courte, et la princesse m'ayant aperçu en se retirant, me donna fort obligeamment quelques marques de son souvenir qu'elle renouvela de temps en temps par l'entremise de la princesse Carpegne (2) qui étoit reçue chez elle quoiqu'elle fût Française ; mais son mari le prince Carpegne, tenant de l'empereur sa très médiocre principauté , avoit la bonté de rester dans ses intérêts (3).
(1) La princesse de Vaudemont étoit fille d'Anne- Élisabeth , comtesse de Lannoi, première femme du duc d'Elbeuf. Elle perdit sa mère le 3 octobre î654, et le 20 mai i656 son père se remaria avec Elisabeth de La Tour, sœur du cardinal de Bouillon. Ce dernier n'avoit que cinq ans de plus que la princesse.
(2) Voyez plus haut la note de la page 271.
(3) Il faut rapprocher tout ce récit des relations que la duchesse de Nevers et le cardinal de Bouillon eurent à
DE M. hi COULAHGES. 3o^
Le cardinal de Bottillon étant rentré dans le conclave d'où l'abbé de Polignac nY-toit point lorti , non- recommençâmes, l'abbé de Guénégaud et moi, nos visites bous les Fenêtres; mais je Pus bientôt Ii«»j s <1 état de jouir <!<■ ce plaisir par une attaque de goutte >i violente, que je in- obligé de^garder long- temps la chambre et même le lit : j<- Fus ensuite retenu par l'extrême Foiblesse que cette incommodité me laissa; si Lien que ne pouvant faire aucun usage de pieds, qui avoient été fort maltraités, je ii avois le plus souvent d'autre parti à prendre (pie de nie faire rouler dans un fauteuil par les appartements de notre palais, afin de donner quelque soulagement à mon ennui , DU de me faire jeter comme un paquet dan* Un carrosse pour aller prendre l'air et chercher au moins à promener mes yeux (2).
Ce fut dans ce triste état «pie , ma bonne humeur me secourant à son ordinaire . je m'ai isa i d'envoyer ces ver- a l'abbé de Polignac :
Rome avec la princesse de Vaudemont , de la lettre 117S de madame de SéVigné suivant l'ordre de notre édition (?.) Goulanges avoif fait le îVcit de ses maux à madame de Sévigné , qui loi répondoit: «Quoi, vous criez! vous «vous plaignez! vous oe dormez |>ln>. roua ne mangez «plus, voua ne riez )>lu> ' Quoi, la [oie el roua ce n*est «plus la même chose! etc. 1 II luit .»u reste rapprocher <l- cette partie des Mémoires toute la lettre 1 i<s<> tic notre édition.
.IijS MÉMOIKES
Le cruel mil que la goutte !
Quand la diablesse s'y boute, Elle vous met en déroute , Les pieds, les mains, les genoux.
Faut-il que je la redoute !
Faut-il aussi qu'il m'en coûte De n'oser boire une goutte De ces vins piquants et doux, doux , doux. Ma foi, buvons', Recommençons , Je n'ai plus la goutte aux talons.
Allons, allons, allons.
Voici comment l'abbé me répondit :
AL PODAGROSO SILENO.
O quanto m'è dispiaciuto , Di vederti ricaduto , Per aver troppo bevuto , Del nettar , che t'ingannb.
Per cacciar un mal si brutto 9 Chè gia ti tien abbattuto , Beve latte corn' un putto.
Ma del vin, o questo , no , nb , no.
Dirai di si , Ma dop' un d) , Tu ricomencierai ; Cosi , cosi, cosi9 La zitelF innamorata , Chè damor vicn mallrattala , Piange-, muore tUsperata , Giura di non arnar mm L-, Ma la ciecaspiritata,.
DE M. DE Cnll,\\i.iv dm un Ujuanii COttSolata,
Del patUç mal (cordata ,
Tortl'àprovai uuofi (juai , aï, 04 j ai ; Cosi sci tu ,
Gammés '/Ht ,
Du i che non boverai^ piii , pin , più (t\
Voici des triolets que j'envoyai en France
j la duchesse de devers :
Chacun nie prési nie le j> r » î 1 1 f^ , De peur qu'un faux pas je ne tasse; Suis aide je ne marche point, ( ihacun me présente l< |»<»i"{;- Me voilà donc i éduii an point Que je uY\ ieas oiseau de chac Chacun me pr< sente le p< De peur qu'un faux pas Jt ne t a - -'
Ah, mon Dieu, le cruel destin De tomber en métamorphosa ' Ma goutte en es! le grand chemin.
Ah, mon Dieu . I< ci uel destin ' El quel ennui tl<- % i% re enfin Toujours perché sur quelque cfaosi Ah, mon Dieu, le cruel destin De tomber en métamorphose.
Le dernier jour du mois de mars
Fut le dernier j<nu de ma vie.
(i) On aime à voir avec quelle facile 1 teur
de l'anti-Luenee m une
langue étrangère.