LETTRE A LA REINE
« Madame,
« Une extrême franchise a toujours été la règle de mes actions et le mobile de mes paroles; je l'ai montrée, cette franchise, envers les deux derniers rois, qui daignèrent l'approuver, et aujourd'hui, madame, j'ose me la permettre à l'égard de Votre Majesté; je préfère une lettre respectueuse à un éloignement sans explications, à un silence sans regrets.
« J'avais continué à aller au Palais-Royal, où j'ai toujours été accueilli avec une bonté dont j'étais heureux et fier, car elle me rappelait que je n'étais pas
étranger par les liens du sang à ceux qui voulaient bien me la montrer; mais aux Tuileries, chaque pas me rappellerait de pénibles souvenirs, car j'y serais par la pensée en présence d'autres témoignages de bienveillance et d'intérêt que je ne dois ni ne veux oublier.
«Ma présence y serait déplacée, et même les nouveaux hôtes de ce palais auraient sujet de s'en étonner. . . Partout cependant les suivront mes vœux les plus sincères pour leur tranquillité, leur bonheur et leur gloire.
« Peut-être trouveronL-ils dans leur délicatesse l'explication de nia répugnance; dans leur cœur, l'excuse de ma détermination; dans leur loyauté, les motifs de ma démarche, et dans leur bonté, la certitude de mes regrets. »
Je n'attendais pas de réponse : je fus donc fort surpris de recevoir promptemeiit cette lettre de madame la marquise deBolomieux, dame d'honneur de la reine, qui avait été chargée de remettre ma missive.