A M. LE DUC DE DOUDEAUVILLE
« Je sais, monsieur, que la reine s'est empressée de montrer au roi la.lettre que vous lui avez écrite : Leurs Majestés me chargent de vous dire qu'elles ont été bien sensibles à tous les vœux et à tous les sentiments que vous leur exprimez, et dont elles ne doutaient pas. Elles veulent que je vous exprime les assurances de 1. 23
leur estime et du sincère intérêt qu'elles vous portent. »
On voit, par cette obligeante réponse, que l'on voulut bien ne pas me savoir trop mauvais gré de ma démarche et de ma lettre.
On en verra une preuve de plus dans ce que me dit, quelque temps après, une personne de mes amis :
« J'étais chez la reine; on parla de vous avec éloge : la reine applaudit au bien qu'on dit de vous, et elle ajouta avec une extrême bonté : a J'ai pour lui de l'at- « tachement, de l'estime et même de la vénération. »
Voilà comment je me suis maintenu dans une situation assez extraordinaire. Ayanl fait ce qu'il fallait pour déplaire à bien des gens et à presque tous les partis, je suis toujours très-bien traité par tous et l'objet d'une bienvciUance assez générale. Je suis resté membre et continuellement président de dix ou douze sociétés où dominent des opinions opposées aux miennes, et je conserve ainsi la possibilité de rendre service; or, je puis le dire, c'est la seule attribution attachée à mes dignités et à mes grandeurs qui ait eu jamais du prix à mes yeux.
La Révolution ne m'a ôté ni retraite, ni pension, car je n'en avais pas même comme pair. N'ayant jamais rien demandé, je n'ai rien obtenu, et n'ayant rien à perdre, jai pu juger les événements et les hommes de 1850 sans aucune préoccupation d'intérêt personnel '.
' Ce désintéressement naturel, joint à une mansuétude toute clirélienne, cx|)lique l'indulgence du duc de Doudeauville, à côté de Tinébranlable fermeté de ses convictions. (F, Claude.)
Malgré quarante ans de dévouement, malgré plusieurs années de ministère, malgré l'époque du sacre, où je jouai un des premiers rôles et oii tout le monde avait été comblé de preuves de bonté et de générosité, la Restauration m'a laissé tel qu'elle m'a pris. Je ne lui en suis pas moins resté attaché par le souvenir et par le regrei, parce que je sais mieux qu'un autre tout le bien qu'elle a fait au pays, tout le bien qu'il était dans son intention et dans sa volonté de lui faire encore.
FIX DE LA PREMIERE PAliTIE.