COPIE D'UNE LETTRE
DE M. Mi BARON LODIS , MINISTRE DES FINANCES.
« J'ai été bien touché, monsieur le duc, de la confiance ffui vous a porté à me faire connaître les motifs qui vous ont déterminé à renoncer à la pairie : ces motifs répondent au caractère honorable que vous avez montré à toutes les époques de notre longue Révolution; on ne peut assurément qu'y applaudir. Mais il est bien regrettable qu'ils aient été de nature à vous éloigner d'une assemblée où vous auriez pu rendre encore d'importants services à la monarchie constitutionnelle. »
Ce n'est pas tout : dans les commencements de la révolution de juillet 1850, j'étais allé, ainsi que je l'ai dit précédemment; trois ou quatre fois au Palais- Royal, où j'avais toujours été traité avec une grande bonté. Les choses étaient encore incertaines; je croyais toujours voir dans M. le duc d'Orléans, dont je suis proche parent, le lieutenant général du royaume, nommé par Charles X; mais il fut obligé, contre son gré, je crois, et surtout contre celui de la reine, d'aller habiter les Tuileries \ Les choses se trouvèrent changées à mes yeux par ce déplacement ; je ne pouvais plus voir aux Tuileries que le roi des Français, et bien des motifs me défendaient de retourner dans ce palais, où je trouvais tant de souvenirs pénibles, et dont
* L'iiistoirc sera-t-elle du même avis que l'auteur, aussi v(''néral)k' f|iic charmant, tic ces Mémoires? (F. Claude.)
chaque mur, ce me semble, m'aurait à chaque pas reproché ma démarche et ma présence.
Je confiai à quelques personnes mon projet de n'y pas retourner; j'éprouvai de vives remontrances, de fortes représentations. On m'assurait que prendre ce parti après un discours contre la proposition Briqueville, relative au bannissement de la famille royale, c'était me poser en ennemi déclaré et risquer de me faire traiter en conséquence : je persistai. Il y avait deux manières d'exécuter ce dessein : l'une, de m'abstenir de ces visites sans expliquer mes répugnances; l'autre, d'écrire pourquoi je ne paraîtrais plus à la nouvelle cour. Ce fut à cette dernière que je m'arrêtai, malgré l'effroi de tous ceux à qui je fis part de ma résolution, qu'ils taxaient de véritable folie. J'écrivis donc à la reine la lettre qu'on va lire :
LETTRE A LA r.KI.NE
a Madame,
« Une extrême franchise a toujours été la règle de mes actions et le mobile de mes paroles; je l'ai montrée, cette franchise, envers les deux derniers rois, qui daignèrent l'approuver, et aujourd'hui, madame, j'ose me la permettre à l'égard de Votre Majesté; je préfère une lettre respectueuse à un éloignement sans explications, à un silence sans regrets.
« J'avais continué à aller au Palais-Royal, où j'ai toujours été accueilli avec une bonté dont j'étais heureux et fier, car elle me rappelait que je n'étais pas
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étranger par les liens du sang à ceux qui Youiaienl hien me la montrer; mais aux Tuileries, chaque pas me rappellerait de pénibles souvenirs, car j'y serais jiar la pensée en présence d'autres témoignages de l)ienveillance et d'intérêt que je ne dois ni ne veux oublier. -
«Ma présence y serait déplacée, et même les nouveaux hôtes de ce palais auraient sujet de s'en étonner. . . Partout cependant les suivront mes vœux les plus sincères pour leur tranquillité, leur bonheur et leur gloire.
« Peut-être trouveront-ils dans leur .délicatesse l'explication de ma répugnance; dans leur cœur, l'excuse de ma détermination; dans leur loyauté, les motifs de ma démarche, et dans leur bonté, la certitude de mes regrets. »
Je n'attendais pas de réponse : je fus donc fort surpris de recevoir promptement cette lettre de madame la marquise deDolomieux, dame d'honneur de la reine, qui avait été chargée de remettre ma missive.