A M. DE VILLÈLE
« 15 juin 18'24.
— « Quel que soit le nouveau ministre des affaires étrangères (me disait hier un homme d'un grand bon sens, qui connaît également la cour et les salons, l'opinion et les Chambres), quel qu'il soit, à moins qu'on ne le prenne dans le parli de l'exagération, il faut qu'il s'attende à supporter pendant huit jours tous les cris; mais aussi le pouvoir de M. de Villèle en sera consolidé : toutes les provinces qui commencent à s'inquiéter se rassureront, si l'on choisit un homme sage qui donne enlln la certitude qu'on marchera d'accord dans le Conseil. M. de Villèle cède à l'opinion, et même aux instances de plusieurs membres de son conseil; cette faute le perdra sans retour. » —
« Sachez, mon ami, vous mettre au-dessus de ces cris qui durent huit jours, et qui n'empêchent pas le bien de s'affermir et de durer des années : repoussez ceux qui viennent vous donner directement ou indirectement de perfides conseils. Vous avez pour vous une très-grande partie de l'opinion publique, et cela est énorme; vous avez, il est vrai, très-peu de véritables amis. C'est un faux système de caresser ses ennemis, et de repousser ses amis. Quittez une voie où l'on ne fait pas un pas qui ne soit une lutte. Nous mourrons tous à la peine, tandis que vous avez devant vous un chemin où tous les obstacles sont si faciles à surmonter! Il faut s'entendre et vouloir, l'un et l'autre dépendent de vous seul! »
A LA PRINCESSE ZENAIDE WOLKOXSKY
« Quel temps s'est écoulé depuis voire départ, chère princesse! et que ce temps est court, près de celui qui nous sépare encore! Celle vie est si triste, qu'il est pénible de jouir aussi peu de l'affection des personnes qui vous en ont inspiré une si profonde et si vraie. On ne peut vous aimer que d'une manière digne de vous, de votre esprit, de voire âme, de voire cœur; aussi comment vous aimer médiocrement? Ce serait rester trop loin de vous. Maudit chiffon de papier, qu'il faut encore bénir de vous porter l'expression de la plus tendre amitié, à un mois de date!
« Mais que je vous parle de la nouvelle marque de cont] an ce accordée par le roi à mon père! Je vous le dis avec franchise ; celle nomination a été approuvée de tout le monde, et d'une manière qui m'a vivement touché ; vous savez ma tendresse et mon respect pour mon père. J'ignore si M. de Villèle avait pu penser qu'il trouverait en lui un rival auprès du roi ; mais, tout au contraire, il a trouvé un appui, un véritable ami; et sa personne comme son système se sont trouvés consolidés et mieux affermis que jamais. L'arrivée de M. de Chabrol, homme fort capable, fort sage, et tout à fait dans les idées du président du Conseil, a produit le même effet. On peut croire que le public a vu dans ces deux choix un nouveau motif de sécurité pour l'avenir, car les fonds publics ont monté !
« Vous serez peut-être assez aimable pour vouloir
que je vous parle de moi Mais quand je vois le
bien de mon pays et le service du roi assurés, je suis