‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 101 sur 112 · MO}; ENTRÉE A LA SL'RI>TEM)A.\CE · texte numérisé non relu

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chcri, estimé par tous, et surtout par son fils, avait pour moi la plus vive tendresse ; mais, bien que toujours prêt à tous les sacrifices, il croyait voir dans le démembrement de son ministère, une sorte de méfiance qui le blessa; et M. de Villèle lui demandait en vain l'état du ministère pour faire le partage des attributions que le roi l'avait chargé de déterminer. Je dois ajouter que, de son cùlé, M. de Yillèle se hâtai peu d'en finir.

Vivement affligé du sentiment qu'éprouvait mon père, je déclarai que je ne voulais plus entendre parler de rien, et je lui écrivis même la lettre suivante, pour lui exprimer cette intention.

A M. LE blC DE liOlDEAL VILLE

<■( Non, mon père, vous ne quitterez pas celte place où vous êles appelé à faire un grand bien. Je l'ai désirée pour vous et pour le roi; quant à moi, je ne désire rien. Mon père a ma tendresse, et il l'aura toujours. Je n'ai pas trouvé le ministre de la maison du roi, je lavoue, tel que mon cœur l'espérait; j'en ai souffert vivement sous le rapport seul du sentiment : le reste m'est de la plus parfaite indifférence. Lorsque j'appris les arrangements que j'ignorais en partie, et que j'eusse voulu empêcher, j'en prévis d'abord la suite.

« Qu'il ne soit plus question de rien : il est vrai que je ne comptais pas remettre les pieds dans ce ministère où l'on a bien vite oublié, ce me semble, les services rendus; puisque cela vous afflige, je renonce à tout, mais non à vous aimer; et croyez bien que cela

me suffit. Avec mon caractère, il m'est précieux de n'avoir jamais rien reçu. L'avenir décidera de ma vie, et le présent me suffit. »

Aussitôt que madame du Cayla fut revenue à Paris, mon père lui raconta ce qui s'était passé. Je me refusai d'abord à toute espèce d'arrangement; cependant, pressé par elle à plusieurs reprises, et dans la crainle de blesser le roi, et de nuire à mon père, je consentis à m'en rapporter à tout ce que l'on approuverait pour moi. En peu d'instants tout fut arrangé; mais iiia position fut loin d'être ce que le roi avait voulu qu'elle fût. Les manufactures, les bibliothèques, les théâtres et les musées royaux furent placés sous ma direction; deux théâtres, celui des Français et celui de Feydeau étaient restés sous la surveillance immédiate, le premier du duc de Duras et le second du duc d'Aumont. Tous les samedis je travaillais avec le roi, et je sus par madame du Cayla que mon travail ne lui déplaisait pas; il me gardait assez longtemps, et après avoir parlé d'affaires, écouté les plus petits détails avec attention, pris les décisions les plus promptes, et donné des ordres toujours clairs et positifs, il mettait la conversation sur quelques sujets graves ou légers, dans lesquels je trouvais toujours l'occasion d'admirer son esprit, sa pénétration, la variété et la sûreté de sa mémoire.

Les lettres qui suivent ont trait aux événements que je viens de raconter sommairement.

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