DERMKRS MOMENTS DE LOUIS XVIII. :,S
cher. Toutes ses forces lui étaient nécessaires. Je suis encore à comprendre comment elle l'a pu ! Plus qu'un autre j'en avais senti la difficulté. La famille royale, le grand-aumùnier, le grand-maître devenu ministre du roi, le premier clergé de France, la cour enfin, chncim attendait avec autant d'émotion que d'impatience, le résultat de cette mémorable visite. Convenez, chère princesse/que c'était mettre le sceau à tous les services rendus, que de linir par un devoir aussi sacré, ^ladame du Cayla entre. Le roi avait toute sa tête; il retrouve toute sa grâce pour lui peindre son affection comme sa reconnaissance pour les services qu'elle lui a rendus. Enfin, madame du Cayla ose aborder la terrible question de l'éternité; et à l'impression du roi, elle voit avec déchirement qu'il s'en croit encore éloigné; elle continue. Alors le roi, qui connaissait son attachement, frappé lui-même de ses souffrances commode son courage, se recueille poi r mieux l'entendre sans témoigner aucune émotion. (( — Mon enfant, est-ce vous-même, vous seule qui avez pris le parti de me parler. — Ma gratitude et mon affection pour le roi ont pu seules me donner le courage qui m'est nécessaire, » répondit-elle en remarquant que le roi voulait envisager, plus froidement sa position. — a Mon enl'ant, dit le roi, je vous remercie, je vous remercie. Adieu. » — L'expression de sa voix montrait assez tout ce qu'il éprouvait, comme chrétien, comme roi, et comme ami. Madame du Cayla se lève, et un sourire où se peignent la souffrance, la tendresse, et un profond souvenir, fut le dernier adieu fait à cette femme qui, naguère comme à ce moment suprême, avait tout bravé pour assurer les intérêts les
j8C mes MEMOIRES.
plus graves. Dès lors, ce monarque oublia qu'il était roi, et ne voulut plus être qu'un chrétien humble, soumis et résigné. Il consentit à être couché, il appela à lui tous les secours religieux; il bénit toute sa famille, et il mourut en fils sincère et soumis de l'Edise catholique, après avoir vécu en roi de France; laissant à la postérité un des règnes les plus mémorables de l'histoire. Paris et la France entière ont compris la grandeur de cette perte; les regrets les l>lus touchants ont éclaté de toutes parts, le nom du roi était dans toutes les bouches, au milieu des éloges et des larmes. La cour s'est transportée à Saint-Cloud sur-le-champ; et je n'ai pas besoin, chère princesse, de vous parler de la douleur profonde dans laquelle la famille royale est plongée.
a Peut-être désirez-vous savoir quelque chose sur les premiers effets de l'avènement de Charles X? Sa Majesté a fait son entrée à Paris, au milieu des acclamations et des vivats, du plus grand enthousiasme populaire. Jusqu'ici tous les actes de son règne ne laissent rien à souhaiter. C'est le même système, la même pensée; ce sont les mêmes hommes. M. de Villèle a toute la confiance du roi, et ce moment a resserré tous les liens d'une manière remarquable : Charles X n'a pas oublié ceux qui l'ont servi, et il conserve pour eux une égale bonté : il proclame hautement sa reconnaissance pour les services immenses rendus par madame du Cayla; et il veut bien penser qu'elle n'a pas été seule à conduire, à diriger des choses qu'en vérité je ne puis croire moi-même, quoique personne n'ait pu en mieux juger.
« Voilà, chère princesse, 1-^ triste historique de ma
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vie pendant ces derniers jours. Et si voire inquièle amitié s'occupe de mon sort particulier, je lui dirai que, toujours le même, je reste aide de camp du roi, conservant la signature et le travail avec le roi, pour le département des beaux-arts'.
c< Tant de peines et de secousses morales et physiques m'ont causé une si excessive fatigue, que je suis
' Je croyais prosque inutile de parler à la princesse d'une circonstance qui m'avait clc extrêmement pénible, et qui me prouva que M. de Yillèle, toujours ombi-ageux, avait clierché à me nuire dans l'esprit du nouveau roi, en opposant une barrière a une ambition qu'il me supposait, et que j'étais loin d'avoir.
« Que venez-vous faire, me dit Cliarles X, quand pour la première fois je vins lui soumettre mon travail à Saint-Cloud. — Suivant mon habitude, j'apporte mon travail au roi. — Je ne travaille pas avec vous, me répondit Sa Majesté. »
J'avoue que mon indignation fut profonde ; et oubliant le respect dû à la royauté, je m'écriai, sans aucun ménagement : « Sire, cet homme qui a fait tant de mal à la France et au monde. Voltaire, avait donc raison quand il appelait les rois d'illustres ingrats! »
Charles X, qui avait beaucoup d'affection pour moi, troublé un moment, me tendit la main ; puis s'asseyant, Sa Majesté me dit : « Voyons votre travail. »
Ce ne fut que beaucoup plus tard, et après une conversation assez vive que j'avais eue avec M. de Villèle au sujet de la politique, que ce dernier parvint encore une fois à me faire ôter le travail direct. « J'en suis plus fâché pour Votre Majesté que pour moi, » dis-je alors au roi sans insister davantage.
J'ai oublié de parler d'une ordonnance que M. Decazes, alors qu'il était ministre, avait fait signer à Louis XVIII, après l'avoir obtenue avec beaucoup de difficulté.
Je dois en faire mention ici, avant de passer au règne de Cliarles X.
Cette ordonnance expulsait tousles jésuites du territoire français.
J'en parlai à madame du Cayla, et je la décidai à faire tous ses efforts pour faire revenir le roi sur une mesure que rien ne pouvait expliquer ni justifier, et qui devait entraîner les plus tristes et les plus graves conséquences.
J'allai trouver le supérieur des jésuites, rue des Postes; et ce ne fut
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un peu souffrarit depuis plusieurs jours. J'ai ))Our(ant voulu trouver le temps et la force de vous renouveler l'assurance du plus tendre dévouement. J'attends avec bien de l'impatience de vos nouvelles : elles me sont si nécessaires! Adieu, adieu, adieu, chère princesse. •J'embrasse Alexandre. Mille choses aulour de vous. »
pas sans queli|ue peine d'abord qu'il se décida à accorder sa confiance à un homme aussi jeune que j'étais alors; et dont il ne pouvaii comprendre la position; mais, après une courte explication, il me parla avec une franchise entière, et me remercia en m'exhortant à achever une œuvre qui me ferait bénir du ciel.
Je le quittai, décidé à l'emporter à tout prix. Madame du Cayla y mil imo grande énergie, et il ne fut plus question de l'ordonnance .